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vança vivement vers lui , et , d'un geste digne et théâtral , elle lui fit signe de sortir, tandis que sa suivante ouvrait la porte , prête a appeler du secours.
Si long-temps comprimée , Findignation de M. de Lorny ne connut plus de bornes : il lui reprocha avec amertume son manque d'égards , son inconstance , sa trahison. Madame Molière était confondue : elle le prenait d'abord pour un fou , mais son air de douleur , son accent sincère , la bonne foi de ses larmes lui firent bientôt soupçonner un piège , et , du ton le plus sérieux , elle lui demanda s'il la reconnaissait réellement, et insista surtout sur ce rendez-vous auquel elle avait manqué , disait-il , elle qui jamais ne l'avait vu ^ et ne pouvait rien comprendre à cette énigme.
Les reproches de de Lorny devinrent plus vifs et plus menaçans alors; il se répandit en récriminations et en plaintes , précisa les faits, nomma les lieux, et appela enfin la comédie tout entière pour la rendre témoin de ce qu'il nommait l'infamie et la trahison de la femme à qui il avait tout sacrifié.
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C'était trop d'outrages à la fois. Madame Molière, résolue d'en tirer vengeance, voulut que l'on s'emparât du personnage ; mais , profitant du moment où elle s'approchait de lui, il saisit le collier qu'elle portait en ce moment , et l'arracha avec violence , croyant que c'était celui qu'il lui avait donné , bien qu'effectivement celui-ci fût beaucoup moins riche. A ce moment accouraient les gardes de la comédie ; on ferma les portes , on s'empara de M. de Lorny , et un commissaire , que Ton avait envoyé quérir , le fit conduire en prison sous bonne escorte , en attendant que sa colère se calmât assez pour qu'on en pût tirer quelque raisonnable explication.
Madame Molière rendit plainte; Molière lui-même intervint, et des dommages - intérêts considérables furent réclamés de M. de Lorny en réparation de son insulte et de sa violence.
L'affaire s'instruisit au Châtelet. Les envieuses camarades de madame Molière avaient dès l'abord fait courir dans Paris une scandaleuse histoire où on lui faisait remplir ,
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dans cet éTéaement , un horrible rôle; la rccoonaiftsanoe qu'aval l cra lairc d elle le bijoutier, comme de la persoaae qui lui avait acheté le coUier , en faisait la baae« Heureusement les pcffquisitiom ausquelles on se livrait dans Paris pour découvrir la Ledoux , qui «'était cachée dès le premier éclat decette aflhire , ne demeurèrent pas sans succès ; on trouva cette femme , et, dès son premier interrof[atoire , elle reconnut qu'elle avait procuré à M. deLemy la comiaissanoe d'une fille, nomfliée la Tourelle , qu'il avate crue l'épouse de M. Molière, Bientôt la ccmrtisane qui avait joué ce rôle avec tant d'adresse et de succès , fut arrêtée elle-même : dès lors les calomnies répandues contre la belle comédienne se trouvèrent sans aliment*
Le procès ne pouvait être long en pareille affaire ; l'issue n'en pouvait être douteuse non plus, en face des aveux des deux accusées. Molière , satisfafl de voir reconnue la méprise dottt safemme availéié inictime , voulait qu'on usât d'jndulgence ; madame Molière n'y voulut jamais consentir, et, à la suite d'un jngemfait où sont relatés les principaux faits de la
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plainte , la femme Ledoux et la fille la Tourelle furent exposées au carcan devant l'hôtel de la Comédie.
Cent ans plus tard, le célèbre procès du collier ne rappelait-il pas quelques-unes des circonstances de cette singulière mystification ?
U IABQDI8B DK BBINVILLIEr.
La marquise de Brinyilliers , au rapport des mémoires du temps, était une charmante personne. Petite, mais gracieuse dans sa taille, d'une physionomie douce, naïve et même innocente, elle avait un charme particulier dans le sourire et dans le regard , et se faisait distinguer par un esprit aimable et piquant. Fille de M. d'Aubray, lieutenant civil à Paris,
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elle épousa, en i65i, le marquis Gobelin de Brinvilliers , fils d'un président à la chambre des comptes , et mestre-de-camp du régiment de Normandie. Ce mariage était au-dessus de ses espérances; car, bien que sa fiumlle jouit d'une aisance honorable , elle était loin d'avoir une de ces brillantes fortunes qui ne se trouvaient alors que dans les grandes familles du Parlement. M. de Brinvilliers lui apportait une fortune de quarante mille livres de rentes.
La marquise aimait le monde, courait les cercles et recevait elle-même souvent ; grand nombre de gentilshommes se firent présenter chez elle , et parmi eux un capitaine de cavalerie du régiment de Tracy, nommé Gandin de Sainte-Croix, qui, remarquable par de brillans avantages extérieurs, se donnait le titre de chevalier, et racontait hautement qu'il était bâtard d'une noble fiunille, « s'en allant ainsi par le monde, la tète haute, et coudoyant les honnêtes gens. »
Le niarquis avait connu Sainte-Crotx à la guerre ; bientôt il le prit en amitié , et le pria de venir demeurer dans son propre h6tel4 Sa femme , jeune , sensible , aimable , par dissi»
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mulatiod ou par bonne foi, représenla à soD mari les inconvéniens d'ane intimité si étroite. M. de Brintilliers, encore mieux trompé par cette adresse, si c'était calcnl, ou sûr de la Tertu d'une femme assez sage pour se défier d'elle-même, n'eut point égard à ses représentati<ms. Ce qui devait arrirer arriva , dit Voltaire , ils s'aimèrent. Bientôt le lieutenant civil fut averti d'une liaison que la marquise ne prenait nul soin de dbsimnler. Indigné de ce commerce scandaleux, il obtint, en i665, une lettre de cachet contre Sainte-. Croix , et vers neuf heures du soir, au moment où tous deux revenaient do Gours-la- Reine, le carrosse fut enveloppé d'une troupe d'archers, qui enlevèrent M. de Sainte-Croix et le conduisirent à la Bastille , malgré les supplications, les menaces et la douleur de la marquise.
Enfermé dans le donjon -pour une cause particulière, Sainte-Croix eut la facuUé de fréquenter plusieurs prisonniers; un d'eux, un Italien , nommé Essili , était un chimiste fort habile; Sainte-Croix avait lui-même cultivé cette branche des sciences exactes , et , désireux de s'y perfectionner, il demanda à
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Essili l'entrée de son laboratoire; bientôt il connut tous ses secrets. -
Us étaient affreux ! Essili excellait dans la composition des poisons les plus subtils. Habile autant que cet autre monstre florentin , que l'on nommait l'empoisonneur de la reine Catherine, et qui renfermait la mort dans une orange, dans une fleur, dans une lettre, il initia Sainte-Croix k tous les mystères de son horrible savoir, dans le courant d'une seule année, au bout de laquelle le lieutenant civil n'eut plus la prudence ou le pouvoir de le faire retenir.
Libre une fois , Sainte- Croix devait revoir bientôt la marquise ; il lui fit confidence de tous ses secrets ; et là devait commencer leur monstrueuse carrière de crimes. Elève et complice des deux scélérats , car Sainte*Croix avait obtenu la sortie de prison d'Essili , elle prélude à ses affreux empoisonnemens par celui de son père ! La cupidité et le désir de vengeance la rendent parricide tout d'abord , et c'est le sourire au front , agenouillée, aux pieds du vieillard, et implorant son pardon , qu'elle lui offre le fatal breuvage , et le voit sans pâlir avaler le poison.
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La mort de M. d'Aubray n'excita aucun soupçon; la marquise, d'ailleurs, soigneuse de prévenir jusqu'aux remarques , empruntait , dès ce temps , le masque de la religion , hantant les églises, se confessant, approchaînt de la sainte table et parcourant les hôpitaux : partout les louanges, les bénédictions Taccueillaient sur son passage, alors même que, pour essayer la violence « d'un nouveau venin, » elle distribuait à THôtel-Dieu des biscuits empoisonnés qui devaient donner la mort dans un temps prescrit. « Aucun des malades ne survécut à la violence du poison. >
Le frère de la marquise, Antoine d'Aubray, avait succédé à son père dans sa charge : elle lui donna un valet de chambre qui avait appartenu à Sainte-Croix. Cet homme, nommé Hamelin Lachaussée , fut chargé par les deux associés de les débarrasser à la fois de son maître et d'un second frère, conseiller au Parlement; la marquise voulait rester seule de sa famille : un jour donc, que les deux frères dînaient avec six de leurs amis dans la campagne même où avait succombé leur père , une tourte de pigeonnaux fut servie, et tous
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moururent après avoir langui quelques semaines!
Le lieutenant civil était mort dans un e^ frayant état d'étisie ; on procéda à Tautopsie de 0on cadavre ; la cause de sa mort (ut reconnue* La marquise toutefois ne fut pas même soupçonnée : une sœilr !
Sainte-Croix était désormais vengé. Le père et les deux fils avaieat payé de leur vie son année de captivité. CTétait le toor de la marquise de désigner une victime , elle prononça l'arrêt de mort de son mari.
Ce crime ne devait pas s'accomplir cependant : Sainte-Croix avait aimé la marquis ; il la redoutait maintenant : son mari mort, elle devenait forcément sa compagne ; il re* Cttla devant une telle union , et résolut de combattre le crime de sa complice^ • La nwquise ne voulait s*en rapporter à personne • du soin de donner la mort à son niari. Elle lui fit prendre une tasse de chocolat dans laquelle était le même poison qu'avait pris son père ; la dose était doublée cette fois , et elle attendit « en souriant, Tinfaillible effet du breuvage.
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Sainte-Croix rayait neutralisé. Maître de la marquise dans l'art de donner la mort , il en connaissait l'antidote. Un contre-poison , administré d'avance au marquis, détruisit l'oeuvre de sa compagne. Sainte-Croix avait décidé « qu'il resterait en ce monde pour la garder. » Grand fut l'étonnement de la marquise ; plus grande encore sa colère, en voyant se réveiller chaque matin celui qu'elle croyait vouer à la mort chaque jour : elle redoubla la dose , ce fut en vain ; elle changea de poison , consulta Sainte-Croix , eut recours à ses plus violèns secrets : le marquis devait lui survivre. • Ainsi ballotté, dit madame de Sévigné , tantôt empoisonné , tantôt désempoisonné , il est demeuré en vie. •
Le Ciel devait se lasser de tant de crimes ! Sainte-'Croix fut sa propre victime. Un jour qu'il travaillait, dans son laboratoire, à la composition d'un de ces poisons subtils qui donnent la mort dans une lettre ou dans une fleur, le masque de verre dont il se tenait le visage couvert, pour éviter l'effet des émanations délétères , se détacha tout à coup et se brisa en tombant. Il fut étouffé , et le commissaire appelé le trouva comme frappé de la foudre.
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Il ne laissait aucun héritier. Le magistrat procéda à l'apposition des scellés et à une sorte d'in¥entaire. Sous son lit se trouvait une cassette enveloppée dans un papier sur lequel était écrit :
c Je supplie très humblement ceui^ ou celles entre les mains de qui tombera cette cassette , de la remettre en mains propres à madame la marquise de Brinvilliers, demeurant rue Neuve-Saint-Paul , attendu que tout ce qu'elle contient lui appartient et la regarde. Au cas qu'elle fût plus tôt morte que moi, de la brûler, ainsi que tout ce qui est dedans, sans rien ouvrir ni innover; et, afin qu'on n'en prétende cause d'ignorance , je jure sur le Dieu que j'adore et tout ce qu'il y a de plus sacré, qu'on n'expose rien qui ne soit véritable ; et si, d'aventure, on contrevient à mes intentions , toutes justes et raisonnables en ce chef, j'en charge, en ce monde et dans l'autre, leur conscience, pour la décharge de la mienne , protestant que c'est ma dernière volonté.
« Sainte-Croix.
« Fait à Paris 1c aa moi 1673. »
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Au bas de cette note on lisait :
<A M. Pcnautier, receveur général du clergé. »
En dépit de cette défense suprême, Je com* missaire ouvrit la mystérieuse cassette ; elle contenait treize paquets cachetés de huit cachets chacun , et portant cette suscription : « Papiers à brûler sans ouvrir le paquet » Il ouvrit et trouva une quantité de poisons de toute espèce , et de plus toutes les lettres de la marquise et une promesse de trente mille livres, faite par elle à Sainte-Croix, le ao juin 167O5 huit jours après l'empoisonnement du lieutenant civil.
La marquise, effrayée à bon droit à la nouvelle de cet événement , employa tous les moyens pour s'emparer de la cassette , trésor de crimes, qui la perdait; elle n'y put parvenir, et laissant à un avocat une procuration pour retirer la promesse , protestant qu'elle lui avait été surprise , elle se réfugia en Angleterre.
Elle pouvait encore se sauver ; la correspondance saisie prouvait seulement sa liaison adultère : une démarche deLachaussée, l'empoisonneur de ses deux frères la perdit. A
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peine Sainlé-Croix était înort, que cet homme forma u«e opporition anx gcellés pour être payé d'une somme de deux cents pistoles à lui due, disail-il, pour sept anaëes da ses gages* La wewfe d' Antoine d'Aubray, deTenne Ottdaine de Viliarecteu , en apprenant par la rumeur publique que Ladiaussée a?vait été au* service dp rempoisoBueur italien , porta un réquisitoire obntre lui. Il fut aroèté, mis à b question, et ré^la ânasitôt des crimes dont rhorreur fut telle , que les juges ne lui per-* mirent qu'à peine d'acherer sa déelaratioD. Il révéla ainsi la mort de M. d'Aubray, celle de ses deux fils et toutes les horreurs dont la marquise était coupable. On lui fit son procès quoiqu'absente, et elle fut condamnée à avoir la tète tranchée ; quant à lui, il fut roué vif le 24 mars 1673.
La marquise s'était réfugiée à Londres; elle ne s'y crut pas en sûreté et se sauva à Brux^es; là encore elle craignit d'éljre arrêtée , car rhorreur qu'inspiraient ses crimes nivelait toutes les barrières que le droit ordinaire des gens pouvait élever entre elle et la justice. Elle se rencBt secrètement à Liège et s'enferma dans un couvent.
Son asile fut bientôt découvert, et un agent d'une rare adresse fut envoyé muni des pou-» voir s nécessaires pour l'arrêter et obtenir son extradition. Desgrais, c'était le nom de l'a*^ gent, s'introduisit, sous un costume d'abbé, dans le couvent où la marquise avait trouvé un asile ; il s'insinua dans, sa confiance , lui parla même d'amour, dit*on , et finit enfin , à force d'assiduités et de souplesse , par lui persuader qu'elle avait trouvé en lui un protecteur et un appui. Elle ne se laissait aller à aucune confidence cependant, et l'important était de s'assurer de sa personne. L'occaaion ne tarda pas à s'en présenter. L'abbé Desgrais lui proposa une promenade hors du couvent ; elle eut l'imprudence d'accepter, et à peine étaient-ils sortis de la ville, qu'elle fut entourée par une troupe d'archers déguisés ^ à qui Desgrais , jetant de côté la perruque et le court manteau , confia sa prisonnière , tandis qu'il courait au couvent s'emparer des papiers où , se croyant à l'abri de toute crainte , elle se livrait à des épanchemens de franchise que l'on ne peut lire sans efiVoi , dans le cahier surtout intitulé : Ma canféstian générale.
La marquise était attérée. De Liège à Paris ^