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ment déçues. Pour Maxime, au contraire, en apparence humilié et quasiment subordonné, il n'en allait pas de même. Certes, l'incident de la coupe refusée avait infligé une assez cuisante blessure à son amourpropre, mais il sut fort bien dissimuler et même témoigner d'un chaleureux enthousiasme. Après tout, ce qui importait, c'était que l'effet de la présence de Martin au banquet impérial ne fût pas diminué. Les meurtriers de Gratien, les i>illards venus d'Angleterre alors en train de vider les poches des Gaulois et des Espagnols, — je ne dis pas des Bretons, il n'y avait pas de poches pleines en Grande-Bretagne dans ces temps 'là, — étaient trop intéressés à abriter leur détestable réputation sous le nom révéré de Tévêque de Tours. On peut être sûr que le compte rendu de la fête ne tarda pas à être amplement publié pour l'édification des âmes pieuses. Plus d'un qui, jusquelà, n'avait éprouvé que répulsion et défiance vis-à-vis de l'insolent intrus débarqué des îles, se prit à dire que ce soldat de fortune n'était pas aussi méchant qu'il en avait l'air. En sorte que, tout bien compté, cette première rencontre avec le grand évêque fut pour Maxime d'un immense profit.
Très certainement, l'ambassadeur qui partit vers la fin de 383 pour l'Orient avec mission de préparer un accord entre Maxime et Théodose, mit cette histoire de banquet en bonne place dans son dossier. Elle avait déjà servi, d'ailleurs, à faciliter l'arrangement en vertu duquel Valentinien II — ou plutôt l'Augusta Justine, désormais reine-mère et régente — reconnut à l'usurpateur la légitime possession de la préfecture
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des Gaules. Dans son premier élan, Maxime avait bien songé à profiter de la vitesse acquise pour franchir les Alpes et pousser jusqu'en Italie; mais il se heurta aux précautions qu'avait su prendre à temps le comte Bauto, soldat énergique et habile. Les passages des montagnes se trouvant défendus, il fallut se contenter d'expédier à Milan un certain Victor, chargé de négocier la paix sous des conditions vraiment extraordinaires. Entre autres exigences, Victor devait demander que Valentinien II vînt en personne à Trêves pour mieux assurer la sincérité et la solidité du traité à conclure et faire savoir à tous qu'il se plaçait sous la protection du nouvel empereur. Il est nécessaire de se rappeler que la Constitution dioclétienne, sinon dans sa lettre du moins dans sa pratique, avait toujours supposé l'existence d'un chef superéminent.Dioclétien, aussi longtemps que la santé ne lui fit pas défaut, exerça une direction souveraine et incontestée sur ses co-tétrarques. Valentinien I" n'avait pas cessé d'être le maître en Orient, même après avoir conféré Taugustat à son frère Valens. Gratien, tout en acceptant la décision des troupes de Bregetio en faveur de Valentinien II, n'en prit pas moins le gouvernail aussi bien en Italie qu'en Gaule. Maxime se disait donc qu'ayant été substitué à Gratien par la volonté des soldats, il lui succédait aussi dans son hégémonie sur les affaires d'outre-monts; et. ce point de vue atténue un peu ce qu'il y avait d'extravagant, en apparence, dans la proposition mise en avant par le comte Victor. N'oublions pas, en outre, la mission réparatrice, pacificatrice et religieuse que s'attribuait Maxime. Chargé de renou-
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vêler l'empire au nom d'une idée, il était tout naturel qu'il étendît sa main paternelle vers un faible enfant qui pouvait être entraîné hors des droites voies par rhérésie de sa mère. Mais de ce côté aussi il trouva à qui parler. Justine, comprimant provisoirement ses opinions théologiques, avait fait appel à Ambroise, et c'est le grand évêque qui défendit à Trêves les intérêts de Valentinien. Son biographe lui attribue une conduite parfaitement absurde : il aurait débuté dans son ambassade en refusant de « communiquer » ' avec Maxime, sans doute pour rendre plus facile le rôle de conciliateur dont il s'était chargé. A force de vouloir le donner pour un héros, on le transformerait en un traître imbécile; car, quel moyen plus sûr de faire échouer toute négociation que ce prétendu refus*? Ambroise, qui s'était croisé avec Victor, avait, par avance, préparé ses réponses. Au lieu de se poser en évêque de mélodrame, il fit remarquer ingénument que les chemins étaient détestables dans les Alpes en hiver; que la santé de Valentinien courrait de grands risques à un tel voyage; que sa mère elle-même, résolue à ne pas le quitter, aurait à braver des périls très au-dessus des forces d'une femme. Il eût pu ajouter que l'auteur de l'invitation lui paraissait plus redoutable et son palais un abri plus dangereux que les pires brigands et les plus noires gorges de mon-
I • c Ipsmn veto Mcmimum a communionis consortio segregavU^ admonêna > ut êffusi sanguinis domini sut, et^ quod estgraviust innocentU ageretpœni- »iefttiam. > {VUa Ambrosii, 819.) Il est à noter que le Bréviaire romain a consacré cette sottise en se l'appropriant.
2. Cf. sur cette question Ambroise, Epist, 24» 8, i, 3, 69; et aussi De ObUu VaUHHniani, § 28.