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ment morale, née d'hier mais déjà prépondérante, lui avait mis dans la main, Magnus Maximus était en train de fournir le premier modèle d'une guerre civile à motifs et à mots d'ordre religieux. Lui-même se présentait comme le type primordial de ces « sauveurs » qu'on verra plus tard assumer la mission de défendre les intérêts de la foi, par eux pieusement placés au-dessus des intérêts de la politique, sans toutefois s'interdire avec trop de rigueur de collaborer avec elle. Or, parmi les préfigurations relevées au cours de mes recherches dans le fouillis de germes et de boutures dont se compose ce prodigieux iv* siècle, mille ne me paraît autant que celle-là suggestive des événements à venir. C'est par elle syrtout que se marquent la nouveauté de notre épisode et Toriginalité de l'homme qui en fut l'acteur principal. Ce qui va suivre nous le prouvera mieux encore, non sans nous laisser le regret que des incidents à ce point instructifs n'aient jamais jusqu'ici attiré l'attention des historiens. Quoi qu'il en soit, le véritable sens des démarches d'Ithacius, le représentant des évêques, nous est maintenant connu; l'attitude de l'épiscopat n a plus pour nous de mystère. Si les prélats hispanogaulois firent à Trêves un acte d'unanime adhésion qui sanctionnait et, en quelque sorte, sanctifiait l'initiative révolutionnaire des troupes avant même que la question de réussite, — il restait Théodose — se trouvât tranchée, ce fut parce qu'ils comptaient arracher à l'usurpateur une mesure que le Légitime n'avait pas su ou pas voulu leur concéder, à savoir l'écrasement du parti ascétique. Tel est le prix qu'en échange
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de leur concours, muet, patient et efficace, ils attendaient du nouveau maître. C'est pour en être définitivement assurés qu'ils firent ce que j'appellerai leur manifestation électorale; ce mot pris au sens qu'il avait naguère, quand le sénat, par un acte tardif, quelquefois ridicule, mais jamais entièrement inutile, légalisait le choix des légions. De là ces scènes de plate courtisannerie où les meneurs tels qu'lthacius et Idacius — Sulpice nomme aussi un Rufus et un Magnus — se ruaient en des bassesses que la violence et le meurtre devaient solder. Drepanius Pacatus, païen mais bon Gaulois, les flétrit avec une indicible fureur ■. Quant à Sulpice, englobant dans un égal mépris la tourbe épiscopale tout entière, il la caractérise en des termes qui ressemblent à un hoquet de dégoût 2.
Ce dernier détail doit suffire pour répondre à rinterrogation plus haut posée. Quand Martin se rencontra, à la cour de Trêves, avec ceux de ses collègues qui l'y avaient précédé, c'est-à-dirç avec l'immense majorité des évêques de l'Hispano- Gaule, très certainement ce n'est pas poussé par des motifs semblables aux leurs qu'il y était venu.
1 . c Hos illê Phalaris in amicUiam habehai,,. ht in oculis atque in osculis.., antistiUs, satellites, imo camifices, > § 29. (Latini Pacati Drepanii Panegyricus. Édition Behrens.)
2. « QnUmsjam depravata omnia adque corrupta êtfœda circa principem omminm adnlatio noiaretur, > (Vita Martini, XX, 1,2.)
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Étranger à toute idée politique, mais vieux soldat et ami de l'ordre, Martin ne pouvait envisager sans répugnance une usurpation souillée de sang et de rapines. La pensée de Tinnocenter lui devait faire horreur. Seulement il avait de plus hauts devoirs à remplir. C'était alors un des points importants de la mission de l'évêque de s'entremettre pour protéger les faibles, les disgraciés, même les coupables. Martin comptait parmi ses ouailles bien des victimes de ce système d'extorsions ' qui s'appliquait toujours au lendemain des mouvements politiques, surtout dans le personnel des grands fonctionnaires. Sulpice désigne le comte Narsès et le praeses Leucadius; et c'est un rafraîchissement d'avoir à constater qu'au milieu de la lâcheté générale, ils s'étaient montrés fidèles à leurs chefs 2. Martin dut tenir à cœur de protéger ces deux personnages, exceptionnels au point d'avoir mérité la colère du vainqueur par leur dévouement au vaincu. Mais des mobiles plus sérieux encore et plus profonds dictaient sa conduite. Il est à peine besoin de dire qu'entre les deux partis religieux dont nous avons exposé le programme et la situation, Martin avait,
1 . ff MuUis gravibusque laboraniium causis ad comitaium ire compuhus. » (Dial. III, 1 1, 20. Cf. infra, p. 642.)
2. < Quorum ambo GrtUiani partium fuêratU, fiertiftacioribus siudiis. » (Ibid., cf. infrat la notule sur « Ie« trois voyages à Trêves >, p. 652.)