PROLÉGOMÈNES CV
bonne tout au plus pour un être inexpérimenté et naïf tel que Martin. Ces explications n'auraient eu aucun succès auprès de Théodose. Le légat proposa simplement et nettement un traité de concorde et d'alliance « contre tout ennemi de Rome » . La révolution accomplie ne nuirait en rien aux intérêts de l'empire — on sait que théoriquement il n'y avait qu'un empire — si les détenteurs du pouvoir acceptaient pour bien fait ce qui était fait. Le sentiment des peuples de Bretagne, de Gaule et d'Espagne s'était prononcé : soldats, fonctionnaires, évêques, — tous les évêques, — se rangeaient autour du nouveau souverain. Que Théodose à Constantinople, que Valentinien à Milan, que Maxime à Trêves, soient « unanimes », — c'était un mot du temps, — et tout irait aussi bien que par le passé. Si, au contraire, les conseils de la haine l'emportaient, la guerre suivrait aussitôt; les barbares, partout à l'affût, se jetteraient sur les combattants, et la Romanité tout entière aurait à subir de graves dégâts. Qui dira la rage intérieure de l'Auguste d'Orient en s'entendant interpeller sur ce ton froid et hautain au nom de l'ancien affranchi de son père ? Mais, pour si désagréable qu'il pût paraître, ce langage exprimait nettement et exactement la vraie situation. L'amourpropre de Théodose pouvait sans doute en pâtir; mais les décisions héroïques n'étaient nullement de son goût. Il avait de grosses affaires sur les bras, qu'il ne se souciait pas d'aggraver; le profond désarroi survenu à la suite de la lamentable défaite de Valens (cf. infrûy p. 243) n'était pas régularisé ; les Goths restaient menaçants, bien que gorgés; la frontière de TEuphrate s'épou-