‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 8 sur 198 · XIV PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

XIV PROLÉGOMÈNES

désordre inouï que nous traversons a seul pu suggérer cette absurdité de voir dans la « masse », toujours essentiellement stable et résistante, un élément révolutionnaire. La vérité, c'est que lorsqu'il s'agit de lui faire surmonter son horreur native du mouvement, il faut des êtres assez exceptionnellement énergiques pour s'arracher à elle, sans toutefois cesser de l'aimer et de la comprendre. A présent, la connaissant bien quoique hors d'elle postés, fixés sur ses besoins et ses tendances intimes, renseignés sur sa force virtuelle et sur son degré d'équilibre, ils peu- . vent, moyennant d'efficaces et salutaires poussées, lui imprimer la direction où se rencontrera le progrès. Ces données une fois admises, il ne reste plus qu'à vérifier si elles s'appliquent au cas de Martin. A-t-il résumé en lui la préoccupation domin^inte de son époque? l'a-t-ilcomprise? l'a-t-il exprimée? surtout, Ta-t-il servie? J'ai recueilli, je ne sais plus la place, un propos d'Augustin où ce fondateur de la dogmatique catholique déclarait admirer trois choses pardessus toutes les autres : Rome triomphant, Cicéron haranguant, saint Paul prêchant : Romam triumphantem, Tullium perorantem, Paulum praedicantem. Eh bien! ce langage, même au regard de l'apôtre, n'est pas du tout dans la direction du temps. C'est un mot de professeur de rhétorique qu'on pourrait dater à coup sûr du moment où Augustin, simple lettré, enviait à Ambroise, évêque de Milan, son crédit politique et sa popularité. Manifestement, le goût païen de la gloire maîtrisait encore l'âme de l'auteur des Confessions. Or, ce goût obstinément persistant

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