XCII PROLÉGOMÈNES
voyait bien le danger; mais il n'avait garde de rien laisser paraître. L'influence exercée par le saint sur toute une catégorie de Topinion était infiniment supérieure à celle de tous les autres prélats réunis. Avec patience, finesse et ruse, Maxime résolut de faire le siège en règle de la vertu du vieil évêque pour obtenir ses sympathies, et ce fut un chef-d'œuvre de poliorcétique morale.
Martin, très sérieux, est-il besoin de le dire, et très résolu dans son propositum d'ascète, mettait, comme de raison, la chasteté au-dessus de toutes les autres vertus. Pour la rendre phis complète et plus sûre, il professait qu'un homme désireux de rester pur devait fuir absolument la présence des femmes'. Mais une reine, — on qualifiait ainsi les épouses des Augustes et des Césars, depuis que le mot rex, longtemps exclu de la langue politique romaine, y avait peu à peu repris place, — une reine est-elle une femme? Il faut bien que Martin ait jugé qu'il existait quelque diflFérence, car il consentit à entrer en relations fréquentes avec l'épouse de Maxime; personne, il est vrai, extraordinairement pieuse ou qui, du moins, l'était devenue pour la circonstance. Sulpice nous la représente s'abîmant en des admirations inexprimables chaque fois qu'elle avait le bonheur d'approcher l'évêque *. La description de ces délires est trop imitée de l'évangile de Luc (Vil, 38) pour être considérée comme bien fidèle; mais, même en lui faisant subir