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dèles serviteurs » repoussa les provocatrices avauces de la reine-mère , et se distingua au siège de Montauban , â celui de Montpellier, dans la guerre du Languedoc, et plus tard en Piémont, où , après la déroute de Doria , le roi lui écrivait , en lui envoyant le bâton de maréchal : < Je me sens obligé envers vous autant qu'un roi le puisse jamais être. •
Mais tant de gloire devait se ternir bientôt : la reine-mère , jalouse de l'autorité de Richelieu ; Gaston , envieux de la puissance de son frère , ne devaient négliger ni tentatives ni séductions pour corrompre Montmorency. Hs lui répétèrent chaque Jour qu'en vain il se flattait d'obtenir la charge de connétable , presque héréditaire dans sa famille , que le cardinal-ministre avait résolu d'abattre toutes les autorités pour les réunir uniquement dans sa personne ; <|U'llnô seikle tofe l*i était tracée pour parvenir à des dignités et â une gloire propMtionnées à «a valeur et à son nom , et que cette Voie élàit ctUe de olédimteur forcé entre le roi et ses proches*
Marie de Médicis , en effet ^ était alors léfugiée SM* une terré étrangère ; l'ine géné^ reuse de Montaioreiicy l«i inspira peiMtre
la malheureuse pensée de se sacrifier, pour mettre un terme à la royale mésintelligence dont gémissaient tous les Français. Quoi qu'il en soit , il souleva le Languedoc , fit des levées d'hommes et d'argent , s'assura de Lo dève , Albi , Uaès , Alais , Beziers , Saint-Pons et Lunel , et y reçut Gaston à la tête de deux mille hommes , étrangers pour la plupart , et rassemblés du côté de Trêves.
Nous n'entreprendrons pas ici de tracer l'histoire de Montmorency ; les circonstances de sa défaite sont consignées dans les annales d^^ l'orageux règne de Louis XIII : entraîné par cette valeur impétueuse qui lui £aiisait d'ordinaire confondre le devoir de général avec celui de soldat 9 il essuya , à moins de vingt pas, une rude décharge de mousqueterie , et, transporté de fureur à la vue du sang qui ruisselait d'une blessure reçue à la gorge , il s'élança, sans voir que six gentilshommes seulement le suivaient, au milieu des chevaulégers dont le capitaine Gadagne , qu'il avait blessé d'un coup de pistolet, lui perça de deux balles la joue droite en lai fracassant plu* sieurs dents. Si peu ne pouvait abattre Montmorency ; il frappe et renverse le baron do
Laarières , el décharge un coup d'épée sur la télé du baron de Bourdet ; mais à ce moment il reçoit cinq blessures dans la poitrine , son cheval est jeté mort sur-le-ehamp , et bientôt il est lui-même transporté, épuisé de sang, dans une métairie située â plus d*une lieue de distance, d'où , après un premier pansement, opéré sur une méchante échelle recouyerte de quelques manteaux, il fut amené à Castelnaudary, au milieu de Témotion et de la douleur du peuple dont il avait été si longtemps Tadmiration et le bieufaiteur.
C'était le i*' septembre i632 que se iiyrait, près de Casteluaudary , cette déplorable bataille; le 22 octobre, Louis XIII arrivait à Toulouse, et le 27, le duc, conformément à la déclaration de Cosne, y était transporté pour être jugé par le Parlement , extraordirement présidé par le garde des sceaux du royaume.
Du jour de son arrestation , Montmorency avait soutenu son malheur en héros. Lucante, son médecin, lui disant un jour, après l'avoir pansé, qu'il était heureux , grâce au ciel , qu'aucune de ses blessures ne fût dangereuse :
— Y0U8 oubliez votre métier, mon ami , lui répondit-il ; il n'y en a point, jusqu'à la moin^ dre, qui ne doive entraîner la mort.
Sa famille cependant et ses amis sollicitaient vivement sa grâce. La connétable , sa mère , ne pouvant agir , avait chargé de ce soin la duchesse d'Angoulême et de Yentadour ; Richelieu, qui avait résolu sa perte, la fit arrêter à Paris ; en vain Dalmos , écuyer de la duchesse de Yentadour, sollicita du roi quelque parole de miséricorde , il n'en reçut qu'une réponse dure et menaçante, et sa sœur ellemême ne fut pas plus heureuse; lorsqu'elle offrit au cardinal, comme otages de la fidélité du duc, le duc d'Enghien (depuis le grand Condé) et le prince de Conti, ses enfans :
— Il faut , madame , répondit Richelieu , espérer en la miséricorde du roi , mais je n'y puis aucune part et ne jamais vous donner sincèrement aucune consolante parole.
Cette réponse, dans la bouche du cardinal , équivalait à un arrêt de mort ; aussi , durant ces sollicitations , le procès du duc s'instruisait : il avait une célérité peu ordinaire. M. Lauson, maître des requêtes, avait été
chargé de rinformation : l'audition de sept témoins lui parut suffire.
Deux oonseiUers du Parlement forent d^égués pour interroger Taccusé , qui , conduit devant eux , et pour abréger avant tout ce qu'il ne semblait dès tors considérer que comme de vaines et oiseuses formules , leur dit avec une douceur qui n'excluait pas cependant la fermeté : c Je pourrais , messieurs, vous alléguer qu*en ma qualité de pair , je ne puis être en aucun cas soumis à votre juridiction particulière ; mais ma faute est de telle nature ^ que , si le roi ne me fait grâce, H ne doit y avoir dans son royaume aucun juge qui n'ait pouvoir de me condamner. Ainsi donc j'obéirai , quand même ma soumission me devrait à coup sftr devenir. funeste. M
La procédure suivit donc son cours , et le jour venu de comparaître devant ses juges , le capitaine des gardes , Guitaut , se présenta pour le conduire au Palais. Montmorency reçut en souriant cette nouvelle ; un carrosse étroitement fermé l'atlcndait devant la prison, et après avoir traversé, au milieu d'une escorte
DU PAiAM OE JUSTICE. a3l
de trois régimens , la ville, où plus de dix mille hommes de l'armée étaient rangés ^n haie par les rues, ou disposés en réserre sur la place, il descendit au Palais et parut devant ses juges la tête nue et dans l'attitude d'un eoupable que la seQette des criminels attend.
Tant de soumission , tant de grandeur dans rinfortune excitaient déjà un vif mouvement de compassion et de sympathie dans rassemblée, quand le garde des sceaux , d^un ton de commandement et de colère, lui demanda ses noms, âge et qualité. A cette interpellation inattendue. Montmorency, perdant pour un moment cette évangélique patience dont il s'était (ait une loi depuis le jour de sa catastrophe, répondit d'une voix ferme et sévère, en fixant sur son interlocuteur un œil menaçant jet irrité :
— Mon pon^ ?... vous avez assez lopg-temps mangé le pain de mon père et celui de ma maison ppur le savoir.
Puis, se remettant aussitôt, il fit $igne qu'il avait regret de ce mouvement d'emportement involontaire, et demeurait prêt à répondre aux questions qui lui seraient adressées.
âSa LA CHBONIQUE
t Interrogé (i) pourquoi il est prisonnier, et depuis quel temps.
c^repc^iu/ciôtre prisonnier depuis le i^' septembre , qu'il fut pris se battant en bataille rangée contre Farmée du roi, conduite par le sieur maréchal de Schombei^ , en quoi il reconnaît avoir offensé sa majesté , et s'en ro» peut.
< Interrogé si , contre le mandement exprès du roi , il n'aurait pas violenté les députés des Etats de Languedoc, et â iceux fait signer une délibération qui n'était qu'une ligue contre le roi et les ministres.
« A répandu ledit fait être véritable , et qu'il n'est pas à s'en repentir, et a reconnu avoir signé ladite délibération.
< Interrogé si , contre l'usage de tout temps, il n'aurait pas lui-même signé la commission que le roi a l'usage d'envoyer en blanc , concernant l'imposition , tant de l'octroi que le pays fait à sa majesté , que des dettes et frais du pays , et si , après avoir signé lesdites com^
(i) rCous copions textuellement ce qui suit dans les pièces iginales de 1» procédure.
or
missions , il n'en aurait pas départi une bonne portion au feu comte de Rieux , et le reste aux autres diocésains, en quoi il ne peut nier ayoir grandement faillL
< A dit qu'oui , et accordé le contenu audit interrogatoire être yalable.
« Interrogé si , en qualité de gouverneur de cette province, il n'avait reçu exprès commandement du roi de s'opposer à la venue de Monsieur^ son frère , et si , au contraire , il l'aurait fait venir et appelé dans son gouvernement , pour faire la guerre au roi et à ses troupes.
c /l accordé avoir reçu le commandement du roi, mais ledit seigneur son frère étaut venu en son gouvernement, il ne l'aurait pu refuser.
« Lui a été représenté s'il ne reconnaît pas que ces actions Tont rendu criminel de lèse^ majesté , et que par son crime il a encouru les peines de droit des lois et ordonnances de ce royaume, qui sont capitales.
c jà dit qu'il a ci-devant mainte fois reconnu sa faute, en laquelle il avoue être tombé plutét par imprudence que par ma-
^34 tk CHRONIQUE
lice; qu'il en a demandé pardon au roi, comine il fait bien eocore présenteineat. >
Le procureur général ayant donné ses conclusions qui tendaient à la mort , le duc se retira et se prépara à faire une confession générale. Le père Arnoux vint le trouTer alors , et lui dit en l'abordant 2
— J'ai bien sujet de m'estimer malheureux d'être obligé de yous rendre mes devoirs en cette rencontre.
— En ine servant bien de cette occasion , répondit Montmorency en l'embrassant , j'espère de la grâce de Dieu et de son assistance qu'il n'y aura point de malheur ni pour l'un ni pour l'autre.
Il écrivit ensuite à la duchesse sa femnie le billet suivant :
« Mon cher eœwr, je vous dit le dernier adieu avec la même affection qui a toujours été entre nous ; je vous conjure par le repo3 de mon âme que j'espère être bieotèt dans le ciel , de modérer vos ressentimens , et de recevoir de la main de notre doux Sauveur cette affliction ; je reçois tant de grâces de sa
bonté , que vous en devez avoir tout sujet de consolation. Adieu encore un coup, mon cher cceor.
« Henri de Montmorency. »
En ce moment fut rendu Tarrét , le uq octobre i63a :
< Le duc de Montmorency , déclaré atteint et convaincu du crime de lèse^majesté au premier chef, y est condamné, pour réparation, à être privé de tous ses états , honneurs, dignités; à être livrés ès-mains de l'exécuteur de la haute justice , pour avoir la tète tranchée sur un échafaud ; tous ses biens être confisqués, et ses terres, tenues immédiatement et médiatement du roi , être réunies au domaine de la couronne. >
La mort de Montmorency était résolue ; le père Joseph et le cardinal avaient d'avance fortifié Louis XIII contre toutes les démarches de ses amis et de sa famille, en présentant sous toutes ses faces la raison d'état ; le condamné cependant consentit, sur la prière du père Arnoux , à faire demander sa grâce : c quoique , dit-il , il n'espérât rien que de la miséricorde de Dieu. »
— Je TOUS prie de dire à M. le cardinal, ajouta- t-il en s'adressant à Launay» que je suis son très humble serviteur ; que si » par sa faveur, il me conserve la vie , fléchissant le cœur du roi à la miséricorde que je lui demande, je vivrai en sorte qu'il n'aura jamais à s'en repentir; néanmoins, que je ne souhaite pas que le Conseil du roi se fasse aucune vio* lence, s'il croit ma mort plus utile à l'état que le reste des années que je pourrais vivre , quoique je sois à la fleur de mes ans.
Le roi était occupé au jeu , lorsque Launay se présenta devant lui ; à peine fit-il attention à sa supplique; le duc de Chevreuse , dont les querelles avec Montmorency avaient été éclatantes, se jeta à ses pieds sans plus l'émouvoir, bien qu'il lui offrit sa vie et sa liberté pour gage de la fidélité de son ennemi ; une seule parole s'échappa à cette occasion des lèvres de l'inflexible monarque; elle s'adressait à M. Du Châtelet dont les larmes et les sanglots trahissaient en ce moment la douleur :
— Monsieur Du Châtelet voudrait avoir perdu un bras , sans doute, pour sauver H. de
DU PALAIS DE JUSTICE. sSy
Montmorency ) dil-il en lui lançant un regard de mépris et de reproche.
— Oh! sire, répliqua vivement Du Ghâtelet , je voudrais les avoir perdus tous deux , pour vous en sauver un qui vous gagnait des batailles.
En ce moment entrait M. de Gharlus.
— Sire , dît-il , je viens rendre à votre majesté, de la part de M. de Montmorency , le bâton de maréchal et le collier de notre ordre. Il m'a chargé de dire à votre majesté qu'il meurt avec un très sensible déplaisir de l'avoir offensée.
A ces mots , la voix du capitaine des gardes , qui s'affaiblissait à chaque moment , fut couverte iout-à-^isdt par des sanglots , et^ tombant entièrement aux pieds du roi :
— Grâce! s'écria -t»il, grâce pour lui!
grâce pour ses ancêtres , qui ont si bien servi vos aïeux !
— Allez dire au duc de Montmorency , répondit Louis XIII en se tournant vers Gharlus avec un mouvement d'impatience , que la seule grâce que je lui puisse faire , est de dé-
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fendre au bourreau de le loucher, et de lui mettre la corde sht les épaules.
L'heure de midi, fixée pour Texécution, était arrivée pendant ces démarches; les deux commissaires , nommés pour assister à la lecture de l'arrêt , attendaient le duc à la chapelle ; il y descendit après avoir quitté l'habit magnifique dont il était alors revêtu , pour endosser un sarreau de toile qu'il avait luimême fait faire pour son supplice. Il salua les commissaires en entrant , se mit à genoux devant Tautel , et après avoir entendu la lecture de son jugement dans une profonde attitude de recueillement , leur dit : c Je vous remercie I messieurs , vous et votre compagnie ; assarez4a que je regarde cet arrêt de la justice du roi comme un arrêt de là miséricorde de Dieu. »
Lucante alors s'approcha pour lui couper les cheveux , mais au moment de lui rendre ce dernier service , le fidèle serviteur tomba évanoui. — ce Gomment , Lucante , dit Mont* morency im le relevant , vous qui m'exhorties à recevoir fous mes midheun comme ven«ii
de la main de Dieu , vous êtes plus afflué que moi ! Allons , consolez^vous ; que je tous em*»
DU VALAIS DK JUSTICE. sSq
brasse pendant que j*aî les mains libres encore : allons , ne m'oubliez jamais ! »
Alors il marcha au supplice* En entrant dans la cour de rHôtel'-de^Ville , où se trouvait dressé Téchafaud , il s'arrêta au pied de la statue de H^nri IV, et la montrant du regard «u père Ârnoui : « Je regarde la statue de Henri lY , dit'^il a>rec un soupir , c^ëtait un grand et généreux monarque ! J'avais Thonneur d'être «on filleul ! • Puis , après avoir gardé le sîknce quelques iMtans. c Allons , repritMl ea mettant le pied sur la première marche de l'échafaud ^ voiM l'unique chemin du ci«L •
Le gnfter du Parlement , le griind-prétôt , les càpitouls et les officiera du corps de la vUle se trouvaient seuls drains la icour où allait se passer l\ss!écotioii ; Montmorency leur dit d'une TMx ferme et pidne de tulme t « Je vous prie , messieurs , de témoigner au roi que je nears son très humble sujet , et , Weù un regret extrônne de l'avoir offensé , dMit je lui de<^ mande pardon, même à tôUte la compagnie. » Il ae mil à genoux^ à ces mots> dêtànt le billot , cherchantàprendre «me posture dans laquelle ses UoBsures xte lui causassent pas de gêne ;
24o l'A CHEONIQUE
après avoir récité son m mania , et avoir recommmandé à l'exécuteur, par qui il se fit bander les yeux , de ne pas frapper avant d'être averti , il baissa la tête , la releva un peu , et dit d'un accent bref : < Frappe hardinient ! > Sa tête aussitôt vola sur le plancher.
Ainsi périt, le 3o octobre i63a , à l'âge de trente-huit ans , le maréchal , duc de Montmorency : avec lui finissait la branche cadette de cette famille si féconde en illustrations et la première de la branche ducale de Montmorency. Ses biens , quoique l'arrêt en eût ordonné la confiscation , retournèrent à sa sœur , mère du grand Condé. Son corps , embaumé par les dames de la Miséricorde et enveloppé d'un drap de velours noir , fut conduit à l'abbaye de Saint-Gernin , où le cardinal de Lavalette célébra un service auquel le Parlement et les principaux seigneurs de la cour assistèrent.
Louis Xin après l'exécution manda le père Arnoux pour être instruit des derniers momens du maréchal :
— Sire , lui dit le religieux , votre majesté a fait un grand exemple sur la terre par la mort du duc de Montmorency; mais Dieu,
BU PALAIS DB JUSTICE. â4l
par sa miséricorde , en a fait un grand saint dans le ciel... »
Le roi répondît en soupirant :
— Je voudrais » mon père , avoir contribué à son salut par des voies plus douces !
Au lit de la mort cependant , s'il faut en croire le témoignage des contemporains , Tinflexible esclave du cardinal déclarait au grand Coudé que 9 parmi les regrets qui empoisonnaient ses derniers instans , le plus vif était de n'avoir pas pardonné à Montmorency.
En 1645, la duchesse fit transporter son corps à Moulins , où fut élevé un magnifique tombeau que Ton admiré encore aujourdliui dans Tancienne église des Jésuites.