‹ La Chronique du palais de JusticeChapitre 14 sur 27 · DISGRACE ET SUPPLICE BE SAIBLACAI · texte numérisé non relu

DISGRACE ET SUPPLICE BE SAIBLACAI

Piyrmî l^^dlatoRtes disgrâces d^ serviteurs et 4es fo:voris des rois , celle de Saoïblaçcgi QSt u^e ^^ i4u9 remarquables. L'hi^toirç cepea* dMl B a pu qu'imparfaite«ieat éolaii^ir les caua^ réelle^ ^t s^crète^ d^ TinUque persécution et du déplorable supplice de ce vertueux

vieillard.

Fils d'un riche bourgeois de Tours, Jacques

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de Beaune, baron de Samblaçai , 8*ëtait éleYé, par son seul mérite , aux importantes et dé^ licates fonctions de surintendant des financessous les règnes de Charles TIH et de Louis XIL François I*' le trouva , à son avènement , en^ possession de ce poste , et lui accorda la même confiance que ses prédécesseurs ; bien lui en prit , car au milieu des désordres et des aven*tureuses entreprises qui signalèrent constamment son règne, la r^ularité des finances pouvait seule prévenir ou réparer de trop éclatans malheurs.

Aimé du roi , craint ou respecté des courtisans, Samblaçai, possesseur d'une fortuneconsidérable, avait dépassé déjà Tâge de soixante ans, et paraissait à l'abri désormais des atteintes et des reviremens de la fortune , lorsqu'une circonstance qui semblait ne devoir exercer aucune influence sur la félicité assurée de sa vie , la haine de la duchesse d'Angouléme, mère du roi, pour la maison de Foix , vint décider de sa ruine , et l'entraîner dans Fablme où un supplice infamant devait terminer ses jours.

C'était vers la fin de i522 ; la guerre, après des fortunes diverses , s'était concentrée tout

entière snr l'Italie. Lautrec commandait pour la France; son habileté et son courage ayaient résisté à tout Teffort des armes de Charles- Quint ; mais Madame d'Angoulème avait résolu sa perte. Vainqueur, il se trouvait plus avant que jamais dans la faveur de François P'; vaincu, il tombait dans une disgrâce humiliante. En habile ennemie , elle sut rendre pour lui la victoire impossible. Epuisé par de nombreux combats , sans argent pour solder la gendarmerie et les auxiliaires , Lautrec écrivait incessamment pour demander des subsides et des secours. Elle intereepta les lettres , arrêta la marche des convois , et par adresse et par menaces, parvint à enlever des coffres de l'Etat les sommes destinées à la malheureuse armée d'Italie.

Lautrec fut chassé du Milanais. Il en devait être ainsi; mais sa défaite même fut glorieuse, et, sûr d'être demeuré sans reproche, il prit, lorsqu'il n'eut plus d'espoir, le parti de revenir en France. Il osa s'exposer au ressentiment d'un maître prévenu , qui n'imputait qu'à son général le malheur de ses armes; aux cabales d'une cour qui enviait sa faveur; aux insultes d'un peuple peu disposé à par-

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4oDoer aux géoéraux le uiuuvah succès. De» son arrivée, il put voir quel orage s'était formé coutre lui : la duchesse d'AugoulâiD^y le chanceUer Duprat, Boouivet, s'étaient ligués pour le perdre ; à peioe la comtesse de Ghâteaubriaut osait-elle prendre sa défense ; le roi refusait de le voir.

Pans cette extrémité, Lautrec eut reoours au connétable de Bourbou , dont il avait été le lieutenant et Tami; la cour était alors à Moulins, et le connétable» ennemi de la duchesse-mère, trouvant un moyen de lui nuire dans la justification de liaulrec , obtint pour lui uuQ audience du roi.

François I^^ reçut le général vaincu avec uxa^ froideur si marquée, que celui-ci osa lui en demander la raison. Le rm perdant pa^ tience ^'emporta en vécriminationa » en menaces, et lui reprocha avec aufter tuiyie la perte du Milanais* Lautree, sans s'émouvoir» répondit que toujours U avait déclaré; que b défense du Milanais était impossible,, si an ne lui faisait tenir quatre cent mille écus^ que, malgré les assurances du roi , jamaia aucune somme ne lui était parvenue , et que la gendarmerie avait fait preuve d'une générosité

noMe et exemplaire en servant dix-huit mois sans toucher un denier.

— Â regard des Suisses , ajouta-t-il , il m'a fallu tout mon ascendant sur eux , tous mes sacrifices et mon adresse , pour les retenir si long-temps dans un service aussi ingrat.

Le roi reconnut alors qu'il avait été trahi , et sa colère ne connut plus de bornes ; mais ce ne fut plus Lautrec qui en fut l'objet. Mandant en hâte le surintendant des finances, il lui demanda compte des quatre cent mille écus qu'il l'avait chargé de faire tenir à l'armée d'Italie. Samblaçai avoua en tremblant « qu'il n'avait point exécuté les ordres du roi ^ parce que le jour même où il devait envoyer cette somme et où les assignations avaient été dressées pour le Milanais, la duchesse d'Angouléme était venue à l'épargne et avait exigé le paiement de tout ce qui lui était dû jusqu'à ce moment, tant en pensions et gratifications , que pour les duchés de Yalois , de Touraine et d'Anjou dont elle était donataire; qu'il lui avait représenté qu'en lui payant une somme aussi forte, le trésor royal serait épuisé, et les fonds destinés pour le Milanais divertis , contre la volonté du seigneur roi ;

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qu'elle avait persisté en menaçant de le perdre; qu'il avait montré qu'il y allait de sa tète si Lautrec ne trouvait pas d'argent en arrivant à Milan; mais qu'elle avait répondu qu'elle le mettait par son reçu à l'abri de toute poursuite , et qu'il n'avait osé refuser la mère de son roi. »

Pour la première fois alors , François parut s'écarter du profond respect qu'il avait toujours montré pour sa mère. « C'est donc à votre avarice, madame, s'écria-t-il en entrant dans son appartement, que je dois la perte du Milanais et la ruine de mes affaires I » La duchesse s'emporta, nia avoir jamais rien reçu, et accusa le surintendant des finances en exigeant qu'il parût devant elle.

Samblaçai vint, et la duchesse lui donna en face un démenti formel , en demandant vengeance de sa calomnie; mais avec quelque hauteur qu'une femme toute-puissante, qu'une mère révérée accablât devant son fils un ministre sans appui, dont le respect et l'étonnement glaçaient la défense , François P' n'eut pas besoin de toute sa pénétration pohr reconnaître le vrai coupable. La duchesse , en effet , après tout l'éclat de ses démentis , fut

obligée de coQTenir qu'elle s'était fait remettre, à l'époque dont il s'agissait, une somme de 400,000 écus, proYeuaut, disaitelle., de ses épargnes , antérieurement confiée en dépôt au surintendant. «N'y songeons plus, dit le roi : nous n'étions pas dignes de vaincre. La fortune voulait en vain se déclarer pour moi; nous mettions à sa faveur de trop puissans obstacles. Cessons désormais de nous trahir, et allons au bien avec plus de concert et d'intelligence. »

Samblaçai resta en place , mais la duchesse jura sa perte. Sa réputation était demeurée sans tache jusqu'alors; il s'était distingué parmi les ministres chargés de la dangereuse administration des finances par un rare et consciencieux esprit d'ordre et d'exactitude. Renfermé dans les fonctions de son ministère, U avait vécu parmi les intrigues et les passions de la cour sans y prendre part. Le roi lui avait voué une amitié qui tenait du respect et ne l'appelait que son père. Aussi la faveur pleine de considération dont il jouissait lui avait-elle fadt de puissans ennemis : son économie , son int^rité en augmentait le nombre. Il défendait les intérêts du peuple contre l'avidité des

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grands ; c'était â cette cour une sottise â la fois et uti soin iiliitile y car tdalgré ses représentations , le roi dissipait ses finances en profusions envers ses favoris, tandis que sa mère les épuisait de son côté pour servir et âsâUrer ses ténébreuses intrigues.

En 1 5^4 » Samblaçai était encore à la tête des finances. Bonnivet avait éprouvé dans le Milanais de nouveaux échecs , et le roi voulait en tenter une troisième fois la conquête. Mais l'argent manquait. On proposa à Samblaçai d'en avancer; il osa refuser, alléguant qu'il lui était dû déjà par le trésor Ténorme somme de cent mille écus. Ce refus lui fit perdre sa place et sa faveur; il conserva toutefois sa liberté , rendit ses comptes , et prouva qu'en effet le ro! restait son débiteur de plus de trois cent mille livres.

François I^ partit alors, laissant le soin du gouvernement à la duchesse. Tout fut â craindre pour* Samblaçai dès ce moment.

Madame d'Angoulême , en effet , pour libérer l'Etat et satisfaire sa propre vengeance, intenta un procès civil à l'ancien surintendant , sdus prétexte d'être payée de te qui restait dû, disait-elle, du prétendtl dépôt fait par elle,

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trois ans ayant, sur son épai|[ne. Cette prétention ne reposait sur aucune base; Samblaçai n'en conçut aucune inquiétude , et , au lieu d'y répondre , alla irvfTe en paix dans la terre de Balac qu'il possédait près de Tours. 11 y était encore au mois de j wUet 1 5^6 , sans que la régente eût pu trouver quelque moyen de donner à son action une «ipparence de vérité suffisante pour assurer le gain du procès.

Cependant il se formait contre Samblaçai on orage qu'il contribua lui-même à grossir par l'imprudente insistance avec laquelle il sollicita le paiement de ce quS lui était dû, dans un moment où l'état, accablé par les revers et privé de son roi , semblait, absolument sans ressources. Habile à profiter des fautes de son adversaire, la ducbesse, envenimant la démarche de Samblaçai, écrivit alors à son fils : t C'est peu de ne point vous aider dans de pa« reils malheurs, il veut vous ruiner. Voilà l'homme pour qui vous vous étiez presque déclaré contre votre mère ! Et, à qui idoit-il donc sa fortune ? »

Cefte fortune était assez grande, en effet, peut exciter l'envie , et la voix de se s ennemis

en exagérait encore l'importance. Oto recher-

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