PROLÉGOMÈNES CXI
pour cela écraser moralement les évéques qui, dans leur effroi, deman dent qu'on le mette en jugement. — Maxime recule devant cette violence, s'en fiant mieux à sa ruse et à son adresse. — Le duel des trois journées entre Tévéque et l'empereur. — Martin, d*abord Tictorieux, est finalement vaincu par sa trop grande tendresse d*âme. — Il < communique > avec les prélats qui ont versé le sang, pour empêcher que le sang soit de nouveau et plus cruellement versé. — La grandeur de ce sacrifice rendue plus poignante par son inutilité. — Maxime fait litière de sa promesse et déchaîne la terreur. — L'ascétisme exterminé, les caisses du fisc remplies, Magnus Maximus conquiert l'Italie à force d'astuce et la perd aussitôt par son extrême lâcheté. — Mort ignominieuse de cet énigmatique personnage. — Martin finit son existence dans le chagrin et l'abandon. — Lamentation désespérée de Sulpice. S'il eût pu deviner l'avenir, il y aurait trouvé de quoi se consoler.
Où les évêques puisaient-ils cette capacité électorale que je discerne dans leurs actes ? Est-ce qu'en parlant de factions, de partis, d'influence politique, d'opinion publique, je n'applique pas à un temps le langage et les idées d'un autre temps? Sans doute, tous les anciens mobiles — patrie, nationalité, orgueil de race, gloire des ancêtres, cultes traditionnels — s'étaient vu amoindrir, altérer ou noyer par la grande incorporation romaine. Les caractères propres des conquérants eux-mêmes avaient été comme dissous. Il ne subsistait plus que des administrés, — c'est le premier épanouissement du génie administratif, — mais sans vues communes, sans solidarité de pensée, sans lien moral autre que la gratitude et la vénération pour le génie de Rome. J'aurai à signaler à mainte reprise l'extraordinaire et unanime vivacité de ce sentiment (cf. p. i53, p- 247, etc.). Il ne pouvait néanmoins suffire à créer le noyau central autour duquel se serait dégagée l'espèce particulière de cristallisation
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