‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 87 sur 198 · CXII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CXII PROLÉGOMÈNES

qu'on appelle Topinion publique. Elle existait cependant; je crois même que sa vraie naissance date de là, en ce sens que jamais elle n'avait eu autant d'étendue, de persistance et de force. L'indifférence politique était, certes, profonde et universelle; c'est le mal du temps. Mais de ce que l'organisation et la direction de la machine sociale, devenue trop vaste et trop compliquée, décourageaient l'effort individuel, faut -il conclure que les esprits et les cœurs restaient vides ? Ils transportaient leur activité mentale et moj-ale sur un autre terrain, voilà tout; et sur ce terrain, on s'agitait, on se démenait avec une infatigable ardeur. N'allez pas vous imaginer, sur la lecture des catéchismes et des résumés d'histoire ecclésiastique, que le caractère divin de Jésus, que l'égalité absolue du Fils avec le Père, fût l'œuvre froide et compassée des métaphysiciens et des théologiens. La lecture des documents contemporains laisse une impression très différente. Ce n'est partout qu'enthousiasme, passion, emportement, fureur; et l'entraînement populaire apparaît là en toute première place '. Ce dernier point de vue a beaucoup d'importance dans une appréciation du rôle de l'Épiscopat.

Il faut se reporter à ce qui a été dit des renaissances dont le IV siècle fut le témoin. L'attitude représentative et démocratique des évêques est un phénomène de cet ordre. On conteste que l'Église chrétienne ait jamais eu ce double caractère. Si j'avais compétence pour discuter la question, il me

I. Cf. infra, p. 5oi sqq., le petit es^i sur le rôle du sentiment populaire dans la fondation dogmatique du christianisme.

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