‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 91 sur 198 · CXVI PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CXVI PROLÉGOMÈNES

hellénisée et romanisée. On vit alors ressusciter, en plein milieu ecclésiastique, le gouvernement par la parole et par le vote avec ses profits et son éclat, mais aussi avec ses intempérances et ses brutalités. Nous pourrions l'étudier à Rome juste au moment où Martin posait, sans le savoir, sa candidature devant les Tourangeaux enthousiasmés par ses actes de dévouement et par ses miracles (cf. supra, p. lxxx). C'est en effet vers 36o que Damase et Ursinus, tous les deux beaux parleurs et adroits meneurs de foules se disputèrent le siège romain, dans une lutte pro longée pendant plusieurs années avec des incidents qui font penser à Catilina briguant la pourpre consu laire; ou bien à une élection présidentielle en Améri que à l'époque du conflit esclavagiste (voir p. 5o8-io) Mais parlons plutôt de Priscillien. Le fait qu'en Espagne l'abus des créations de sièges épiscopaux avait été poussé plus loin que partout ailleurs, le naturel violent et exalté de ces singuliers chrétiens d'outre -Pyrénées, l'absence de personnages un peu éminents dans les rangs du haut clergé, donnent à son élection une couleur tout particulièrement démocratique. Le candidat gagne les nobles, les femmes, le peuple par son habileté de parole; et aussi par ses prodigalités d'homme riche détaché de la richesse. La masse des évêques l'envie, le hait et le redoute; mais quelques-uns sont conquis, et il put ainsi obtenir le siège d'Avila par l'acclamation populaire et par l'ordination sacerdotale.

Ce que cette élection produisit, les scènes violentes qu'elle suscita, la lutte acharnée qui déchira en deux

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TEspagne et la Gaule aquitanique, nous aurons à le raconter plus loin. Pour le moment, ces sommaires détails suffisent à attester la curieuse reviviscence du vieux régime que l'empire avait supprimé. On ne disdutait plus et on ne votait plus depuis trois siècles. Mais voici que le goût était revenu de cette méthode qui avait rempli le monde gréco- romain de bruit et d'éclat. La puissance, Tinfluence, la grandeur, se pouvaient de nouveau gagner par l'activité politique, par le dévouement à une opinion et par Tart de la parole; — gagner aussi, bien entendu, par l'intrigue, la forfanterie et les déclamations. Il y eut toujours des portes de dimensions diverses pour pénétrer dans les assemblées délibérantes. Or, les conciles sont réellement des assemblées comme celles que Fancien passé républicain avait connues. Peut-être se rapprochentelles un peu plus de celles que devait voir naître le lointain avenir. En lisant certaines parties de l'histoire du synode de Rimini comme la raconte Sulpice et où il s'agit de Texact degré de ressemblance de nature entre Jésus et Dieu le père, on se croirait à Washington, alors que tel vote du Congrès s'arrache à force d'ennui, par la privation de sommeil et l'excès de fatigue. Il y a dans les œuvres d'Ambroise un procèsverbal des séances du concile d'Aquilée, disposé en dialogue de façon à donner à Tin -folio de l'édition bénédictine Fair du Moniteur de la Révolution. Le passant qui entrait alors dans une église à l'heure du « sermon » pouvait entendre l'évêque discourir sur les questions courantes, en langage familier, au milieu de marques d'approbation et d'improbation que sup-

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porteraient à peine nos meetings d'aujourd'hui. Les mains, la bouche, les pieds, ne suffisaient pas; les manteaux étaient bruyamment soulevés; les hommes agitaient leurs mouchoirs, les femmes leurs fichus et leurs bandelettes. On acclamait et on « réclamnit » l'orateur. Au milieu du tumulte, les voix s'élevaient pour le louer ou lui jeter ^anathème^ Jean Chrysostome aurait voulu supprimer ces manifestations, qu'il jugeait inconvenantes. Augustin, moins délicat ou plus sincère, disait à ses auditeurs que, d'un côté^ il souhaiterait leur voir garder le silence, mais que, de l'autre, il serait fâché s'ils se taisaient : Nec plene volo, nec plene nolOj déclarait-il ingénument. Sans doute, cette ardeur exubérante se déployait sur le terrain religieux. Mais la religion n'était-elle pas toute la politique? et existait-il d'autres préoccupations publiques que celles des choses religieuses ? Ce qu'on entendait dans les basiliques, dans les synodes locaux, provinciaux ou généraux, n'était-ce pas 1 écho des croyances du peuple, de ses passions et de ses engouements, presque toujours profonds et sagaces, encore qu'aveugles ? Jésus fut proclamé consubstantiel à son Père à la pluralité des voix, parce que le public chrétien refusait absolument d'admettre que son idole chérie fût inférieure à quiconque (cf. p. 462 sqq.). Les dissidents, nombreux pourtant et opiniâtres, se voyaient emprisonner et bannir, étant la minorité. Dès qu'ils

I . c AUi rursum chlamydês suas aitollêntê8, alii ctUttulon, alii veto manualia, alii denique fascioku tuas, sua oraria » — c Hoc audirê cupiebamus. Qui non iia loquitur, anaihêma ait. » Cet divers traits ont 6té relevés dans les recueils des sermons d'Augruatin, de Ghrysosteme et de Cyrille.

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