PROLÉGOMÈNES XCVII
son petit siège, il pouvait aisément atteindre jusqu'au prêtre acolyte, la table, réduite à cinq convives, n étant pas de dimensions considérables. Quand, vers le milieu du repas, à Theure des toasts, la coupe de bénédiction fut apportée à l'empereur, celui-ci ordonna de la présenter à l'évêque, comptant que si Martin la prenait ce serait pour la lui offrir aussitôt, à lui, Magnus Maximus, hommage qui venant de ces mains vénérables, aurait un très grand prix. Martin, au contraire, la reçut très bien sans marque d'étonnement, comme une déférence due; il y trempa ses lèvres, puis, d'un grand sang- froid, la passa à son prêtre. Dans les idées du temps, cet acte, — autrement hardi et décisif que certaines démarches trop vantées', — touchait au sacrilège. Le culte officiel qui, depuis César, entourait ceux des empereurs qu'un vote du sénat avait consacrés, cette vraie et principale religion de VOrbis Romanus pendant près de trois siècles, avait sûrement beaucoup baissé; mais l'adhésion même des seconds Flaviens au christianisme n'avait pas réussi à la détruire 2. Seulement, la part d'activité qui s'en
1 . Je pense en ce moment au fameux refus d' Ambroise d'accorder la communion à Théodosfi, après que cet empereur, au lendemain de sa victoire sur Maxime, venait de faire égorger sur un futile motif, en levissima causa, dit Baroniua, sept mille Thessaloniciens. Rien de plus hideux que ce massacre exécuté avec des détails d*ignoble traîtrise et que M. de Broglie met sur le compte de « traditions cruelles i qu'il aurait bien de la peine à désigner plus clairement, s'il entend par là un précédent quelconque. Rien de plus humble et de plus embarrassé d'autre part que le langage de l'évêque de Milan informant l'empereur qu'il ne pourra célébrer le sacrifice devant lui, s'il ne consent d'abord à subir une pénitence. Pour apprécier exactement l'attitude d'Ambroise, on n'a qu'à prendre connaissance des faits dans Baronius, qui s'efforce de les excuser, VI. 66 ; et ensuite à lire VEpistula LI dans Migne, t. XVI, p. 997. Ces documents non suspects suffisent pour donner la vraie note de l'héroïsme d'Ambroise.
2. Voir infra le petit essai intitulé : Sulpice et la politique tipaesim.
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