‹ La Chronique du palais de JusticeChapitre 13 sur 27 · II · texte numérisé non relu

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la plupart des témoins, afin de faire recommencer les interrogatoires. Par une adroite tactique , il avait créé aussi de graves embarras à un des commissaires , Antoine Duprat , qui n'avait pas encore prêté serment devant la Cour, bien qu'il remplit ses fonctions depuis plusieurs mois.

Durant ces lenteurs cependant , les actives démarches des amis de Pierre de Rohan avaient réussi à intéresser le Parlement qui , non seulement lui accorda la faculté de faire informer sur ces reproches , mais encore ordonna le 119 janvier qu'il serait élargi ^ à sa cauiion juratoire y jusqu'au i" avril, époque de l'ouverture des débats du procès.

l(ais , soit que l'opinion ^es juges sur l'innocence ^e l'accusé se fût manifestée trop ouvertement, soit que l'on craignit quelque mouvement de la part de ses partisans , une ordonnance du roi les devança, et, le 14 mars, transporta le procès au Parlement de Toulouse , sous prétexte que les gens du grand Conseil étant continuellement occupés des affaires du royaume, cette matière pourraii prendre plus long train gue nous et la raison ne voudrions»

Le 26 mai, le maréchal de Gié avait obtenu qa*à Voccasion des grandfê chaleurs , peste et maladies gui ont lieu chaque an à Toulouse , il se ferait représenter; mais ce Parlement commença les procédures le ^5 juin , et arrêta que l'accusé se remettrait prisonnier huit jours après la Saint-Martin d'hiver, à la caution de soi-^même»

Devant cette cour, la face du procès avait bien changé : les nouvelles charges portées contre le maréchal étaient moins graves assurément 9 mais aussi beaucoup plus réelles. On l'accusait d'avoir diminué la force du royaume en usurpant certain nombre de mortes^ paies du duché de Guyenne , et semblablement des 4irchers de sa compagnie , pour les appliquer à la garde de son château de Fronsac , sous couleur de son autorité; on l'accusait encore , outre plusieurs autres méfaits , de s'être emparé à main armée de la terre et du château de Maillé, au préjudice des héritiers naturels, et d'avoir fait résistance aux officiers de juslice, accueillis à coups de traits par ses soldats. Pas un avocat n'osait défendre Rohan , pour la crainte de ceux qui lui faisaient partie. Il se

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plaignit de cet abandoa, et le procureur du roi Robin, qui avait succédé à Fabry, essaya de démontrer que les prévenus de lèse- majesté ne méritaient pas d'avoir de défenseur; la Cour, plus équitable, enjoignit à deux avocats qu'elle désigna de le conseiller honnête' ment. Un de ces avocats , nommé Peylier, basa toute sa défense sur ce raisonnement : « Si l'accusé a vécu durant son jeune âge si vertueusement, noblement et sans reproche, il n'est pas à présumer que dans la vieillesse où il est actuellement constitué il ait voulu laisser cette voie yirturieuse, et décliner à vice, ainsi qu'on veut dire en le chargeant d'au* cunes choses qu'il ne pensa oncques. » L'avocat demandait que l'on recommençât le procès; la Cour décida que l'affaire serait jugée en l'état que lors sera trouvée. Dès ce moment, le maréchal, qui comparaissait à la barre des accusés , pour faire sa révérence an Parlement , n'eut plus à répondre que sur les concussions , pilleries et abus d'autorité que l'on substituait au crime de lèse-majesté, et le procureur du roi s'abstint de réclamer contre lui la torture et la peine capitale.

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Après dix-huit séances enfin » consacrée» à visiier le procès, et huit pour opiner, les juges du Parlement de Toulouse , après avoir juré sur la représentation de la passion de Dieu figu-rée qu'ils ne révéleraient rien de Tinstmction par paroles ou par signes , avaient rendu Tarrét dont la lecture était attendue avec une si vive anxiété par la population de Paris et par la France tout entière.

Le roi , par lettres^patentes où le maréchal de Gié était encore appelé son cousin , avait ordonné que cet arrêt serait exécuté de point en point ; qu'il serait lu à Paris sur ta table de marbre, la grand' salk pleine de peuple; qu'il aérait, à son de trompe, crié devant la principale porle des châteaux d'Amboise et d'Angers , et serait enfin notifié au lieutenantgénéral dea maréchaux et pubUé par toute la France.

Lecture en fut donc donnée par le président Baillet d'une voix lente et solennelle : par sa teneur, « Pierre de Rohan , pour réparation d'aucuns excès et fautes desquels a apparu à la Cour, et pour certaines grandes causes à cela mouvant , était privé du goiv-

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vernemeni et garde du duc de Valois » de la capitainerie des châteaux d*Amboise, d'Angers et autres , et de la charge de capitaine de cent lances , suspendu de l*ofiBce de maré^ chai pour cinq ans , durant lequel temps défense à lui d'approeher la cour de dix lieues , sous peine de confiscation de corps et dé biens ; il était en outre condamné à restituer au roi les gages et solde de quinze mortespaies ordinaires au pays de Guyenne, lesquels soudoyés de l'argent dû roi , ledit de Rohan a¥ait mis en son chàtel de Fronsac et assignés à son ser¥ice depuis ta mort de Charles YIII ; et pour le surplus , il était absous , et pour cause , de toutes les conclusions prises contre lui par le procureur générai du roi. 9

Les partisans du maréchal, le maréchal lui-même avaient espéré un acquittement; Anne de Bretagne comptait sur une condamnation plus sévère ; Tarrèt ne satisfaisait donc personne. 11 fut suivi d'un long murmure d'étonnement , et la foule s'écoula lente et silencieuse , commentant en sens diyers ce revirement de la fortune.

A trente ans de là , jour pour jour, le Parlement de Paris devait réhabiliter la mémoire du maréchal de Gié , en assistant , en considération de ses mériies^ aux funérailles de son fils , qui mourut évéque de Lyon.

\i va la justice politique !

vu

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