‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 69 sur 198 · PROLÉGOMÈNES LXXXIX · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES LXXXIX

dès longtemps, fait son choix. Il pouvait penser que Priscillien et ses amis erraient sur la discipline et tombaient, par exaltation, dans quelques imprudences doctrinales; mais les évêques mondains, frivoles, relâchés, amoureux de bien-être, quêteurs de jouissances, et se servant des règles canoniques pour étendre et perpétuer leur pouvoir, leurs bénéfices et leurs plaisirs, n'avaient assurément pas ses sympathies; ou plutôt il les tenait, selon le mot de Sulpice, pour ses ennemis. Est-ce que, comme Priscillien, et avec une bien autre autorité, il n'était pas le partisan résolu du christianisme austère et dur; le contempteur de la richesse et du luxe, avec un penchant prononcé au communisme monachique? Est-ce qu'il ne répudiait pas les avantages matériels que la fonction sacerdotale pouvait procurer; et cela avec une raideur et un exclusivisme où tous ceux qui tiraient de leur dignité influence et profit devaient voir un blâme non mitigé? Lui aussi, d'ailleurs, il tombait sous l'accusation de pseudo-épiscopie; car son élection, intensément populaire et vivement contestée par les évêques, avait été marquée par d'évidentes irrégularités. Toutes ces circonstances faisaient de lui, consciemment ou inconsciemment, le protagoniste du parti ascétique, et à ce titre lui imposaient de difficiles et délicates obligations. Sans doute, il devait à sa conscience de ne pas tremper dans les agissements serviles qui faisaient de ses collègues de véritables fauteurs de la tyrannie. Mais, d'autre part, il était tenu d'éviter toute apparence d'intransigence afin de conserver « aux saints » — c'est le terme de Sulpice pour désigner les ascètes —

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