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cha toute la conduite du surintendant , non par des voies juridiques, mais par ces moyens tortueux que Tlntrigue et la haine savent, pour assurer leur succès , employer avec une si perfide adresse. On menaça ; on intimida un nommé Prévôt , de Tours , commis de Samblaçai ; on lui montra le supplice tout prêt à le punir comme complice du surintendant s'il ne se portait son accusateur.
Prévôt dit tout ce qu'on voulut lui faire dire , et au-delà ;; les profits les plus légitimes de la place du siarintendant devinrent autant de malversation» , et quand l'acharnement i chercher des crimes eut vaincu la difficulté de lui en trouver, le procès civil fut transformé en procès criminel, et le 26 juillet 1527, Sam* blaçai, arrêté dans sa terre de Balac, fut transféré sous bonne escorte dans les prisons de la Bastille».
Le procès , uniquement basé sur une vague accusation de péculat , pouvait être long : Duprat, pouT en accélérer l'issue, choisit les juges (1) parmi ses créatures et leur dicta
(x) Voici r» qaedit un contemtwrain , Beftucaire, sor ce choix de» Ju g», en parlant da chancelier Daprat : Bipeium
DU PiiLAIS DE JUSTICE. Il5
d'avance Tarrél qui fut prononcé le 9 août i5â7, et dont voici les principales disposi* tions :
c Déclarant ledit Jacques de Beaune être atteint et convaincu de larcins, faussetés, abus, malversations et maie administration des finances du roi, mentionnés audit procès. Et pour réparation desdits crimes et délits , Tout déclaré et déclarent être privé et le privent de tous honneurs et états. Et en outre ont icelui condamné et condamnent à être pendu et étranglé à Montfaucon , et tous ses biens , meubles et héritages confisqués. Sur lesquels biens et confiscation sera prise la somme' de trois cent mille livres parisis , tant pour restitution des sommes par ses faussetés mal prises par ledit Jacques de Beaune, sur lesdites finances du roi, qu'autres dommages-intérêts par lui faicts et donnés en icelle. Laquelle somme lesdits juges ont adjugée au roi , pour ladite restitution, et ce, sans préjudice de
omnium nequissimuSf qui Samblaçàio ah summam ejus auetaritatem invidebat^ ilUJudices è sua cohorte, hoc est ex iis quos vél ad senatum parisiensem promoverai, vel sibi (Idos àHoqui seiehaiy dedii.
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ladite d^ble prétend«ife par maditc dame, mère du roii •
Cioq jours après , cet inique jugement receyait son exécution , et Samblaçai , extrait à une heure après midi du dooyon de la Bastille., était conduit à pied ^ au milieu de la foule silencieuse 9 à l'infamant gibet de Montfaucon. Voici en <^uels termes le journal manuscrit de François I^'^ déposée la bibliothèque, raconte la marche du funèbre cort^: • Jean de Beaune de Samblaçai , général des finances , fut mené de la Bastille au lieu patibulaire de Montfaucon, en passant par la rue Saint-Denis. Arrivé devant la maison des religieuses , on le fit entrer, et les filles de la communauté lui donnèrent du vin et du pain , dont U mangea trois morceaux , ainsi qu'ont accoutumé les malfaiteurs , «près avoir baisé la croix et reçu de l'eau bénite. ( On appelle le pain , le dernier morceau des patiens, et le vin est une image du vin de myrrhe que les juifs donnèrent à Jésus-Christ , et que les dames juives font boire aux patiens pour endormir les douleurs du corps.) >
Samblaçai était alors âgé de soixante-deux ans. Il mourut avec ud rare courage, tandis
que le p^ple couvrait ^m jugea de malédio-- Uon9. Und'çqx, MdâUwd^ Turail ftçcempagoé dw3 n ro^e ^ Qf 8i«|« j«9qu'4 la fia de VexécuUon. Varpt fit. A ce #vjet; na buitain qui raô« rite d'ôtre cit^, m «e f u'il établit fidèlement l'effet q«e )e ti«|^|ili(» de SamUaçai produisit al^n ftir Im esprit» :
A MontEi^acon Semblaçaj l'ftroe rendre ,
Lequel des deux , & Totre sens, tenait
Meilleur maintien ? Pour le tous Caire entendre ,
Maillard semblait homme que nort Ta prendre ; *
Et Samblaçny fut si ferme Tieillard ,
Que Ton eût dit , au Trai , qu'il menait pendre
A Montfauoon le lieutenant Maillard.
Quelques années plus tard , la mémoire de Samblaçai était réhabilitée; son fils, qui depuis fut archevêque et grand-aumônier de France , obtenait des lettres qui le rétablissaient dans les biens et honneurs dont l'arrêt du 9 août 1 5^7 l'avait privé. Il ne restait de ce déplorable procès , qu'une indélébile tache à la mémoire de cette duchesse d'Ângoulême , dont les intrigues furent une des principales causes des malheurs du règne de son fils ; et une preuve de plus des dangers de la place de
Il8 LA CHRONIQUE DU PALAIS DE JUSTICE.
surintendant des finances , alors que les rois n'avaient pas encore le droit incontesté de créer les impôts, et que pour se procurer des subsides ils usaient de désastreux moyens dont la haine des peuples faisait retomber la terrible responsabilité sur leurs ministres.
Golbert , heureusement , devait bientôt mettre un ternie à ce funeste état de choses dont la dernière victime fat le célèbre Fouquet.
Il cARTiL DE mam Mmh
(IBM).
Ce fut une grande rumeur que celle qui se fit dans Paris le quinzième jour de décembre 1 526. Un- lit de juitice , annoncé avec un faste et un appareil inusités , devait se tenir dans la grand'salle du Palai»; aussi, dès Faube, la population tout entière s'était-elle mise en émoi. Sur tous les points ^ les hallebardiers du roi se portaient pour assurer les étroits
passages , prévenir les rixes et veiller au maintien de la libre circulation. Malgré leurs efforts , cependant , des clameurs , des récriminations, des menaces éclataient de toutes parts dans les groupes , et des conversations tumultueuses, où la politique et. la religion étaient en jeu tour à tour, n'expliquaient que trop ces mouvemens désordonnés et cette anxiété de la foule dans l'attente de quelque grand événement.
Mais vers midi, à cette sourde et active agitation succéda une attention générale ; une sorte de silence s'établit , et tous les regards se portèrent à la fois dans la direction de b Seine. De divers chemins , sur la grève , par les places , à travers les rues ^ on voyait s'avancer à la fois vers la Cité tout ce que Paris avait réuni jamais de plus nobles seigneurs, de plus puissans prélats , de magistrats plus recommandables.
Les princes , couverts de brocarts étinœlans de pierreries , attirèrent d'abord les regards; puis vinrent les pairs d« royaume, bardés de fer et survêtus de riches et flottaos manteaux d'hermine , ensuite , les grands officiers de la couronne avec les insignes de
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leurs dignités ; uoe foule d'illustres seigneurs» trois cardiniiax, trois archevêques, dix-sept éTêques , le corps entier du Parlement de Paris, au nombre de soixaate*dix-huit membres ; deux députés du Parlement de Toulouse, deux de Bordeaux , un de Dijon , deux de Grenoble , deux d'Aix , deux de Rouen , et le corps entier enfin de la ville de Paris.
C'était vers le Palais que se dirigeaient ces nobles et brillans cort^jes. Toos bientôt se trouvèrent réunis dans la vaste salle de la Table^de-Marbre , et lorsqu'ils eurent pris rang selon les ordres de Tétiquette , le roi luimême, François I'', entouré du reste glorieux de noblesse échappé au désastre de Pavie , vint prendre place pour présider cette assemblée extraordinaire, dont il semblait avoir voulu £ure un simulacre d*états-géaéraux.
François I^'', malgré ses malheurs, était encore alors Torgueil ei l'admiration de ^on peuple. Ses qualités , plus brillantes que solides, n'avaient pas cesaé de Cssciner les cœurs ; et si sa gloire , acquise dans tant de combats , s'était trouvée compromiBC par ses revers, sa captivité semblait avoir été une ex*
piation assez cruelle, el sa magnificence dans la paix n'avait pas moins laissé dans les esprits de profonds et durables souvenirs
Alors , en effet , la France était la véritable patrie des beaux-arts ; Fontainebleau, Chambord, Saint-^Germain , ces édifices féeriques sur lesquels semblent encore veiller les mystérieuses salamandres, s'élevaieat comme par pnchantement ; François P' disputait Jules Romain à Rome, enlevait à Florence Léonard de Vinci et André del Sarto , et d'un même trait de plume commandait à Raphaël son immortelle Transfiguration , et ordonnait la construction du Hâvre-de-Gràce qui devait sitôt faire oublier le vieux renom de Harfleur.
Une sourde rumeur cependant accueillit l'entrée du monarque, et ce fut des bancs même du Parlement qu'elle s'éleva, comme si cet antique corps eût voulu protester de son rancunier souvenir, pour l'atteinte que le roi s'était permise contre ses privilèges en fusant violemment enregistrer par LaTrémoille, porteur d'exprès cammandemens , le concordat violateur de la pragmatique-sanction.
Nulle voix ne s'éleva pour réprimer ce témoignage désapprobateur : les torts du roi
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étaient trop récens et trop graves, en effet, pour que le respect pût suffire à étouffer les plus justes regrets. L'armée perdue à Pa?ie , la cheyalerie détruite, Bayard et Félite des preux livrés à la mort, l'Italie abandonnée, la France à deux doigts de sa perte et le trône n'ayant de refuge contre sa ruine que dans son propre déshonneur : tel était le tableau qui se présentait à tous les esprits » qui faisait gémir tous les coeurs.
L'objet de cette réunion solennelle n'était pas connu cependant. Le roi était arrivé depuis peu de jours à Paris , et l'on ne se rappelait qu'avec trop de douleur et d'effroi les désastreux événemens qui l'avaient tenu si long-temps éloigné de la capitale. Après la fu* neste déroute de Pavie , où neuf mille hommes , l'élite de la noblesse française , étaient restés sur le champ de bataille , François, blessé à la jambe , à la main , et renversé de son destrier, s'était, après une inutile défense, rendu à Lannoi, vice-roi de Naples. C'est alors qu'il avait écrit à sa mère ce billet plus touchant, mais moins sublime que le mot héroïque que lui a depuis prêté l'histoire: Madame, tout est perdu, fors V honneur! (Voici
1^4 ta CHRONIQDB
le principal paragraphe de eetle lettre , que nous puiflons dans les archiires manuscrites du royaume), c Pour ifous avertir comment se « porte le ressort de mon infortune , d» twia « choieê ne m* est demeuré que Vlumneut A hvie^ c laquelle est sauve. . . Je tous supplie do vou- « loir, prendre extrémité de Tous-mème, en c usant de votre accoutumée prudence , ear < j'ai espoir en la fin que Dieu ne m'abaadon* t nera point , vous recommandant vos petits c enfans et les miens!... «
Conduit tour à tour â Pizzighittone , â Na* pies, à Barcelone, il venait, au t>oat de trois ans d'une captivité dont les rigueurs , après l'avoir fait tomber dw$ ¥ine grmM fHiAaiieolM et une fiiwe fort vihimente , avaient mis ses jours en danger, de signer le traité de Madrid , qui le rendait â la liberté. Les conditions imposées par Gharies-^uint avaient été tellemimt exorbitantes , toutefois , que le roi, ne les eonaen* tant qu'après avoir juré pendant trois ms qu'il préférerait $e résignera tenir prUoneq/nefin^ av%jt, avant la signature, protesté en présence de Montmorency , de Chabot de Brion et de plusieurs secrétaires et notaires , contre la valeur des promesses qui lui étaient extorquées.
Par ce pacte, il s'engageait à restituer à l'empereur le duché de Bourgogne , héritage de ses aïeux; il abjurait toute prétention sur le Milanais , Géùes et le royaume de Naples ; renonçait à s'immiscer dans les affaires d'Italie ; abandonnait ses droits de suaseraineté sur la' Flandre et sur l'Artois ; retirait sa protection au rot de Navarre , au duc de Gueldre , aux Lamarck ; jurait de rendre les domaines saisis sur le contiétable de Bourbon , le prince d'Orange et autres rebelles , et de payer une rançon de deux millions d'écus â l'empereur, se chargeant , en outre i d'éteindre une dette decinq cent mille écus contractée par Charles- Quint envers le roi d'Angleterre ; François devait enfin épouser la reine douairière du Portugal, Eléonore d'Autriche, soeur de l'empereur; et, pour garantie de l'exécution de ses promesses, force lui avait été de livrer en otage ses deux fils, François et Henri, qui avaient été remis, sur la Bidassoa, aux commissaires espagnols par ce même Lautrec qui avait perdu la vice-royauté de Naoles , parce qu'il était èan à combdMre en guerre et à frapper comme im em^rd^ mais non à gouverner un iiai.
Me voici donc roi derechef! s'était écrié François P** en mettant le pied sur la terre de France ; et à quelques jours de là , après avoir signé avec le pape ,. les Vénitiens et le duc de Milan une ligue et aUiance perpétuelle^ à laquelle adhéra le roi d'Angleterre , il expédiait Guyenne , son héraut , près de Charles-Quint, pour lui signifier , de la part des Boui^uignons , un refus formel de se séparer de la couronne de France , et offrir deux millions en échange de cette condition du traité. Après avoir quelque temps attendu inutilement la réponse , il s'était dirigé vers Paris.
Tel était, au mois de décembre, l'état des affaires , lorsque le lit de justice fut convoqué; et l'on doit juger avec quelle impatiente anxiété les paroles du roi étaient attendues , lorsqu'après avoir salué l'assemblée avec courtoisie , il prononça ces mots d'une voix ferme, bien qu'émue :
t Messieurs , vous connaissez la situation du royaume; après une absence si douloureuse , j'aurai plutôt à recueillir vos avis pour y apporter remède , qu'à vous dire tous mes projets. C'est pour vous exposer ma position personnelle vis-à-vis de l'empereur, que je
VOUS ai rassemblés. Malgré le désastre de nos armes , plongé dans la captivité et séparé de mon peuple, je n*aî pu me résoudre , trois ans durant, à accepter les conditions cruelles et pleines d'injustice que me dictait l'empereur. Je ne me suis résigné enfin à les consentir, lorsque le mauvais état de ma santé m'y a forcé , qu'après avoir protesté contre la violence qui m'était faite , et dans le but surtout de venir conférer avec vous des moyens les plus avantageux.
c Peut^tre ne savez-vous pas à quel prix la liberté m'est rendue. Yoici le traité en son entier. (Ici, François I^' lut lui-même le traité de Madrid , dont nous donnons plus haut la substance.) J'ai livré mes enfans, continuat-il , pour venir me jeter dans les bras de mon peuple ; c'est à vous , messieurs , à peser dans votre sagesse et votre dévouement à la couronne quels subsides vous pouvez fournir pour la rançon des chers enfans de France. Si vous trouviez mon peuple trop grevé, cependant; si les malheurs des temps avaient rendu impossible ce dernir recours , j'attendrais que vous le dissiez avec franchise , tout résigné déjà que je suis à retourner moi-
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même tenir prison, comme l'empereur m'en somme, en cas d'inexécution du traité. •
L'impression que devait produire sur l'assemblée ce simple discours n'était pas dou«teuse : le cleiçé, les seigneurs et l'ordre judiciaire délibérèrent séparément. Puis le cardinal de Bourbon (frère du duc de Yendôme et du comte de Saint-Pol) offrit au roi, au nom du clergé , l'énorme somme d'un million trois cent mille écus , pourvu que cduici promit de travailler de tout son pouvoir à la liberté du Saint-Père (Rome venait d'être saccagée par les bandes du connétable de Bourbon) , et de concaurb à l'extermination du luthérianisme. Le duc de Vendôme, organe de la noblesse, déclara qu'elle était prête à employer corps et biens au service du roi ; et les parlemens , quoiqu'ils représentassent uniquement Tordre judiciaire , et n'eussent aucun droit de parier au nom du tiers-état , déclarèrent que le roi pouvait ioùitemetU $i jtiêtemini lever sur ses sujets deux millions d'écus pour la rançon de ses fils et les nécessités du royaume. Quant â VoSte de retourner en Espagne , elle fut rejeta unanimement , et le traité de Madrid fut déclaré md
DU PiXAM PB JUSTICE. IfkQ
de plein droit , n'ayant pas été contracté librement.
Ces sacrifices étaient immenses assurément, la proposition en avait été spontanément faite^ et ils venaient d*étre en quelque sorte votés par acclamation , lorsqu'un bruit étrange se fit entendre à l'extérieur du Palais : des cris , des vivat retentissaient; la nouvelle du bon accord du monarque et des délégués de la nation ne pouvait être connue encore au dehors , cependant : bientôt l'aspect du héraut Guyenne j qui s'avançait d'un pas solennel vers le trône où siégeait le roi , donna l'explication de cette rumeur étrange. Après avoir mis un genou en terre pour recevoir l'agrément du roi , Guyenne fit connaître la réponse faite aux propositions de Bayonne, par l'empereur, qu'il avait rejoint dans sa ville de Burgos. • Le roi de France a fait lâchement et méchamment , avait dit Charles-Quint , de n'avoir pas gardé la foi que j'avais de lui , selon le traité de Madrid; je le lui maintiendrai de ma personne à la sienne. »
Le roi pâHt à cette menace de l'empereur, et d'une voix agitée par la colère :
— Eh bien ! monsieur , dit-il à l'ambassa-