PROLÉGOMÈNES CXXIII
ne se douterait guère que c'est une démocratie « spirituelle » qui recommence ainsi les anciennes bagarres républicaines. Rien qui ressemble à un meneur radical ou socialiste comme tel évêque italien, gaulois ou espagnol du iv* siècle. Ils ont une façon de réclamer contre les abus de pouvoir, contre les impôts, parfois contre les jugements les plus réguliers, qiji suggère des rapprochements bizarres. On distingue très bien que ces meneurs sont souvent menés, comme c'est assez rhabitude des meneurs. La poussée venue d'en bas les stimule, les exalte et les soutient. Par là s'expliquent le singulier acharnement et l'étrange facilité avec laquelle ils tirent à eux toutes les forces de l'État : justice, administration, finances, soit qu'ils utilisent la faiblesse des empereurs, soit qu'ils agissent par usurpation ouverte. On les voit se substituer petit à petit à cette formidable bureaucratie dioclétienne, contrepesant ses décisions, annulant ses arrêts, parfois expulsant de leurs postes les titulaires iniques ou incapables. Très certainement, ces audaces se justifient souvent par l'indignité des fonctionnaires civils : si l'évêque accapare la justice sous prétexte de causa morum, c'est qu'il est un magistrat plus équitable et plus intègre que les juges constitués; s'il prend en main l'administration, c'est qu'il a plus d'assiduité, plus d'amour du bien public, plus de douceur de mœurs. Mais la raison universelle et prédominante de son pouvoir croissant consiste en ceci : il est le représentant élu, acclamé de la majorité, en prenant ce terme, comme on le doit toujours, au sens de la partie la plus active et la plus vivante de