‹ La Chronique du palais de JusticeChapitre 17 sur 27 · VM · texte numérisé non relu

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C'est une carrière toute de félicité de nos jours que celle des grands emplois publid ; et, malgré les menaçantes rigueurs de la fiction constitutionnelle , le plus grand malheur ifui semble désormais pouvoir atteindre un ministre inhabile ou préyaricateur, un général^ exacteur ou félon, c'est d'expier, dans une riche et brillante ambassade , dans une grasse

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et inamovible sinécure , une disgrâce • dont console d'ordinaire une fortune rapidement acquise, et Tcspérance d^un de ces fréquens reviremens de système, qui trop souvent rappellent aux affaires les habiles , que , pour le bonheur du peuple , op eût voulu en voir à tout jamais éloignés.

Certes , un exemple récent pourrait donner à notre dire une apparence de paradoxe; mais , qu'on y pense, il a fallu une révolution accomplie , la chute d'un trône , l'expulsion d'une dsrnastie tout entière , pour que quelques conseillers de la couronne tombassent sous le ressentiment populaire; et encore la justice nationale, après les avoir frappés, a-t-elle réclamé bientôt , en leur faveur, un pardon que son indulgence trouvait assez chèrement acheté au prix d'une captivité de huit années.

Il n'en était {>a6 de même autrefois : ce n'était pas le peuple^ il est vrai» maïs jès grands, mais la cdur« mais les monarques eux^oiénâs^ qa poursuivaient de leur envie , de leur hfÂae et de leur vengeance les iMotaies ^uiB la fortune et la gloire semblaient s'être appliquées à combler de leurs biens. Les règnes de

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nos premiers rois , celui de François I^', ceux des Valois, de Henri lY, de Richelieu surtout, car force est bien de compter Richelieu au nombre des rois de France, abondent en exemples de cea sanglantes catastrophes qui , d'un seul coup, sans péripétie, à TimproTiste, précipitent «n homme des degrés du tr^oe A Técha&ud , du sommet de la fortune et des honneurs , au poteau de la Grëre ou au gibet de rinfamie.

Déjà nous avons traoé le tableau de quelqnes-tms de oes terriUes enseigaemens de ia fortune ; la cfaule àm braye et y«itueux maréchal de Biez devait naturellement trouver place dans notre galerie rétrospective , oii son nom, comme dMis l'histoire, méHte d'être mis sur la même ligne que ceux de Samblaçai , de Marigny, de Gié et de Biron.

Originaire de l'Artois , et d^une famille qui , dès le cemmeocemecit du quatorzième eiède, s*étai t distinguée dans nos guerres et avait cen- ' traelé de glorieuses sAliances a^^ les Créiqui , les MaSlly et les plusgrands noms de ces temps, Oudart de Biez se distingua dès son entrée dans la carrière des armes , au sein d'une noblesse dont tous les membres étaient renom-

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mes déjà par leur bravoure; eu i5a8, il ser* Tait avec distinctioa en Italie , sous le comte de Saiot-Pol ; en 1 536 , on le voit décoré du grand cordon de Saint-Michel; en 1542* enfin, il reçoit le béton de maréchal de France, et compte, dès lors , parmi les grands capitaines qui illustrent le règne de François !*'•

« Il fut un noble chevalier, dit Brantôme ; la succession qu'il reçut de H. de Bayard en fit quelque preuve , car le roi François, après sa mort , lui donna la moitié de la compagnie de cent hommes d'armes de M. de Bayard; C'est un grand heur et honneur à toute personne , quand elle succède en la place d'un autre tout rempli de vertus et de valeur, et cette compagnie ne fut mal tombée à ce seigneur, car il l'employa bien, t

Nous n'entreprendrons pas ici d'esquisser la vie militaire du maréchal de Biez, un seul trait peint le rang où l'avait placé la voix de ses contemporains et de ses rivaux : • M. le dauphin (depuis Henri H), le tenait en si haute estime , qu'il voulut, au camp de Marseille, en 1544» ^tf^ armé chevalier de sa main , comme François I^*^ l'avait été de la main du chevalier Bayard. »

Tant de réputalioD et de gloire, une faveur si haute et si éclatante devaient lui faire des ennemis; en réritable homme de guerre, de Biez méprisa leurs clameurs , et se contenta de répondre par des services aux sourdes accusations que la haine accumulait dans Tombre contre lui.

En 1545, les Anglais occupaient la Picardie presque entière, et, de là, menaçaient la capitale. Le roi commit le maréchal au commandement de son armée , remettant ainsi , en quelque sorte , sa fortune et sa couronne entre ses mains. De Biez se montra digne de cette confiance ; dès l'ouverture de la campagne il battit deux fois les Anglais et les arrêta court dans leur audacieuse entreprise. C'était au milieu de ces succès que ce brave guerrier devait trouver sa perte, et une faute qui ne lui était pas personnelle ouvrit le cours de ses infortunes.

Les Anglais attaquaient à la fois Montreuil et Boulogne. De Biez se jeta dans la première de ces deux places , qui , toute démantelée , était d'une plus difficile défense, et il y fit si bien, qu'à force de valeur et d'audace, il força l'ennemi d'en lever le siège. Il courut à Boulo-

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gne alors ; il en avai i confié le commandement à son gendre , Jacques de Coucy, seigneur de Vervins. Quel ne fut pas soù désespoir quand il apprit que ce jeune homme, sans expérience de la guerre, avait eu la faiblesse de rendre la place aux Anglais , et de se laisser lui-même faire prisonnier.

Le dauphin cependant, de son côté , Tenait au secours de Baulogne ; il amya trop tard et essuya l'affroot de ¥oir l'Anglais hrayer ses vaines démoDAtrations de siège et d'aUaque. Dans son ressentiment , il attribua son mauvais snccès I non seulement à la lâdielé de Coucy, mais encore au mauvais vouloir du maréchal , qui n'avait eu d'autre tort que dfe se tromper dans son choix, et de croire qu'en unissant Yervins à son sang» il lui avakooosm unique quelque part de son rare et mâle courage.

Aux plaintes du dauphin , François I^*" n'jèccorda qu'une demi-confianoe ; et, pressé de reconquérir Boulogne , ce fut à de Bies loimême qu'il se fia encore du soin de rassi^for. Le maréchal se rendit en hftte devant la pkee et commença les travaux qui devaient assurer le succès de son entreprise. Le roi lui avait

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commandé de construire uo fort près de la tour d'Ordre ; oe fort fut , par l'ordre du maréchal^ tOQstruit à un quart de lieue au-des- 80B8 du lieu prescrit , et ce Ait plus tftrd un des tthefs d'accusation que l'on éleva le plus vâiéfflmtemeiit contre lui. Toujours est -il que le maréchal conduisit le siège avec autlml d'habileté que d'éaerpe , et qu'il oe se passa pas de jours saas qu'eût lieu quelque aclîoa meurtrière ou quelque éclatante rencootre. Ce fut même dans un des combats journaliers de ce siège que M. de Guise fut blessé au visage d'nb coup de lauoe , dont l'honorable et martfafo cioatrîce lui mérita dès tors le silriieœ du Balafré.

Boulogne fut repris , la paix fut faite entre Henri VIII et François t*' ; les Anglais rendirent leurs prisonniers , et de ce nombre fut Coucy-Vervîns.

Le dmipiiÎB voulait , dès ce moment), qu'on kii SU sou prooès ; François I^** ne le fiermît pas , reconnaassanl qu'il était des services si-gnalés de son beau-père ; mais , idans la même aimée ( i S47 } , François I*'' mourut , et te dauphin , montant sur le trône sous le nom de

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Henri H , fut maître de suivre les mouTemcns de sa colère contre le maréchal et sa famille.

Dès le commencement de Tannée 1 548 » en effet , donnant un libre cours à son ressentiment y Henri adressa une commission au Parlement pour instruire le procès du maréchal et de son gendre : ils furent arrêtés immédiatement et déposés , Coucy dans le chAteau de la Bastille , de Biez dans la prison de la conciergerie.

Contre le premier , le procès ne pouvait être long 7 à peine entendit- on sa défense. Boulogne , rendu aux Anglais , était un fait dont il ne pouvait rejeter la faute sur personne. II fut condamné à avoir la tête tranchée en place de Grève , et ses biens confisqués pour réparation à la couronne.

Le maréchal ne pouvait être condamné si légèrement ; on n'aurait osé inculper sa bra*voure ; on l'accusa t d'infidélité, de déloyauté, de prati<|ues , de menées Avec les ennemis du roi; de larcin et de péculat, de faussetés et de déguisemens de nom et de seing faits par ses ordres , de violences , d'extorsions , d'empéchemens donnés au fait de la justice , de pilleries , d'oppressions des peuples , de bris^

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de prison , de subordination de témoins et autres délits et malfaçons, >

L'accusation, comme on voit, était bien vague ; le maréchal , homme de courage , mais de peu de lumières et de capacité hors des affaires de la guerre , se défendit mal , répondant simplement qu*il ^n'avait rien fait que les généraux d'armées n'eussent accoutumé de faire : sur un seul point , il s'em-* porta, et son honneur blessé lui donna la force de présenter une éclatante justification. On lui reprochait d'avoirfait passer des passevolant dans sa compagnie d'hommes d'armes, pour gagner des payes : « Le fait est vrai , ditil , et j'ai retiré de ce moyen de fortes sommes ; mais là où mes ennemis veulent trouver un crime odieux , il n'y a qu'un fait honorable, et l'emploi de l'argent des passe-volant ennoblit la source où je l'ai puisé. > Le mâchai, en effet, prouva que cet argent lui avait servi pour soudoyer des espions en Flandre , afin de se tenir au courant de ce qui se passait dans le pays ennemi et d'assurer le succès des armes du roi.

Montluc prit hautement sa défense. « Qu'on ne me parle pas de sa bravoure , dit-il , car à

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ce siège de Boulogne, les Anglais étant sortis pour venir sommer la bataille , ils chargerait notre cavalerie , qui se mit en déroute , et , voyant le désordre des gens de cheval , le maréchal courut au bataillon des gens de pied , et leur dit : — Mes amis, ce n'est pas avec la cavalerie que j'espérais gagner la bataille; c'est avec vous , qui êtes de. braves gens ; et il mit pied à terre ; et, prenant une pique d'un soldat à qui il bailla son oheval , il se fit oater ses éperons et commença la plus bdle rer traite ; elle dura quatre heures sang que sa troupe eût été entamée , faisant à chaque pas tête aux ennemis dont l'infanterie et la Qftvailerie l'entouraient. Voilà oe qu'il fit pour b dernière fois, étant en l'âge de soiKante-dix ans.

« Et n'a-t-il pas toujours égulement bûsp servi le roi? continua Mon llue. Que Ton d^ mande a M. le cardinal de Lorraine, qui ett celui-là qui lui bailla la plus grande traMei car à Poissy, lors de l'assemblée ^e le rm fit des chevaliers de l'ordre , il le lui reproofea et vinrent fort avant en paroles» îh sois trop petit eompagnoB pour le noaHlier, encore que j'y fusse ; aussi il y a des df hvqs inêlées s

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mais j'oserai engager mon âme que le maréchal ne songea jamais à faire acte méchant contre le roi. »

Cependant, la défense de deBiez, les nobles efforts du brave Montluc, les supplications de sa femme et de sa famille, une démarche des maréchaux de France et des chevaliers de Tordre , ses confrères , tout fut inutile : le maréchal deBiez, déclaré, le 26 juin i55i , « atteint et convaincu du crime de lèse -majesté, fut condamné, pour réparation , à être privé de tous états, honneurs, dignités , à être décapité sur un échafaud qui serait élevé a cet effet en place de Grève ; et , avant d'être procédé à l'exécution , il fut ordonné qu'il serait appliqué à la question extraordinaire , pour avoir de sa bouche la révélation de ses complices. »

Par un rêtenlum du m^ne jour, il fut dit que le maréchal ne serait que présenté à la question extraordinaire, mais qu'elle ne lui serait pas donnée.

Dès le lendemain , le roi commua la peine de la décapitation en celle de là prison perpétuelle j mais le maréchal n'en monta pas moins

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sur réchafaud , et le supplice qu'il y subit fut cent fois plus cruel que la mort.

Conduit à la Grève , dans le même tomber reau que son gendre Goucv-Yervins , il assista au supplice de ce malheureux jeune homme, qu'il s'efforça en vain de soutenir de sa mâle parole et du noble exemple de sa.fermeté; puis , lui-même , lorsque la tête de Goucy eut roulé sur Téchafaud , il fut , de la main sanglante du bourreau , dépouillé du collier de rOrdre de Saint-Michel , dégradé de noblesse et déchu de sa dignité de maréchal de France ; et de la place de Grève , où venaient d'être flétris ses cheveux blancs, il partit pour le château de Loches , où devait s'uçer le reste de ses jours dans les rigueurs d'une étroite prison.

La chute du maréchal de Biez fîit une des taches du règne de Henri II ; il ne tarda pas à le sentir lui-même; le peuple n'y voyait qu'une lâche et barbare vengeance ; la cour, qui pardonne si vite à ceux dont elle ne craint plus la faveur, demandait hautement son rappel ; Henri ne tarda pas à l'accorder ; mais il était trop tard , le coup qui avait frappé le maréchal avait été trop brusque et trop violent ,

DU PALAIS DI JUSTICE. l^S

et , â peine rendu à la liberté , le noble yieillard mourut de douleur à Paris dans sa maison du fauboui^ Saint-^Yictor (i55i).

Vingt ans plus lard, sous le règne de Henri III, la mémoire du maréchal de Biez et celle de Jacques de Coucy, seigneur de Yerrins, fièrent complètement réhabilitées. En vertu de lettres- patentes de iS^S, le Parlement eut mission de revoir le procès en son entier ; et, comme il arrive d'ordinaire, le jugement prononcé alors fut la contre -partie de celui rendu en 1 55 1 • Non seulement les accusations portées contre le maréchal furent déclarées dénuées de preuves , fausses et de pure invention, mais Jacques de Coucy lui-même fut reconnu innocent et irréprochable de tout point. La preuve fut acquise que ce n'était qu'après avoir soutenu un assaut et avoir vu sa garnison considérablement affaiblie, une brèche faite à la place, et les Anglais prêts à s'en emparer de vive force, qu'il avait rendu Boulogne. En conséquence, sa mémoire et celle du maréchal furent réhabilitées , et on leur fit , en 1 577 , aux Augustins de Paris , de magnifiques obsèques , où

assistèrent la cour, le Parlement, et Valois, u. 10

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héraut d'armes du roi , qui , coounis par exprès commaadement , déclara hautemeot, après le. service terminé, que H. le maréchal de Biez et le sire de Goucy-Yervins ayaicot été injustemeat condamués , et que leur mémoire était pure et saus tache

loirNonniT.

Le nom du comte de Montgommery n'est guère connu dans l'histoire que par le funeste événement qui en coûtant la vie au roi Henri II , mit fin en France à cette fureur de jeux guerriers qui j trop souvent , dégénéraient en combats sérieux et avaient coûté à la patrie un sang précieux pour sa défense.

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La valeur de Montgommery cependant , son influence sur les événemens de son époque , la terrible Tengeance surtout , tirée par Marie de Médicis de son malheur ou de son imprudence, eussent suffi pour faire passer à la postérité sa mémoire , comme celle d'un des liommes les plus diversement traités dans les ■reviremens de la fortune*

Fils du seigneur de Lorges , un des plus vaillans guerriers du seizième siècle , et petit-fils de Robert, cousin de Jacques P', venu en France au commencement du règne de François P' , dont H commandait la garde écossaise , Montgommery avait hérité de la valeur et de l'esprit aventureux de ses pères. Bien jeune encore , il passait , en 1^4^ 9 ^^ Ecosse à la tête du secours que François 1^^ envoyait à la reine Marie de Lorraine , mère de l'infortunée Marie Stuart. Déjà il s'était fait un grand renom de bravoure. « C'était 9 dit Birantâme , « le plus nonchalant en sa charge , et aussi t peu soucieux que possible , car il aimait fort « ses aises et le jeu ; mais lorsqu'il avait ime « fois le cul en selle , c'était le plus vaillant « et le plus soigneux capitaine qu'on eût pu « voir. »

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C'était aux yeux de Fraaçoia I*' la meilleure recommandation qu'être vaillant homme de guerre ; aussi n'avait-il pas tardé à accorder à Montgommery toute son affection et son estime. Henri II , en montant sur le trône de son père , conserva dans sa faveur le capitaine de la garde écossaise , et lui donna dès son avènement , un témoignage éclatant de sa confiance dans une circonstance bien délicate et bien fâcheuse. C'était en 1 53g , le roi s'était rendu au Parlement pour l'enregistrement de divers édits ; plusieurs membres de l'illustre corps , parmi lesquels on signala surtout les conseillers Anne Dubourg et Faur, qui avaient embrassé les nouvelles doctrines religieuses , déclamèrent avec chaleur contre les mœnrs de l'Eglise romaine, et se permirent des applications directes sur les dissolutions et les excès du roi lui-même et de sa cour; Henri ordonna à Montgommery d'arrêter les deux audacieux conseillers et de tes conduire à la Bastille. Montgommery exécuta immédiatement cet ordre, bien qu'il partageât les opi^ nions politiques et religieuses de Faur et de Dubourg ^ et dût faire céder en cette occur-

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rence ses sympathies et ses convictians à Faustère sévérité du devoir (i).

Ce fat peu de temps après qu'arriva le malheur qui coûta la vie à Henri IL Ce monarque venait de conclure le double mariage de sa fille et de sa sœur. Au milieu des fêtes ma-^ gnifiques qu'il donnait à cette occasion , un tournoi eut lieu, dont la rue Saint-Antoine fut le théâtre. Le prince, jaloux de faire montre de son adresse remarquable dans tous les exercices du corps , se mit au nombre des jouteurs. Le troisième jour du tournoi (5o juinj , Henri se retirait avec les honneurs du combat , quand il avisa â un des poteaux du champ deux lances demeurées suspendues et qui n'avaient pas été employées. Il en prend une aussitôt et ordonne â Montgommery de s'armer de l'autre. Le capitaine , plus adroit, plus fort , plus habile , résiste et n'obéit que quand il voit le roi sur le point de se fâ«

(i) AnneDuboui^ et son malheureux collègue furent pendus quelque temps après , malgré les démarches du Parlement et les cucrglqucs protestations des partisans de la nouTeîIb croyance.

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cher de sa résistance. Bientôt le signal fut donné : le premier choc des combattans fut terrible : la lance de Montgommery s'était rompue dans sa main , et , par une imprudence qu'explique la chaleur du combat , il avait n^ligé d'en jeter le tronçon, alors que son* eheval l'emportait encore : le roi en fut atteint avec tant de violence, que la visière de son casque se levant, laissa - passage au bois de la lance , dont un éclat entra au-dessus de l'œîl droit et traversa la tète de part en part. Le malheureux prince tomba en perdant connaissance, et ne revint à lui, onie jours après, qu'au moment de la mort.

Après un événement si fatal , Montgommery ne pouvait demeurer à la cour. Si son^ innocence le mettait à l'abri de toute recherche , elle ne pouvait le garantir de la haine d'une reine violente et passionnée : il se retira dans ses terres de Navarre, d'od, ne se croyant pas en sûreté , il ne tarda pas à partir pour voyager en Italie et en Angleterre.

L'année i56â vit éclater la première des terribles guerres de religion qui , trente ans durant , devaient désoler la France. Zélé sectateur de la nouvelle croyance, Montgom-

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mcry crut devoir revenir dans sa patrie , et , oubliant que , chargé d'un r^cide involon* taire, son devoir était sans doute de se consacrer à la défense de la veuve de Henri et des enfans de France qu'il avait faits orphdins , il appuya du secours de sa renommée et de son bras les réclamations des calvinistes, et se fit bientôt remarquer au nombre des plus redoutables ennemis de ce trône qu'il avait défendu si vaillamment sous deux rois.

Nous ne dirons pas ici les combats que Hontgommery livra pendant une année en^ tière dans la Normandie, ni le siège qu'il soutint dans Rouen , ni ses efforts désespérés, ni sa fuite miraculeuse : l'édit de pacification de 1 563 mit fin , pour un moment , à ces déplorables luttes ; mais y dès i565, une guerre nouvelle s'alluma ; et Montgommery s'y montrant plus actif, plus entreprenant que ja-^ mais, défît en diverses rencontres les troupes royales , et fînit par s'emparer de la presque totalité du Béarn.

Ce fut alors que le Parlement de Paris prononça contre lui et l'amiral Goligny une con< damnation capitale , et que tous deux furent exécutés en efiigie. La paix de Saînt-^

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aanula l'arrêt sévère da Parlement et permit à Montgommery de reparaître dans la capitale ; mais cette paix n'était qu'un piège , et devait se dénouer par les horreurs de la Saint- Barthélémy. Prévenu â temps le jour du mas* sacre, Montgommery, qui demeurait au faubourg Saint -Germain, parvint à fuir avec quelques amis malgré l'acharnement des assassins qui le poursuivirent jusqu'à Monfort- TAmaury. c Ce fut a la vitesse de la jument qu'il montait qu'il dut uniquement la vie , dit un chroniqueur qui nous fournit ces détails/, car sur cette béte secourable , il fit trentic lieues tout d'une erre. »

 travers mille périls, Montgommerf , après avoir gagné d'abord l'ile de Jersey , . se rendit précipitamment en Angleterre ; mais il n'était pas homme à laisser sans vengeance la mort de ses frères , et son unique but i, en paraissant à la cour , était d'obtenir de» se* cours pour les huguenots assises alor& dans La Rochelle par le duc d'Anjou. Ses efforts furent couronnés de succès, et bientôt/La Ro^ chelle , ravitaillée par ses soins , se trd&uva en état d'opposer une ferme résistance. /Il passa en Normandie alors , se rendit matière de Ca*

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rentan, de Yalogoes, mit tout le pays à contribution , et porta l'alarme jusque près des portes de Paris. -

L'armée royale tenta un dernier effort alors,^ et , sous les ordres du seigneur de Matignon , se porta tout entière à sa rencontre. Gontraiot de plier devant des forces si inégales , Montgommery se renferma dans Saint-Lô , où bientôt il fut investi. Après un si^e de cinq jours, assailli de toutes parts , réduit à quatre cents kommes , et hors d'état de défendre la place , il résolut de s'ouvrir un passage de vive force, e| y parvint , en effet , en traversant au milieu d^ feu et suivi de quelques cavaliers seulemjent , toutes les lignes de l'armée rojrale.

[1 se jeta dans Domfront en désespéré, mais Makignon ne tarda pas à l'y suivre. Là, recommencèrent les combats acharnés , les assautW de toutes les heures; épuisé d'hommes, maatouant de vivres , de munitions , menacé par lUs bourgeois qui voulaient se rendre, force |lui fut enfin de capituler le 6 de mai

Monftgommery n'avait dans sa capitulation demano^ que la vie sauve , mais Matigaon connaisswt l'implacable haine de Médicis , et

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n'avait Voulu , à ce qu'assure du moins Daubîgné , promettre au prisonnier la vie et les égards dus au malheur, qu'autant qu'il resterait entre ses mains.

La joie de la reine fut extrême à la nouvelle de la prise de Montgommery ; elle voulut la faire partager à Charles IX ; mais le malheureux roi, comme préoccupé déjà de la mort précoce qui le menaçait , se contenta de lui répondre : « Je me soucie de cela comme de toute autre chose. > Le prisonnier cependent était amené en hâte à Paris ; M. de Matignon l'accompagnait , et grande fut , assure-t-on , sa surprise quand la reine , sans consentir à le voir , ordonna de le conduire à la Conciergerie et de le déposer dans la. plus sûre de ses tours, qui depuis a conservé son nom.

Le procès de Mon^ommery fut rapide. La reine avait à venger la mort de Henri; le Parlement avait à venger son antique offense ; on n'eut aucun ^ard aux édita de pacification , et le prisonnier fut accusé de complicité dans la conspiration de Coligny. Détruire cette accusation lui était facile ; on en substitua une autre au moment du jugement , et l'arrêt qui

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le condamna à perdre la tête fut principalement motivé sur le crime d'avoir arboré le pavillon étranger quand il était venu au secours de La Rochelle : Tarrét du reste dégradait de noblesse sa postérité , ainsi que ses frères et neuf de se3 fils.

Montgopimery , après avoir subi le premier supplice d'une barbare et inutile question, fut traîné dans un tombereau à la Grève , au milieu d'une populace furieuse , ameutée contre lui par les prédicateurs et la cour. Yétu de noir, les traits pâlis par la douleur qui l'avait rompu sans pouvoir lui arracher une plainte, il monta d'un pas ferme sur l'échafaud et écouta attentivement la lecture de sa sentence. Au passage qui prononçait la dégradation de ses fils : c S'ils n'ont la vertu des nobles pour s'en relever , dit-il fièrement, je consens à leur dégradation éternelle ! • La lecture finie , il adressa un long discours au peuple placé du côté de la rivière. Il y justifiait sa conduite , et rendait témoignage à la vertu et aux intentions de Goligny. Se retournant ensuite vers la foule, assemblée de l'autre côté de la place, il répétai peu près

les mêmes paroles ; puis , se livrant à l'exécuteur, il reçut le coup de la mort , debout, la tête haute et sans manifester la moindre émotion.

Ainsi périt, le 27 mai 1574» Montgommery. Malheureux d'abord, plus tard coupable, et que la haine de Médiçis immolait en reine et en femme au mépris de tous les traités.

U lAUCHAL DE lAHLLAC.

Si le cardinal de Richelieu fut le plus puissant des ministres dont fasse mention notre histoire , il Ait aussi , on ne peut le méconnaître , celui dont la fortune excita le plus de mécontentemens et de troubles, et suscita contre lui le plus grand nombre d'ennemis secrets ou déclarés.

Parmi eux , et après la reine mère , dont

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son ingratitude lui avait attiré l'implacable haine, les deux frères Marillac, Tun garde des sceaux , l'autre maréchal de France , furent les plus redoutables peut-être, ou ceux du moins dont la hardiesse et l'habileté mirent davantage sa toute -puissance en péril. La vengeance qu'en tira le cardinal fut terrible; mais telle était l'horreur qu'il inspirait à la France, que le funeste sort du maréchal de Mariliac sa victime, demeura impuissant à effrayer ses ennemis et à arrêter leurs complots et leurs entreprises.

Né en 1672, Mariliac, après avoir servi avec distinction sous Henri lY, avait été nommé maréchal-de-camp au pont de Ce, où il s'était distingué par sa valeur brillante; chargé au siège de La Rochelle des importans et difficiles travaux de la digue , il s'en était acquitté avec autant d'habileté que de zèle ; bientôt, promu au commandement de l'armée de Champagne et devenu gouverneur de Verdun , il avait donné de nouvdles preuves de sa supériorité dans l'art de la guerre et dans radministration des provinces , et le bâton de maréchal avait été, dana ronnée 16119, la réeompense de son haut màrite et

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des services importaas qu'il avait été assez heureux pour rendre à FEtat.

Au commencement de i63i , Louis XIII étant tombé malade, a ce point que peu d'espérance resta de sauver ses jours , la reine^ mère et l'ambassadeur d'Espagne s'unirent pour renverser le pouvoir de Richelieu ; les deux frères Marillac entrèrent avec ardeur dans cette sorte de ligue qui, à force d'obsessions', de soins, de prières, ne tarda pas à obtenir du faible monarque la promesse de la disgrâce du ministre.

La santé du roi se rétablit cependant, mais sa bonne intelligence avec sa mère , la confiance qu'il témoignait à l'ambassadeur,* la faveur dont il donna de nouvelles preuves aux frères Marillac , attestèrent que sa résolution était irrévocablement prise , et que l'empire qu'avait si long-temps exercé le cardinal sur son esprit , était désormais détruit sans retour.

Justement alarmé , Richelieu voulut connaître du moins les accusations que l'on élevait contre lui : il se rendit pjès du monar-.

que , mais au moment où il pénétrait. par une II. 11

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porle dérobée dans la chambre de I^uis, celui-ci venait de renouTeter à sa mère la promesse de le dis|[racier complètement.

— Tenez ! le voilà, s'écria le roi en le voyant s'avancer avec assurance.

— Je crois que vous parliez de moi , dit le cardinal portant sur la reine un r^ard scrutateur.

— De vous ? non pa^l répondit celle-ci avec un dédaigneux sourire.

— Avouez-le, reprit le ministre, votre majesté était sur mon chapitre.

— Eb, Inen 1 oui, r^liqna la reine outrée é la foja 4e ces questions et de la façon dont elles étaient laites ; et, reoeiiçant à toute mesure, eUe l'accabla des plus véhémens repro» ches^ le menaça de toute sa colère, et lui annonça la disgrâce que venait de prononcer contre lui son fils.

Le roi sortit sans adresser la parole au cardinal qui se regarda comme perdu dès ce moBDient, et commença à préparer sa retraite. Sa ruine parut d'autant plus certaine, que, le jour même, Louis remit au garde des sceaux

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Marillac une lettre pour le maréchal son frère, commandant alors Tarmée de Piémont^ dans laquelle il lui donnait pouvoir de conclure la paix, à son gré, ou de continuer la guerre.

Alors Richelieu pressa son départ , et ses mulets avaient déjà porté une partie de ses richesses à trente^inq lieues sans passer par aucune ville, précaution nécessaire contre la haine publique, lorsque le cardinal de la Yallette et quelques amis dévoués lui conseillèrent de tenter un dernier effort auprès du roi.

Sa disgrâce était un fait accompli alors ; la cour et la ville s'en félicitaient , et déjà les méchans bons mots, les épigrammes acérées, les sarcastiques couplets célébraient à Tenvi sa ruine, lorsque, le ii novembre i65o, il alla trouver le roi, et demeura enfermé dans son cabinet pendant la matinée tout entière. Que se. passe-t-il dans cette entrevue? C'est ce que ne nous apprend pas l'histoire. Toujoiirs est'il, que le roi qui avait sacrifié son miniaire par faiblesse, se remit par faiblesse entre ses mains, manquant ainsi aux pro-» meaaes jurées à la reine, d^atsant tout ce

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qu'il avait fait, et abandonnant à la discrétion du cardinal les ennemis qui avaient juré sa perte. Ce jour, que Ton appela la journée des dupes^ fut, en effet, celui qui assura le pouvoir absolu du premier ministre. Dès le lendemain, le garde des sceaux Marillac était arrêté , et un huissier du cabinet du roi partait en toute diligence portant aux maréchaux de la Force et de Schomberg Tordre de s'assurer de la personne du maréchal de Marillac au milieu même de l'armée dont il avait le suprême commandement.

Après de brillans avantages remportés sur un ennemi supérieur en nombre , le maréchal de Marillac, retranché dans son camp de Foglizzo , venait de recevoir les lettres où le roi, le félicitant du succès de ses opérations, l'assurait de sa confiance et lui prodiguait de nouvelles marques de sa faveur, lorsque le maréchal de Schomberg, suivi de l'huissier de la cour, se présentant dans sa tente , lui demanda son épée en lui signifiant, au nom du roi , l'ordre d'arrestation dont l'exécution lui était commise.

Marillac, surpris d'abord, reconnut la main

DU PALAIS DE JUSTICE, l65

d'où le coup était parti, et remit son épée sans résistance. Le soir même il quittait le Piémont et son armée, pour se rendre au château de Sainte-Menehould qui lui était assigné provisoirement pour prison.

Le maréchal connaissait son ennemi ; il crut devoir d'abord employer avec lui le parti de la soumission , et lui écrivit une longue lettre dont nous ne reproduisons que les principaux passages :

« Monseigneur, j'appelle Dieu et le monde à témoin, et oserais-je bien vous y appeler vous-même, que je n'ai jamais mérité la dis* continuation de votre protection , soit par manquement de fidélité et de zèle au service du Foi mon maître , ni par aucun défaut volontaire ou discontinuation de l'affection que j'y ai depuis si long-temps professée et marquée de tant de devoirs et d'obéissance. Quoique je fasse une entière réflexion sur ma vie passée, je ne puis trouver en moi que le même désir que j'ai toujours eu de paraître fidèle à mon roi , et très affectionné à vous servir.

« Néanmoins, je me vois tout à coup gran-

dément abandonné sans pouvoir imaginer qui en peut être la cause , si ce n'est mon propre malheur.

«....Oui, monseigneur, j'ose croire que les actions de ma vie passée aideront à reconnaître mon innocence. Aussi, est-ce de votre bonté que j'ose tout attendre , assuré que je suis que vous ne serez point insensible aux plaintes d'un innocent malheureux que l'on veut rendre misérable sur le déclin de ses jours. C'est beaucoup faire pour un infortuné gentilhonraie que de lui sauver la réputation; la mienne, monseigneur, court fortune de perte , si les marques de l'indignation du roi continuent contre moi ; chacun en jugera selon son caprice et sa fantaisie , le tout à mon dommage.

« Je vous supplie donc instamment , ou plutôt je vous conjure par vous-même, par notre ancienne amitié , et surtout par l'honneur que j'ai eu d'être en vos grâces , d'avoir compassion de mon malheur, et de dissiper cet orage prêt à crever sur la tétê du plus infortuné de tous ceux qui ont été aimés de vous ; conservez*moi une réputation glorieuse,^

DD PAIJilS I>£ JUSTICE. 167

acquise depuis si loBg-temps, recherchée par le Irayaily par la vertu, et par toutes les voies les plus justes et les phis honorables qui puissent chatouiller l'esprit d'un fidèle serviteur du roi.

«... .J'ai asseï de ecrar, et trop dhorreur pour les mauvaises actions pour me condamner moi-m6me,^ sans attendre la colère du roi f si j'étais assez malheureux pour ne l'avoir pas toujours servi très fidèlement; mais je suis aussi assuré de la pureté de mes actions et de la conduite de asà vie, comme d^avoir toujours désiré d'être éternellement , monseigneur, votre très humble et très affectionné

rDB MaKILLAC.

« 32 notembre i63^i. »

Cette lettre fut sans eflfet ; la reine-mère fit d'inu^les efforts pour soustraire Mariliac à la vengeance du cardinal. Peu content de le priver du droit d'être jugé par les chambres du Parlement assemblées, Richelieu le fit paraître devant une commission réunie à Verdun , et de laquelle il se croyait sûr d'obtenir sans délai^ une cfmdao^natàon capitale. Celle com-

l68 LA CHRONIQUE

mifision trompa son attente, et admit l'accusé à se justifier sur les faits de concussion qui lui étaient imputés : le cardinal fit casser Tarrét, et, au mépris de toutes les lois, de tous les usages, fit transporter le maréchal à Ruel , dans sa propre maison , où il installa une nouvelle commission, composée de ses créatures , et chargée de suivre d'ui^nce Finstruction de ce procès , dont l'issue devenait trop lente à son gré.

Ainsi Richelieu foulait fièrement aux pieds les lois de l'Etat ; celles de l'Eglise ne furent pas respectées davantage^ Le nouveau garde des sceaux, Cfaâteauneuf, qui venait de succéder dans sa dignité au propre frère du ma-^ réchal , fut nommé président , quoiqu'il fût sous-diacre. Le cardinal, à la vérité, lui avait procuré, en lui confiant les sceaux duroyaume, une dispense de Rome, pour l'autoriser à juger à mort.

On rechercha jusqu'âtux moindres actions de l'infortuné Marillac. Quelques légers abus dans l'exercice de son commandement , d'anciens profils illicites faits autrefois par lui ou par les gens de son service, dans la construction de la citadelle de Verdun , voilé tout ce

qu'on put trouyer pour écha&uder une accusatioD que l'on formula ainsi, en sept chefs différens : i ^ malyevsation en la fortification de Verdun sur les deniers, sur la conduite et sur les profits illicites ; 2® mauvais gouvernement des armées , et malversations en l'emploi des deniers du roi; 3^ abus et profits illicites sur le pain de munition; 4^ faussetés de quittances avec les comptables ; 5® diver* tissement de quatre cent mille livres, fournies par le roi, au paiement des maisons prises et démolies à- Verdun pour la citadelle ; 6® application à son profit des nouveaux officiers des fortifications aux trois évêchés, et des deniers de Tenchère jetés sur l'élection de Baréur-Âube ; 7° enfin , vexation du peuple ver*dunois et voisins , sur lesquels premièrement sera faite sommaire réponse , avant que d'entendre les braucbes sur le menu.

Le maréchal se défendit avec énergie.

c Chose étrange , dit-il , qu'un homme de tnon rang soit persécuté avec tant d'injustice et de rigueur. Il ne s'agit dans tout nlon procès que de foin , de paille , de pierres et de chaux.

c Toute cette grande instruction , où plus

de trente mains de papier sont employées , se réduit en sept chefs pviacipaiiz , ou jdutôt prétextes d'accusation doQt fl n*y en a pas un seul qid, bien examiné» ne se IrouYe faux et malicieusement supposé. Ainsi, la citaddle de Verdun qui, en circuit et en ouvrages occupe plus d'un tiers de terrain que celle d'Amiens, de qui les bastions soaI plus grands de corps et d'éléiralion , et dont tout le fessé est en roc vii , a été pèutèt élevée et mise en défense que la moitié de Taiitre. Elle a moins coûté au roi que celle d'Amiens^ eie.

tt Le deuxième chef est entièrement faux, car le pays sur lequel mon commandement d'armée s'est étendu, n'a fait aucune plainte, ni de maisons brûlées , ni de marchands détroussés, ni de labourages Interrompus, ni de paysans battus et rançonnés, en onze mois consécutifs que j'ai commandé une armée de vingt-cinq miUe hommes et de deux mille cinq cents chevaux; encore que pendant tout ce temps l'infanterie n'ait été payée que de quatre mois en quatre mois , et la cavalerie de deux en deux.

• Le troisième chef est aussi faux que lesr

aulres. Jusqu'au jour où j'ai quitté l'armée par ordre du roi pour aller en Piémont , le pain de munition a été si bien et si réellement fourni de l'argent du roi et do mien , qu'il ne se IrouTe pas un soldat qui dise en avoir manqué un seul jour, ou que le pain n'ait pas été du poids et de la nature qu'il doit être , ai bien qu'au lieu d'y avoir fait ce profit illicite qui m'est reproché, le roi me doit, et à mes préposés, à cause de ladite fourniture, trente mille livres , dont les acquits et quittances font foi.

cSur le quatrième, je dis que les quittances présumées fausses ont été faites, non par moi, mais en mon absence , et long-temps depuis mon département : ainsi on ne peut me les imputer. Au fond, d'ailleurs, il n'y en a pas une seule dont on m'ait parlé qui soit fausse ; elles peuvent être seulement défectueuses pour la forme , dont il se faut prendre aux commis des trésoriers , non à autres.

« Sur le cinquième , la calomnie est détruite par elle-même, puisque quand même, ce qui n'est pas vrai cependant , le roi aurait fourni l'argent nécessaire au remboursemeni

172 l'A CHRONIQUE

des maisons démolies, il était impossible que le maréchal Teût appliqué à sou profit , pinsque, hors la personne du roi et celle du surintendant, il n'y en a aucune en France qui eût pu changer on divertir l'emploi, n'en déplaise à ceux qui ont porté cette accusation. »

Mariliac finit en se justifiant des vexations qu'on lui imputait: t Si ce pays, dit-il, depuis sept années , a fait des dépenses en logemens de guerre , en corvées d'hommes et fournitures de denrées pour la citadelle , c'a été pour le roi ; si le pays a fourni quelque contribution en mon nom, c'est sans ordonnance de moi, soit écrite, soit verbale; mais par des fripons qui, durant mon absence, auront abusé de mon autorité sans aucune chaîne de moi et à mon insu.

Telle fut la défense du maréchal. A de si légères accusations il opposait sa vie , toute remplie d'honneur et de bons services : ses juges le condamnèrent cependant, et, chose remarquable, l'avis pour la mort ne l'emporta que d'une voix.

Mariliac apprit sa condamnation avec la tranquillité de Tinaocence; il se confessa, et

DU PALAIS DE JUSTICE. l'jTy

fut décapité le lo mai i63a. Richelieu, pour toute grâce, fit placer l'échafaud au pied du perron de rHôtel-de-YilIe , et à la hauteur des derniers degrés, pour éviter au maréchal Tignominie d'être conduit en charrette au lieu du supplice.

Lorsque le greffier lui lut son arrêt, à l'article qui le déclarait coupable de péculat , il l'interrompit pour dire d'une voix ferme et élevée : « Cela est faux ! » Au dernier paragraphe qui ordonnait la levée de cent mille écus sur ses biens, il répondit : « Mon bien ne les vaut pas. >

Le chevalier du guet qui l'accompagnait à la mort, voyant sur l'échafaud le boutreau lui lier les mains, lui dit avec un profond ac« cent de douleur et de compassion :

— J'ai grand regret de vous voir ainsi, monsieur le maréchal !

— Ayez-en regret pour le roi, et non pour moi! répliqua Marillac avec fierté; puis il livra sa tète à l'exécuteur.

Le maréchal de Marillac fui enterré dans

1^4 ^^ CHKONIQUE

Téglise des Fcuillans , dans la tombe où gisait déjà son épouse : sur son buste , qui y fut placé peu après, on inscrivit cette devise corn* mémorative de sa triste mort : Sorte fuMSia elaruB. On rapporte que le prince de Condé en voyant la chétive maison de campagne à demi construite, dont on lui avait fait un grief dans le procès comme preuve de richesse mal acquise, s'écria : «r II n'y a pas là de quoi fouetter un page! » Richelieu avait, en termes qui peignaient bien son caractère, ex|>rimé le même étonnement de la tragique issue du procès. Après l'exécution , se trouvant en présence des commissaires qui avaient prononcé la condamnation, il dit à Châteauneuf, leur président : « Il faut avouer que Dieu donne aux juges des lumières qu'il n'accorde pas aux autres hommes , puisque vous avez condamné le maréchal de Marillac à mort : pour moi , je ne croyais pas que ses actions méritassent un pareil châtiment. »

Cette mort cependant, dont il paraissait s'étonner, il l'avait ordonnée lui-même, et Duchastelet, un des juges, était convaincu à ce point d*avoir, en la prononçant, répondu

aux \œux du cardinal ^ qu*il publia à peu de jours d'intervalle une satire en prose latine rimée, où les plus cruelles invectives étaient prodiguées aux deux frères Marillac, dont le supplice et la disgrâce ne semblaient avoir qu'à demi satisfait l'esprit de vengeance et de haine de leur implacable ennemi.

ion N lilÉfflAL II noR.

(len.)

Parmi les exemples frappans des grands reviremens de la fortune, la mort du maréchal de Biron est un des plus mémorables sans deute, et Tespèce de galerie rétrospective que nous entreprenons de faire passer sous les yeux de nos lecteurs serait demeurée incomplète, si nous eussions n^ligé d'y faire

entrer cette mâle et noble figure , si rapiden. it

178 Ll CHRONIQUE

ment poussée de la plus* héroïque fidélité à la trahison, et passant de plein saut des marches élevées du trône à Féchafaud.

L'histoire de Biron est trop connue pour que nous nous appliquions ici à la reproduire dans tous ses détails , et nous nous serions bornés à en retracer succinctement les faits principaux, si la découverte heureuse de pièces originales , où le caractère de cet homme bizarre se révèle sous un jour nouveau, ne nous permettait de le montrer agissant lui-même après la découverte de son crime, expliquant ses vues, sa conduite, et exprimant à la fois ses espérances et son repentir avec une noblesse et une énergie de pensée et de langage, qui souvent rappellent les héros que Corneille devait introniser à quelques années de là au théâtre.

La vanité et l'ambition furent les causes de sa perte : Biron s'estimait à tel point ; l'idée qu'il avait de son mérite était si haute, qu'il regardait l'amitié et les faveurs de son roi comme de trop faibles récompenses : un trône seul était digne de lui, et, pour l'obtenir, il ne craignit pas de trahir son pays , de traiter avec l'Espagne, et de s'engager a livrer un tiers

presque entier du royaume, à condition d'en a^oir la souveraineté avec la main d'une des filles du duc de Savoie.

Un genUlhûmme nommé Lafin trahit Biron.

Henri lY, après avoir entendu ses confidences, après avoir reçu de lui la copie du traité passé par Biron avec TEspagne, ainsi que la correspondance où tous les projets étaient dévoilés, voulut pardonner encore à celui qui avait été son ami. Il le pressa d'avouer son crime; mais les efforts du monarque furent sans succès, et Biron se retrancha dans un silence opiniâtre.

Les preuves étaient de la dernière évidence cependant, mais Henri ne pouvait se décider à punir le maréchal qui lui avait rendu tant et de si notables services. Résolu de tenter un dernier effort^ il le fit mander^ le 12 mai 1606, et vers minuit, après une soirée passée « en jeux divers et en propos pleins de gaieté, il le prit à part, et l'interpella tout à coup de lui donner le contentement qu'il sût par sa bouche ce dont, à son grand regret, il était trop bien éclairé. » Il l'assurait d'ailleurs de lui faire grâce, quelque chose qu'il eût tentée contre lui, à la seule condition d'en foire le

l8o Lk CHRONIQUS

franc et loyal aveu. Biron parut ébranlé un moment 9 mais se remettant bientôt , il déclara : < qu'il n'avait rien â conSeaser, n'étant pas venu vers son roi pour se justifier, mais pour le prier de lui dire queb étaient ses ennemis , lui en demander justice ou se la faire à soi-même. • Le roi refusa, et lui dit : « Allons, maréchal, je vois bien que je n'apprendrai rien de vous ; je m'en vais voir le comte d'Auvergne, pour essayer d'en savoir davantage. .. • Et, rentrant dans sa chambre : « Adieu, baron de Biron, dit-^l, vous «avez ce que je vous ai dit ! >

Au même moment , et lorsque le maréchal se disposait à sortir, Yitry, capitaine des gardes, s'approchant rapidement de lui, de sa main gauche, lui saisit la main droite, tandis que de la droite il prenait son épée par le pommeau.

— Tu railles, Yitry ! dit le maréchal , plus étonné que colère.

— Non , monsieur de Biron , répondit le capitaine avec respect , le roi m'a commandé de lui rendre compte de votre personne. Baillez votre épée en son nom.

DU PALAIS DB JUSTICE. l8l

— Hé ! reprit le maréchal, laisse, je te prie, que je parle au roi.

-— Le roi est retiré, répliqua Vitry lui bàr-^ rant la porte.

— Allons ! dit Biron en lui remettant son épée , prends mon épée. Tu sais ce qu'elle a fait de bons services !

Quelques jours se passèrent ainsi : le maréchal , demeuré au Louvre sous la garde de Yitry, demandant inutilement à voir le roi, et protestant de son innocence. L'ordre enfin fut donné de le conduire par eau à la Bas* tflle ; et il fut enjoint au Parlement de lui faire son procès.

Ce procès ne poutàit être long ; l'issue n'en était pas non plus douteuse , en^ présence des pièces livrées par la trahison de Lafin; aussi la famille entière de Biron , au lieu de tâcher de le défendre, ne chercha- t-élle qu'à le sauver en implorant la pitié de Henri. Le lo juin, le roi se trouvait dans la vaste galerie du château de Saint-Maur, entouré des princes , de Gondé , du connétable , et d'une partie de la cour, lorsque cette famille éplorée vint se jeter à ses pieds ; M. de La Force , frère du maréchal , était i la tète, et le roi, le relevant

iSa LÀ CHROmiQUE

avec bonté , répondit en ces mots à un dis-* cours dans lequel « au nom de plus de cent mille hommes, élite de lé noblesse et de l'armée, il implorait sous l'invocation de Dieu, miséricorde et pardon, et non justice, pour ce pauvre misérable* »

« J'ai toujours reçu les requêtes de& amis du sieur de Biron en bonne part , ne faisant pas comme mes prédécesseurs, qui n'ont jamais voulu que non seulement les amis et parens des coupables parlassent pour eux, ^ais non pas même les pères et mères , ni les frères. Jamais le roi François ne voulut que la femme de mon oncle, le prince de Condé, lui demandât pardon. Quant à la clémence dont vous voulez que j'use envers le sieur Bi^ ron, ce ne serait miséricorde, mais cruauté; s'il n'y allait que de mon intérêt particulier, je lui pardonnerais, comme je lui pardonne de grand cœur; mais il y va de. mon état, auquel je dois beaucoup, et de mes enfans que j'ai mis au monde ; car ils me le pourraient reprocher, et tout mon royaume. Je laisserai faire le. cours de justice, et vous verrez le jugeoâent qui en sera donné. J'apporterai ce que je pourrai à son innocence ;

DU PALAIS DE JUSTICE. l83

je vous permets d'y faire ce que vous pourrez. . • •

« Quant à la note d'infamie que vous crai«gnez pour la famille, il n'y en a que pour lui s'il est coupable : le connétable de Saint-Po), de qui je viens ; le duc de Nemours , de qui j'ai hérité» ont-ils moins laissé d'honneur à leur postérité? Le prince de Coudé, mon oncle, n'eût- il pas ou la tète tranchée le lendemain, si le roi de France ne fût mort? Voilà pourquoi, vous autres qui êtes parens du sieur Biron, n'aurez aucune honte. J'ai plus de regret à sa faute que vous»méme ; mais , avoir entrepris contre son bienfaiteur ! cela ne se peut supporter. »

Biron , cependant , conservait beaucoup d'espérance ; les bontés de Henri , le crédit de sa famille, ses brillans services le rassuraient; sa sécurité commença à l'abandonner toutefois , lorsqu'il apprit le mauvais succès de l'entrevue de Saint- Maur, et lorsqu'il vit surtout qu'à dater de ce jour on n'entrait dans sa chambre que sans armes. < Ah ! s'é- ' cria-t-il alors avec indignation , je vois tropqu'on veut me £aire tenir le chemin de la Grève ! »

l84 th CHRONIQUB

Cependant) le Parlement poimuivait la procédure : quelques jours encore, et il allait être trop tard pour invoquer la clémenoe du roi. Biron se décida à écrire alors une lettre remarquable dont nous tramtcrivotas les principaux passages :

< Sire , entre les perfections qui accompagnent la grandeur de Dieu, sa miséricorde parait par-dessuiB toutes : cette miséricorde tous a été communiquée comkne fils atné de son église , et vous airesE jusqu'ici ménagé dirinement le sang de vos ennemis.

« Or, sire , si jamais votre mqesté, de qui la clémence a totqouts signalé la victoire de votre épée , désire de rendre mémorable sa bonté par une seule grAee , c'est maintenant qu'elle peut paraître , en donnant la vie et la liberté à son serviteur, à qui la naiisanipe et la fortune avaient promis une plus honorable mort que cdle qui le menace. Cette promesse de mon destin, sire, qui voulait que mes jours fussent sacrifiés à votre serfiœ , s'en va être honteusement violée, si votre nhisérfcorde ne s'y oppose.

<Je suis votre créature, sire, élevée et nourrie avec honneur à la guerre par votre

libéralité et vos exemples ; car, de maréchal de camp vous m*aTez fait maréchal de France ; de baron, dnc; et de simple soldat, m'avez rendu capitaine ; vos combats et vos batailles ont été mes écoles, où, en vous obéissant comme mon roi, j'ai appris à commander les autres. Ne soufirez pas , sire , une occasion si misérable , et laissez-moi vivre pour mourir au milieu d'une armée, servant d'exemple d'homme de guerre qui combat pour son prince, et non d'un gentilhomme malheureux que le supplice défait au milieu d'un peuple ardent à la curiosité des spectacles , et impatient en l'attente de la mort des criminels. »

Biron demande ensuite , s'il ne peut verser pour le service du roi de sang qui lui est resté de trente-deux plaies reçues en suivant et imitant son courage , » à être banni de la France , afin de pouvoir du moins combattre encore « pour le service général de la chrétienté. Si vous me faites ce bien, sire, je bénirai votre pitié, car, ayant en la place de l'épée de maréchal de France, celle de soldat que j'apportai au commencement que j'arrivai en vos armées, je serai utile au service

l86 LA CHRONIQUE

de l'église, et pratiquerai loin de la France ce que j'ai appris de vous.

1 Laissez-vous toucher, sire , dit le maréchal en terminant : voyez cette lettre de Tceil que Dieu a accoutumé de voir les larmes des pécheurs repentans, et surmontez votre courroux pour réduire cette victoire en la grâce que je vous demande. »

Cette touchante spppliqnc n'apporta aucun changement dans la position de BIron , et , l'instruction finie, le gouverneur de Paris fut chargé de conduire le maréchal au Parlement. 11 était cinq heures du matin quand cet officier se présenta à la Bastille pour lui annoncer que la Cour était réunie sous la présidence de M. le chancelier, et que l'on n^attendait plus que sa présence.

Biron s'habilla sans mot dire r un carrosse attendait hors des tours; conduit par l'Arsenal au bord de la rivière, il entra dans un bateau couvert où se trouvaient déjà MM. de Montigny et de Yitry ; bientôt ils arrivèrent au pied du Palais, traversant la foule, qui se pressait dès le point du jour, impatiente de savoir l'issue de ce procès de tant d'importance.

Cent douze juges siégeaient daus la yaste enceinte : le maréchal, introduit au milieu d'un profond silence , se dirigea vers la sellette où tant de criminels obscurs, étaient venus s'asseoir avant lui, et le greffier donna lecture des cinq chefs d'accusation portés contre lui pour trahison, lèse-majesté, machinations, etc.

« Si j'ai commis quelque faute, dit le maréchal après cette lecture , le roi me l'a pardonnée à Lyon , et il ne vous appartient pas d'en connaître. Je n'ai point obtenu de lettres d'abolition, il est vrai, mais c'est une formalité dont l'omission ne peut mettre Biron en danger; c'était au roi à me les faire expédier. Le projet de traité qui sert de base â l'accusation est de ma main , j'en conviens , mais la date en est antérieure au voyage de Lyon. Une lettre adressée à Lafin, dont vous admettez le témoignage contre moi, bien qu'il ait été mon complice , peut seule servir de prétexte à l'accusation ; mais cette lettre même démontre que j'ai renoncé à mes extravagans projets , car on y lit : « Puisqu'il a plu à Dieu de donner un fils au roi , je ne veux

l88 LÀ GHnONlQUB

plus songer à toutes ces vanités, ainsi ne faites faute de revenir. >

« Mon malheur a cette consolation, messieurs, continua-t-il atec véhémence, qu'aucun de vous n'ignore les services que j'ai rendus au roi et à l'Etat : je vous ai rétablis , messieurs , sur les fleura de lis d'où les saturnales de la ligue vous avaient chassés. Ce corps qui dépend de vous aujourd'hui , n'a rien qui n'ait saigné pour vous ; cette main , qui a écrit ces lettres produites contre moi, a fait tout le contraire dé ce qu'elle écrivait. Il est vrai, j'ai écrit, j'ai pensé, j'ai dit, j'ai parlé plus que je ne devais faire ; mais où est la loi qui punît la légèreté de la langue et le mouvement de la pensée? Ne pouvais-je pas desservir le roi en Angleterre et en Suisse? Cependant, j'ai été irréprochable dans ces deux ambassades. Le roS cotmatt trop le fond de mon cœur pour soupçonner mat fidélité. J'ai voulu mal feire, maiis ma volonté n'a pas dépsissé les bornes d'une première pensée enveloppée dans les nuages de la colère et du dépit... « La reine d'Atigleterre m'a dit que ri le comte d'Esscx eût demandé pardon il Veut

obtenu. Le comte était coupable , et moi je suis innocent ! Henri peut-il avoir oublié mes services? Ne se souvient -il plus du siège d'Amiens, où il m'a vu tant de fois couvert de feu et de plomb ? Il ne m'a jamais aimé que tant qu'il a cru que je lui étais nécessaire ; il éteint le flambeau en mon sang après qu'il s'en est servi. Mon père a souffert la mort pour lui mettre la couronne sur la tète : j'ai reçu quarante blessures pour la maintenir ; et 9 pour récompense , il m'abat la tête des épaules! C'est à vous, messjeurs, d'empêcher une injustice qui déshonorerait son règne , et de lui conserver un bon serviteur et au roi d'Espagne un grand ennemi. •

Après ce discours, dont l'impression fut vive et profonde , le maréchal fut reconduit à la Bastille, et le chancelier prenant la parole, soutint avec force l'accusation, dont les preuves lui paraissaient trop frappantes pour que des considérations personnelles pussent, ({uelle qu'en fût l'importance, faire taire la conscience des juges et arracher le coupaUe à une condamnation si méritée. L'arrêt fut prononcé. Biron , déclaré coupable du crime de lèse-majesté et d'attentat à la personne du

igO LA CHRONIQUE

roi , fui condamné à avoir la tête tranchée en place de Grève.

Dès le lendemain, le chancelier, H. de SUlery , et trois maîtres des requêtes , se transportèrent à la Bastille , accompagnés des audienciers et des huissiers. La femme du sieur deRumigny , concierge de la Bastille, se prit à pleurer en les voyant arriver, et le maréchal , mettant la t^te contre les barreaux de sa prison, au bruit de ses sanglots, aperçut le triste cortège. < Quelle injustice ! s'écria-til , faire périr un homme innocent ! Monsieur le ' chancelier , venez - vous m'annoncer la mort? » Le chancelier passa sans répondre, et ordonna qu'on conduisit le maréchal à la chapelle. Là , les récriminations du malheureux condamné n'eurent plus de bornes ; il s'emporta en cris d'imprécations, en accusations, en menaces ; et la volubilité de ses paroles était telle qu'il fut impossible de dire un mot.

Il se calma cependant au bout d'une heure de cris et d'efforts , et le chancelier lui demanila , de la part du roi , de faire remise de son ordre, t Le voici , dit-il , en le tirao^t de sa poche , enveloppé de son cordon bleu , car il ne l'avait pas porté au cou depuis son em-

DU PALAIS DE JUSTICE. IQl

prisonnement ; le voici , mais je jure ma part du paradis que je n'ai jamais coatreTenu aux statuts qui imposaient respect et fidélité. Quoi ! continua-til , le roi ne permettra pas à mes frères de faire faire le procès à ce traître Lafin P Par le Dieu vivant et par ma part du paradis , ce déloyal m*a perdu , et ma vie n'est à ce momeut que le prix du rachat de la sienne I •

Le chancelier voulait se retirer, cependant ; et, ne sachant -quelle sortie faire :

— Monsieur le maréchal , dit-il , je vous souhaite le bonjoun

— Quel bonjour ! répliqua Biron en le saluant avec un sourire plein d'amertume. Puis, pour toute grâce, il demanda la faveur de n'être pas lié par le bourreau comme un vil et lâche criminel.

Après la retraite du chancelier, une formalité restait à remplir.

— Il est nécessaire de lire votre arrêt, lui dit le greffier, et l'humilité est de rigueur en cette occasion.

— Que veux-tu que je fasse, mon ami?

demanda Biron avec douceur.

— Il faut vous mettre à genoux.

ig^k LA CHUONIQUC

— De grand coeur , dit-il; et, s'approchaot de l'aatel, il mit un genou en terre , s'aocoudant sur la table et tenant son chapeau à la main.

Cette lecture était longue , Biron l'entendit d'abord tranquillement : arrivé à l'endroit où il était dit que le supplice aurait lieu à la Grève : Quoi l dit-il en levant les yeux au ciel, iilof en Grite 1

— On y a pourvu , re^t le greffier, ce sera céans ; le roi vous a fait cette grâce.

— BtïU grâce 1 8*écria«-t-il.

Quand on vint à Tarticle qui déclarait ses biens confisqués et le duché de Biron réuni â la couronne :

— ^ Ah ! dit-il , le roi veut s'enrichir de ma pauvreté? La terre de Biron ne peut être confisquée : et mes frères, que feront-^ils ? Le roi ne pouvait*il se contenter de ma vie ?

Déjà Téchafaud était dressé au fond de la cour; il était de cinq pieds de haut, sans tenture et garni d^une simple échelle. Cinq heures venues, le greffier lui «et qu'il était temps , et il se hâta de descendre. Le» gardes étaient épars dans la cour, les officiers , les magistrats et les huissiers descendirent, et

DU PALAIS DE JD9TIGX. 1^0

Biron s'ârança vers Téchafaud d'un pas ferme et d'one allure résolue , comme aux jours où il marchait à Tennemi avec un si éclatant courage.

Au pied de l'échelle, il jeta son chapeau, et pria Dieu tout bas avec le docteur Garnier, que lui avait envoyé le curé de Saint-Nicolas^ des-Ghamps; puis, montant sur Téchafaud, il recommença ses récriminations tout en ôtant son pourpoint de taffetas gris, disant que jamais il n'avait attenté à la personne du roi. Le prôtre s'approcha alors pour lui donner l'absolution; mais lui, se tournant vivement vers les soldats qui gardaient la porte : « Ah 1 s'écria-t-il , que je voudrais que quelqu'un de vous me donnât d'une mous* quetade au travers du corps. > Et, comme ils demeuraient impassibles : Hélas I quelle pitié, continua-t-il , la miséricorde est morte! >

Il se banda les yeux alors et se mit à genoux

pour recevoir la mort , mais , comme s'il se

fût ravisé , il se redressa tout à coup par un

brusque mouvement, arracha le mouchoir

et jeta un regard de fureur sur le bourreau.

On s'approcha alors pour le lier et couper ses

cheveux; mais, avec d'effroyables juremens : II. n

— Que Ton ne m'approche pas, cria-t-il, si Ton me met en fougue , j'étranglerai la moitié de ce qui est ici. Ces paroles furent prononcées avec un tel accent de puissance et de colère , « que tel qui avait une épée à son côté, regardait la montée, prêt à se sauver de frayeur. »

Mais ces cris étaient inutiles , le maréchal le reconnut, et appelant M. fiaranton, qui avait veillé à sa garde durant le temps de sa captivité, il le pria de lui bander les yeux et de retrousser ses cheveux : — Dépêche, dépêche , dit-il alors au bourreau ; et celui-ci lui trancha aussitôt la tête « si dextrement qu'à peine vit-on passer le coup. » La tète vola à terre et fut ensuite exposée sur l'échafaud.

Le soir , le corps du maréchal de Biron fat enterré en grande pompe à l'église de Saint- Paul.

LA lARËCHAlE D'ANCRE.

Eléonore Galigai, connue depuis sous le nom de maréchale d'Ancre , était née à Florence dans la plus basse classe du peuple : elle dut sa fortune au hasard, qui avait fait choisir sa mère pour nourrice à Marie de Médicis. Ce fîit ainsi qu'elle suivit cette princesse en qualité dé femme de chambre, lorsqu'on 1600 elle vint en France pour s'unir à Henri lY.

Déjà alors , Eléonore Galigaï avait épousé à Florence Concino-Concini, fils d'un des notaires de la ville. Ardent , ambitieux , habile, Concini reconnut tout d'abord quel empire pourrait exercer sa femme sur l'esprit faible et superstitieux d'une princesse éloignée tout à coup des habitudes de son pays , des soins touchans de sa famille , et transplantée sans ménagemens au milieu d'une cour dont les préoccupations de politique et de guerre laissaient une large place encore à l'intrigue , à la galanterie et à l'amour.

Le succès dépassa son espérance. Eléonore Galigai prit sur l'esprit de la reine un tel ascendant j • qu'elle réglait à son gré , dit Mézerai , ses désirs , ses affections et ses haines. • Cette faveur, dont elle mésusa , devait être la cause de sa perte. Vendue aux Espagnols , elle entretint la mésintelligence qui régna Inentôt entre Henri lY et Marie de Médicis , réveillant sa jalousie par de faux rapports , l'aigrissanl de mauvais conseils , et rendant avec habileté impossible une réconciliation désirée peut* être des deux parts.

Henri mourut sur ces entrefaites; et le poignard de Ravaillac vint enlever le dernier

obstacle qui pût s'opposer à une ambition insatiable , exempte désormais de tout frein. Concini, élevé aux premières dignités, sut pro&ter des troubles inséparables d'une minorité, pour bouleverser tout dans le royaume; il acheta le marquisat d'Ancre, fut créé successivement premier gentilhomme de la chambre, gouverneur de Normandie, et enfin , comme Voltaire en fait la remarque , « premier ministre , sans connaître les lois du royaume , et maréchal sans avoir jamais lirél'épée. »

Tant de faveurs répandues sur un étranger, alarmèrent les grands du royaume et servirent de prétexte a leur rébellion. Cantonnés dans les provinces ,* ils déclarèrent la guerre au premier ministre; mais Concini, assuré de la faveur de la reine , les brava sans crainte, et, par une dernière imprudence, leva sept mille hommes à ses frais, pour venger, disait' il, l'autorité royale.

Tant d'insolence devait exciter la haine de Louis XIII : le maréchal ne l'ignorait pas ; mais il croyait ses précautions assez bien prises pour n'avoir rien à redouter. Les in-

trigues d'un jeune homme , étranger comme lui f vinrent tout à coup décider de sa perte.

' Gharles^Albert de Luynes, qui devait sa fortune à Goncini , et que sa jeunesse mettait â Tabri même d'un soupçon , parvint à dé* cider Louis XIII à secouer le joug ; et le premier acte d'autorité d*un prince de seize ans et demi , auquel on avait donné trop hâtivement le surnom de Juste j fut d'ordonner l'assassinat de son premier ministre. Cependant Texéoution de ce projet n'était pas facile. M. de Moulue , frère de Luynes , et Lhôpital-Yitry , capitaine des gardes, décidèrent, en présence du roi, que l'on attaquerait le maréchal a force ouverte , dans la cour même du Louvre, et au moment où il sortirait de chez la reinemère. (Nous empruntons à la relation manuscrite d'un contemporain le récit de la mort du maréchal d'Ancre).

« Le lundi ^4 avril 1617 , à huit heures du matin, le roi, sous prétexte d'aller à la chasse , fit monter à cheval son régiment des gardes ; M. de Yitry se rendit au Louvre avec quelques gentilshommes qui portaient des pistolets sous leurs manteaux , et se plaça sur le pont-levis. Â dix heures , le maréchal s'é-

UiDt avancé sur le pont^levis pour entrer, pendant le temps que les gardes de la porte en écartaient la foule , Yitry courut à sa rencontre et fendit la presse avec tant de précipitation y quMl le passa de trois ou quatre pas. Sa suite alors , qui ne le quittait point , lui ayant]^fait remarquer son erreur, il rétrograda , et se présentant devant le maréchal , il lui mit devant Festomac le bout de sa canne en disant :

< — Monsieur, je vous arrête de la part du roi!

« — Moi ! répond en Italien le maréchal , en mettant sa main (dans laquelle il tenait un petit bouquet) sur sa poitrine,

< Entnéme temps, Perray, qui était derrière Yitry , tira par-dessus Tépaule de celui-ci un coup de pistolet qui renversa Goncini par terre. Duhallier, Yitry et quelques autres seigneurs firent feu tous à la fois, et le maréchal resta mort sans avoir proféré une seule parole.

« — Ylve le roi! cria Yitry: et, faisant fermer les portes du Louvre, il donna ordre aux cavaliers de rester rangés en bataille. Le roi se montrant alors aux fenêtres du palais, cri^ aux conjurés :

aOO LA CHRONIQUE

c — r Grand merci à vous, messieurs ; à cette heure , je suis vraiment roi ( i ). •

L'ennemi de Concini avait satisfait sa haine ; le peuple s'y associa par les plus hor* ribles excès. Le corps , dans les vétemens du-* quel on avait trouvé près de deux millions de billets de l'épargne et de rescription , avait été enterré vers le soir de cette sanglante journée dans les caveaux de Saint-Germainl'Auxerrois ; le lendemain, la foule se porta à l'église , et malgré la résistance du clergé , exhuma le cadavre défiguré, le traîna au Pont-Neuf, le pendit à une potence , puis le démembra et le coupa en mille pièces , que se disputèrent des cannibales , même d prix d'argent.

C'était peu de la vie de Concini ; de Luynes

(i) Quelques hiitoriens ont prétendu que Louis XSH avait seulement voulu faire arrêter le maréchal, et que sa mort fut le résultat d'un accident. Pour lever tous les doutes à cet égard, il suffit de dire ici que les registres manuscrits du Parlement eonstatent que , lorsque Vitry présenta au Parlement ses provbions de maréchal de France, il présenta à la fois des lettres-patentes portant aveu du meurtre commis sur la personne du maréchal d'Ancre , par commandement exprès de sa majesté.

avait résolu de se faire donner ses biens , et là se présentait un obstacle, car tous étaient placés sur le chef de la maréchale, ce qui ne ne permettait au roi de se les approprier que par une confiscation.

Eléonore Galigai , en apprenant la fin tragique de son mari , n'avait pas trouvé une larme; elle s'émut à la nouvelle qu'on en voulait à ses biens , et qu'elle était elle-même dénoncée au Parlement. Un seul soin l'occupa dès lors , celui de sauver ses richesses ; elle fit disparaître les unes, enfouit les autres, et cacha ses pierreries dans un matelas sur lequel elle se coucha , et d'où les archers envoyés pour s'assurer de sa personne ne purent l'arracher qu'avec violence.

Le 5 juin 1617, le procès d'Eléonore Galigai commença devant une commission extraordinaire choisie dans le sein du Parlement. Il est curieux d'observer, en parcourant les immenses matériaux de cette procédure , que la favorite d'une grande reine, qu'une femme qui avait en quelque sorte tenu le timon des affaires , dont la cupidité avait mis à prix les principaux emplois de l'état , et dont les intelligences avec l'étranger pouvaient donner

quelque apparence d'équité à un jugement capital , ne fut accusée et condamnée que 80U8 la vague accusation de judaïsme et de sortil^e. Quelques fragmens de dépositions choisies au hasard entre plus de cent , montreront quelle marche bizarre on adopta pour ce célèbre procès.

«Jean Desdiguière, écuyer de la mare* chale , dit qu'après avoir constamment vécu avec une régularité exemplaire , elle prit en 16 13, à son service, un nommé Hontallo, juif, excellent médecin, qu'elle estimait fort, mais qui bientôt pervertit ses mœurs , l'empêchant de fréquenter les églises et d'entendre la messe chaque jour comme auparavant Elle devint fâcheuse, ajoute-t-il, s'imaginant qu'elle pouvait être ensorcelée et empoisonnée en lisant des lettres.

« Philippe d'Âcqoin, homme érudit dans, les langue grecque, hébrsuque et autres, et ancien secrétaire de l'évêque de Cominges, dit que Montalto lui a parlé de cabale hébraïque , et que cet homme , par l'invocation de l'ange Gabriel, savait, le troisième jour, si un malade devait mourir.

« Cinq ou six religieux augustins racontent que la maréchale s'est fait exorciser par le général de Tordre des ambrosiens, et en a éprouvé un notable soulagement; d'où ils concluent qu'elle est possédée et sorcière.

« Louis de Bois de Stamicourt dépose qu'étant entré dans l'hôtel , lorsqu'après la mort du maréchal le peuple se livrait au pillage, il a pénétré dans une salle au milieu de laquelle était une civière :

t — Dans cette civière , dit-il , je vis une forme humaine couchée en long et les jambes croisées ; les cheveux étaient noirs , mais je n'ai pu distinguer si c'était cire, chair ou autres matières ; un mouchoir blanc couvrait son visage; un velours noir, avec une larme de cristal , sans croix , couvrait la civière ; à chacun des coins était une torche blanche non allumée. J'ai pensé que cette figure avait dû servir à quelque opération de magie.

c Mai^uerite, femme d'un soldat aux gardes, dit qu'elle a su d'une demoiselle de la maréchale, que, durant la nuit, celle-ci se promenait dans sa chambre , nue , avec une couronne de cire sur la tête, et de petites

ao4 LA CHRONIQUE

chandelles allumées à la main. De cette couronne et dé ces chandelles , elle deyait faire des boulettes, et en remplir trois boites, jusqu'à ce qu'il en tombât une par terre , qui ferait mourir qui elle youdrait. »

On procéda à l'interrogatoire de la marechale , et les questions qui lui furent adressées paraîtront plus extraordinaires encore que les dépositions des témoins. Voici le texte d'une partie du procès-verbal dressé par le greffier Yoisin.

< Sur la demande faite, si les religieuses de Lorraine avaient porté dans un sac, à l'église des Augustins , un coq vivant , tout plumé , à la tête près, lequel avait fait deux tours sur l'autel, et chanté trois fois, elle se mit à rire, et répondit que l'invention était très folle et très insensée.

« Interrogée si elle était possédée, et s'était servie des ambrosiens et d'un chanoine de Milan pour être exorcisée, elle répondit :

c — Je n'ai jamais été exorcisée ni possédée; je ne comprends pas pourquoi on me demande si j'ai le sortilège dans les yeux^ n'ayant

jamais rien fait qui mérite une pareille question.

« Interrogée sur les boulettes de cire trouvées dans la caisse aux bougies , elle dit :

« — Elles proviennent , selon toute appa«rence, des brins qui tombaient de ces mêmes bougies , et que je ramassais quelquefois par distraction. Pourquoi me questionner làdessus, d'ailleurs, quand on sait qu'il y a des femmes qui mangent de la cire ?

«Interrogée si, lors du pillage de l'hôtel d'Ancre , il y avait , sous une courtine , une bière contenant une forme humaine, elle dit:

« — J'aimerais mieux mourir que de voir semblable chose. Les questions extravagantes qu'on me fait, ne sont qu'une preuve de la rage furieuse de mes ennemis.

« La maréchale, interrogée sur la possession de quelques livres hébreux, qui avaient servi sans doute pour obtenir un si grand ascendant sur l'esprit de la reine, répondit avec fierté :

« — Mon sortilège a été le pouvoir que les

âmes fortes doivent avoir sur les esprits faibles! »

L'instruction du procès terminée, quelques juges eurent assez d'équité et de lumières pour ne pas opiner à la mort. Orlando Pager, Fun des deux rapporteurs , refusa de signer Tarrét que son collègue Gourtin, vendu à Charles de Luynes , avait rédigé ; cinq conseillers s'absentèrent , d'autres conclurent au bannissement ; mais le reste, entraîné par te préjugé public, par l'ignorance, et surtout par les instigations de ceux qui voulaient recueillir les riches dépouilles de la maréchale , signèrent, le 8 juillet 1617, l'arrêt qui déclare (( Goncini et Eléonore Galigai, sa veuve, coupables de lèse^majesté divine et humaine; et, pour réparation , condamne à perpétuité la mémoire du mari , et la femme à avoir la tête tranchée sur un échafaud dressé à cet effet en place de Grève ; sa tête et son corps à être jetés ensuite au feu , et réduits en cendre ; les fiefs qu'ils tenaient de la couronne , et qui en étaient mouvans , seront réunis au domaine , et les autres fiefs et biens qu'ils avaient dans le royaume confisqués au profit du roi; quarante mille livres de rentes prélevées, pour

être employées à des œuvres pies , telles que le pain des prisonniers de la Conciergerie et autres. Déclare les biens acquis par le mari et la femme , tant à Florence qu'à Rome , et autres lieux hors du royaume, appartenir au roi, comme provenant de ses deniers, et mal pris dans son trésor. Déclare le fils né du mariage de Concini et Galigaï roturier, ignoble, et incapable de remplir emplois, offices ou dignités dans le royaume; ordonne que la maison près du Louvre, que ses père et mère occupaient , sera rasée , et que tous les biens non mouvans de la couronne qu'il possédait seront vendus au profit de sa majesté. >

Cet arrêt, qui devait être exécuté le même jour, lui fut lu à midi , dans la cour du Palais, devant une foule immense accourue pour examiner la contenance de cette favorite si puissante naguère. A genoux , la tête baissée , elle chercha à se cacher le visage dans ses coiffes pour soustraire sa honte à cette multitude qu'elle avait si long-temps vue à ses pieds ; mais on la contraignit d'entendre l'arrét à visage découvert.

Elle voulut du moins en suspendre Fexécuion, en déclarant qu'elle était enceinte; mais

le greflSer Yoisiii lui remontra que, d'après les dépositions qu'elle avait faites , elle ne pouvait être dans cet état sans avoir manqué i son honneur. Elle n'insista pas dès lors , reprit son courage, et se prépara à la mort.

Nous empruntons au procès-verbal même d'exécution quelques détails sur ses derniers momens.

c A sept heures, elle fut extraite de la Conciei^erie, et placée dans la charrette de l'exécuteur. Elle porta alors ses regards sur la foule , et , surprise de voir la place , les rues , les fenêtres, les toits même couverts d'une immense affluence :

c — Ah ! dit-elle, que de peuple qui désire me voir mourir! j'ai autant mérité la mort que cela cependant !

• Et, en disant ces mots, elle faisait claquer l'ongle d'un de ses doigts sur une des dents de sa mâchoire supérieure.

^ c La foule était si grande cependant , qu'il fallut plus d'une heure pour parvenir jusqu'à la Grève. Au pied de l'échafaud, le greffier Yoisin donna encore une fois lecture de la sentence; puis; l'exécuteur, s'emparant de la maréchale, la fit monter sur l'échafaud. Etant

sur Téchelle , elle a^ait crainte de choir, et disait :

f — Tenez bien , je chéerai I

t Aussitôt montée, elle se mit à genoux, et l'exécuteur commença à découdre le collet de sa simarre, qui était de peu de yaleur, couleur de pensée, et orné d'une broderie d'or et d'argent fort usée. Pendant ce temps, on chantait un Sahe Regina.

c — Jeyous pardonne, quant à vous, dit-elle alors â l'exécuteur ; je crie merci à Dieu ; je pardonne au roi, à la reine, et à tout ce peuple qui me veut du mal et qui en a fait à mon mari!

cEn même temps,n'exécuteur prit un bandeau pour lui couvrir les yeux; mais il se trouva empêché , parce qu'il n'y avait de cor* don que d'un seul côté. Il le raccommoda de «on mieux, et dit aux docteurs, pour lui donner le change :

« — Messieurs , faites-lui faire sa prière !

«La dernière parole n'était pas prononcée, qu'il lui mettait , d'un coup subtil , la tête hors de dessus les épaules.

Sa mort éteignit le ressentiment populaire. Un famélique auteur fit représenter, sans

If. 14

2iO Lk CBVMiiqVZ DU PàLàlS OB JUSTICE.

succès, une tragédie en quatre actes, intitulée la Magicienne étrangère; mais le public n'accueillit qu'avec dégoût oette grossière et odieuse satire. ~ Victime des jalousies et de li haine de la noblesse de France, Eléonore Galigai derait trouyer bientôt un vengeur dans un homme dont elle a?ait commencé la fortune.

Cet homme , c'était Richelien.

u com DimAfiOBS n iamioisilli di uuhl

(MW).

Le règne de Henri lY fnt fécond en conspirations, en trames, en condamnations, en disgrâces, autant qu'en hauts faits, en galanteries et en fareurs. Dans un chapitre précédent , nous ayons retracé la rébellion et le supplice de Biron , son ami , son compagnon d'armes ; et c'est justice sans doute , à côté de ce tableau, où ressort, sous un aspect de se-

vérité presque cruelle, le caractère du prince à qui l'histoire , par exception , a décerné le nom de bon roi, de le montrer dans une occasion presque semblable , ouvrant son âme à la clémence, et jugeant des choses humaines avec un sentiment humain.

Âpres la mort de Gabrielle d'Estrées , Henri lY devint éperdument épris d'Henriette de Balzac , fille du comte d'Entragues , premier gentilhomme de la chambre« Belle, spirituelle, majestueuse, mademoiselle de Balzac était, au témoignage des contemporains, récemment confirmé par l'indiscret et croyable Tallement des Réaux , une des per* sonnes les plus remarquables de son temps ; bientôt la passion qu'elle inspirait au faible monarque fut telle , qu'il s'engagea , par une promesse écrite et formelle, à s'unir à elle d'un lien légitime et sacré.

Mais d'Entragues connaissait Henri, et son esprit ardent, et sa versatilité galante. Là , oà sa fille voyait un trône en perspective , il devina un piège, et ne doutant pas que le roi, après avoir satisfait sa passion , ne se dégageât de sa promesse, il quitta brusquement la cour, et se retira avec sa fiUe et quelques paf-

DU PALAIS DE JUSTICE. :2l3

rens dans son chàleau de Marcoussy, dont il interdit l'entrée aux adroits et entreprenans favoris du galant n^onarque.

Henri n'était pas homme à s'etfrayer de si peu : au moment où d'Entragues, rassuré par le bruit d'une passion nouvelle , croyait qu'il avait entièrement renoncé à ses odieux projets, une pressante missive le rappela à la cour; son service était nécessaire; on faisait appel à son dévouement , à son honneur ! Il obéit. Le soir même , Henriette de Balzac recevait au château dcMarcoussy l'heureux monarque , qui , le lendemain , la conduisit en triomphe à sa cour de Fontainebleau.

Eientôt d'Entragucs sut l'injure : il somma le roi de tenir sa parole; et, à tout événement, ne prévoyant que trop un subterfuge ou un refus, il prépara les moyens de tirer vengeance de l'affront fait à sa maison jusque-là sans tache. Henri , de son côté , ne chercha qu'à gagner du temps , s'engageant en vaines promesses, redoublant d'amour et de soins près d'Henriette, et lui laissant prendre un empire propre à distraire sa vanité satisfaite , et à donner le change à son orgueil.

Quelques mois plus tard,, mademoiselle de

ai4 Z*A CHRONIQUE

Bahac, maîtresse ayouée, se IroaTait à la Teille de derenir mère . et le brnit de son union prochaine avec le roi se répandait de toutes parts. Les courtisans eux-mêmes paraissaient y ajouter foi; le roi Tenait de répu-dier Marguerite de Yalois, et la ville était dans l'impatiente attente des fêtes et dit mouvement qui , d^ordinaire , accompagnent un mariage.

On apprit tout à coup que le roi venait de choisir une épouse : c'était Marie de Médicis.

Henriette de Balzac protesta contre ce marii^ ; ce fut vainement. Malgré Tenvoi de la promesse signée du roi, malgré ses preuves de noblesse , l'union projetée s'accomplit , et sa douleur en fut telle , qu'elle . mit au jour avant terme un fib, qui devait s'élever toutefois , et sur qui se reportèrent dès ee moment toute son ambition et sa tendresse.

Le roi Taimait toujours, cependant ; la politique avait dicté son union avec Marie, mais son amour pour Henriette était resté le même, n s'était peut-être encore accru par sa résistance obstinée , par l'alarme surtout que ne tarda pas à lui causer la passion du duc de

Guîse, qui se proposait ouverlemeat pour époux à mademoiselle de Balzac.

D*£ntf agues , retiré de la cour, n'ayait pas renoncé à Tespérance de se venger : le comte d*AttYergne, frère utérin d'Henriette» lui en proposa le moyen. Complice du maréchal do Biron , il avait conservé des ialeliigences avec les eoneous de Henri Vff ^t, lui-méme, il avait à tirer vengeance d'uœ longue et cruelle captivité. Il offrit à d'Enlragues de renouer les complots antérieurement ourdis avec l'Espagne 9 pour élever au trèoe le comte de Metz, son neveu. Bientôt une vaste conspiration se forma, où J'Ai^leterre en Ira comme d'ordinaire. Le connétable de Montmorency, les maréchaux de Bouillon et de Montîgny, le duc d'EpernoD, BeUe*Garde» le comte de Clère, beau-frère de d'Entragoea, le comte d'Humières et nombre d'autres, tous de bonne et valeureuse noUesse, y prirent part. Malgré l'adresse et le secret qui y présidèrent touteiois , aucun résultat ne signala cette sorte de ligué , et le monarque échappa, comme par Hiiracle , aux pièges qui lui étaient tendus.

Ce que la perfidie des complots n'avmt pu faire , la maladie pensa Taccomplir. Sur ces

^l6 LA CHRONIQUE

entrefaites , Henri , saisi d'une fièyre brûlante à Fontainebleau, se crut à la veille de mourir, et alors encore , voulant donner à Henriette d^Entragues une dernière preuve de son amour en assurant après lui son repos , il fit appeler le comte d'Auvergne , à qui il avait rendu sa confiance, et le chargea de demander à l'ambassadeur d'Espagne une retraite pour elle et son fils dans les états de son maître, au cas où ils ne se trouveraient pas en sûreté sous la protection de son successeur.

Le comte , que Sully appelait le Superfn , exigea du roi un ordre de sa main pour communiquer et traiter avep l'ambassadeur d'Espagne. Cet ordre, facilement obtenu, devait merveilleusement servir ses projets. Bientôt , de concert avec d'Entragues, il employa Balthazar de Zuniga pour traiter avec l'Espagne, et William Morgan pour traiter avec l'Angleterre. Le Languedoc, la Guyenne, le Poitou, la Picardie, entraînés par leurs seigneurs, devaient donner le signal de la révolte, pour laquelle on ne doutait pas que le comte de Soissons se déclarât dès que le premier mouvement éclaterait.

Henri, cependant, n'avait aucun soupçon

de ces criminelles menées ; le commerce de mademoiselle de Balzac avec tous les Espagnols qui se trouvaient à Paris, était couvert par son goût pour la langue castillanne qu'elle possédait parfaitement; tous ses parens d'ailleurs faisaient assidûment leur cour, et paraissaient satisfaits : rien ne pouvait donner de défiance. Les conjurés jugèrent le moment fevorablé pour agir. Leur plan était de mettre sur le trône le fils que mademoiselle de Balzac avait eu de Henri lY^et, pour y parvenir d*un seul coup, on devait le conduire tout d'abord à Reims, dont le duc de Bouillon s'assurerait, tandis que le marquis de Spinola .s'y transporterait de son côté à marches forcées avec son armée. D'Entragues s'était chargé d'attenter à la vie du roi qui, épris de la maréchale de Bassompière, sa fille cadette, devait se laisser attirer facilement à Maiesherbes , où il l'avait retirée. Le roi mort , la Guyenne, le Languedoc, le Poitou, fournissaient immédiatement des troupes, à la tête desquelles le comte de Soissons, amenant avec lui celles d'Auvergne , soulevait ou maîtrisait la totalité du royaume.

La veille de l'exécution, la conspiration fut

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découvette : le comte d'Auvergne fut arrêté et conduit à la BastiUe ; d'Eutraguea» enf&tmé à la tottr de HoutmoFency, y Ait confié à la surveillance de Yitry ; quant à mademoiselle de Baliac , sa maison de la rue Saint-Antoine lui fut donnée pour prison, et eHe y resta sous une forte garde.

C'était le a4 noyembre i6o4« Aclûlle de Harlay, premier président, Etienne Flenryet Philibert Thorin, conseillers au Parlement, se transportèrent aussitôt à la Bastille pour interroger le comte d'Auvergne» Le comte se renferma dans un système obstiné de dénégsh tien ; d'Entragues refusa de même de convenir de ses menées , de son complot et de ses criminelles pratiques.

Le 1 5 décembre , Achille de Harlay interrogea de nouveau le comte d'Auvergne , qui répondit plus explicitement cette fois ; et. il ne sera pas sans intérêt peut-être de consigner ici un fragment inédit de son interrogatoire.

c J'étais parti de Paris, il y a cinq ou six mois,, pour me retirer en Auvei^ne;. je fus rappelé par sa uMJesté pour terminer le différend que j'avais avec le comte de Soîssoos.

Je répùndis â Pescures qu'elle m'a¥ait envoyé, qu*uae affaire très importante concernant son service, et dont je l'informerais d'une manière plus particulière, me retenait...* Qu'au surplus, si elle n'agréait pas que je resp* tasse , je me rendrais en diligence auprès de sa personne sit6t qu'elle m'aurait eùvoyé une abolition que je lui demandais humblement pour ma sûreté... Descures ayant rapporté ma réponse au roi , revint avec une lettre de la propre maip de ce monarque. Sa majesté me donnait sa foi qu'elle me servirait elle-' même des lettres d'abolition , quand elle aurait appris te détail de tout. J'avouai ingénument tout ce que je savais.... Le roi témoigna être extrêmement content ; il m'envoya une seconde lettre par Descures , par laquelle il promettait d'être aussi bon maître à mon égard que je paraissais loi devoir demeurer fidèle sujet. »

Le comte ajouta que le roi lui avait accordé des lettres d'abolition qu'U n'avait pu faire enregistrer, parce que les circonttances rendaient le secret absolument nécessaire; il donna pour preuve le brevet renfermant le pardon que le monarque lui avait accordé.

Dans un troisième interrogatoire , il codyient de s'être abouché .a?ëc Tambassadeur d'Espagne : « Un soir, à minuit , derrière le petit Saint*Ântoine , chez une de ces femmes qui font commerce de la beauté, il. m'a fait, dit-il, les offres les plus amples ; mais j'assure que^cette conférence et celles qui l'ont suivie, n'ont eu pour but que de sonder . et de découvrir les dispositions des. puissances enne-» mies , afin d'en avertir le roi , ainsi que j'y ai été autorisé par lui-même. » Et, à l'appui de cette assertion , il fit valoir l'écrit que le roi avait remis à Fontainebleau entre ses mains , et dont les commissaires ne connaissaient ni l'objet ni l'origine.

D'Entragues , renfermé dans les prisons du Palais, fut interrogé le 1 4 décembre pour la première fois. Il avoua fièrement ses conférences avec l'ambassadeur espagnol , se posant en père outragé, et s'emportant lui-même en récriminations accusatrices contre le roi, bien loin de convenir d'avoir encouru les sévérités de sa justice. .

> Henri se. trouvait dans une extrême perplexité au sein de ces complots sans cesse renaissans; déjà il témoignait le vouloir de

DC PALAiS DE JCSTICfi. 52:11

terminer tout ce procès par une grâce ; les chambres de la Tournelle et de FEdit s*assemblèrent pour lui faire des remontrances sur la lettre et le brevet d'abolition qu'il avait accordés au comte d'Auvergne; elles lui représentèrent par la voix d'Achille de Harlay que les crimes de lèse-majesté devenaient aussi communs que les moindres crimes; que le comte répondant par la plus noire ingratitude aux bontés excessives qui l'avaient porté à lui accorder déjà le pardon de ses entrer prises criminelles, il devait permettre que la procédure s'achevât' contre lui , et que son supplice effrayât enfin les esprits fâcheux et rebelles qui pourraient s'engager en de pareilles entreprises.

Le roi remercia le Parlement de l'attachement qu'il témoignait pour sa personne ; il déclara nulle l'abolition qu'il avait donnée au comte d'Auvergne , et ordonna que- la procédure commencée serait poursuivie. Le Parlement n'attendait que cette autorisation pour prononcer son arrêt. Le comte d'Auvergne et d'Entragues furent condamnés y ainsi que Williams Morgan , t à être dégradés de

tous leurs litres , privés de tous leurs biens, et à avoir la* fêle tranchée sur un échafand dressé en place de Grève. »

L'Anglais Morgan avait pris la fuite : le roi commua, dès le lendemain du jugement, la peine de mort prononcée contre le comte d'Auveigne et d'Entragues, en celle d'une détention perpétuelle, avec rétablissement dans leurs biens et leur réputation, mais non dans leurs emplois et honneurs; bientôt après, la prison de d'Entragues fut changée en un exil i sa terre de Malesherbes , et le comte d'Auvergne dut subir, à la Bastille, durant dix années , un emprisonnement auqwl vint bientôt mettre un terme la fin tragique de Henri.

Quant à mademoiselle de Baisac, il n'avait pas voulu consentir à ce que la procédure fttt régulièrement suivie à son égard. Après les interrogatoires et les confrontations, il l'avait fiedt conduire au couvent de Beaumont4es- Tours. Bientôt la permission lui fut accordée de se retirer à sa teire de Verneuil «^avec défense d'en sortir, et d'y voir autres personnes que ses domestiques. • Au retour enfin d'une

DU PALAIS DE JUSTICE. 2a3

▼isite qu'il lui rendit incognito au commencement de Tannée i6o5, des lettres-patentes ordonnèrent que tous les actes faits contre mademoiselle Henriette d'Entragues seraient annulés.

Son fils était mort sur ces entrefaites ; avec lui s'éteignit l'illustre maison d'Entragues , que l'on a cependant tenté , dit-on , de faire renaître de nos jours.

U DDC DK lONTIORMCY.

Le fils de Henri lY, Louis XIII , commençait à peine son essai de royauté , au milieu des intrigues et des troubles dont la religion était le prétexte, lorsque 'Henri II, duc de Montmorency, parvenu seulement à sa vingtcinquième année , et , depuis huit ans , déjà investi cependant des hautes fonctions de grand-amiral, se signala parmi ses plus fi-

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