CIV PROLÉGOMÈNES
tâgne; mais il s'en garda avec soin. Il était un peu, lui aussi, malgré son étonnant courage, sous le coup de la peur incroyable qui régnait à Milan " et qui, seule, explique les impudentes prétentions de Maxime. Cette panique allait si loin qu'alors que le sang de Gratien n'était pas encore séché, on avait renvoyé d'Italie en Gaule, en le comblant d'honneurs et d'égards, un frère de l'usurpateur, nommé Marcellin, tombé aux mains du comte Bauto. Il eût été naturel d'en faire un otage; personne n'osa y songer. Une aussi abjecte obséquiosité donnait à deviner, par avance, ce qui arriva. La négociation aboutit à une reconnaissance formelle et régulière, par la cour de Milan, du pouvoir souverain de Magnus Maximus.
Cet heureux homme ne fut pas moins favorablement traité du côté de l'Orient. L'ambassadeur expédié vers Théodose était bien, selon l'usage, un des fonctionnaires intimes du palais. Zosime le qualifie de praepositus sacri cubiculi; mais, ainsi qu'il a été remarqué plus haut, Maxime n'avait pas voulu d'eunuques dans son entourage. Ce grand chambellan était, en réalité, un de ses plus distingués complices. Zosime, qui semble l'avoir connu, en parle comme d'un homme intelligent, ferme, judicieux, aussi incapable de faiblesse que de fanfaronnade. Il ne perdit pas son temps à plaider les circonstances atténuantes; il ne versa pas de larmes sur Gratien; il n'invoqua pas la fameuse excuse des violences de la soldatesque,
I . c Hostis (i. e. Valentiniamus) meiu perierritus, simukttam pacem a » Maxitno ohlaiatn^ simulans ipse quoquet libenier amplectitur. > (Rufin, Hist. EccUs.^ II, i5.)