‹ La chronique de Sulpice SévèreChapitre 97 sur 198 · CXXIV PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CXXIV PROLÉGOMÈNES

la population. Aujourd'hui, quand nous lisons le récit de ces empiétements sacerdotaux, notre esprit, obstrué par le souvenir de la querelle des Investitures et des tentatives théocratiques du second moyen âge, nous porte à nous indigner. C'est pourtant parfois très noble et très beau ce qui nous irrite ainsi. Ces évêques §i impérieux ne maniaient que des armes intellectuelles: la parole, l'invective, l'anathème. Ils n'avaient ni soldats, ni bourreaux, ni juges. Mais derrière eux se massaient les voix populaires, représentées par les petits clercs et par les moines. Que de fois on a interprété comme des actes d'orgueil et de hautaine prépotence telles manifestations qui résultaient d'une humble soumission aux volontés du nombre. C'est le catholicisme qui se développe et se construit en ébauchant sa plus grande œuvre : la séparation des deux pouvoirs humains. Je dis le catholicisme, non le christianisme. Nous le voyons toujours dans ce rôle d'oppresseur implacable qu'il adopta plus tard, pendant sa période de décrépitude. Mais il est bon de se rappeler qu'il fut en son temps jeune, enthousiaste, bruyant, très généreux, très emporté, parfois très féroce, parce que très populaire. Associé intimement à la masse, il en connut les généreux élans et les humiliantes bassesses. Il ne faudrait pas croire qu'il n'y eût que les grands évêques pour assumer le rôle de tribuns. L'épiscopat était extraordinairement nombreux. (Voir notamment page 5 12 ce qui est dit de l'Espagne et de l'Afrique.) Or, tout ce peuple de chefs imitait les agissements des grands prélats; avec moins d'ampleur et de noblesse sans

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