‹ La chronique (volume 2)Chapitre 101 sur 205 · CHAPITRE GLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLIII

Comment les Parisiens et ceulx de l'Université proposèrent, devant le duc d'Acquitaine et les autres princes, aucunes besongnes touchans la désolacion de ce royaume.

Or est ainsi que les Parisiens , et par espécial ceulx de l'Université , voians de jour en jour que plusieurs maulx et desrisions se multiplioient entre les seigneurs du sang royal et ceulx de leur conseil l'un contre l'autre, à la grant destruccion du royaume et du povre peuple, alèrent un certain jour en grant multitude devers le duc d'Acquitaine, où estoit présent le duc de Berry, le conte de Pontieu et plusieurs autres grans seigneurs et gens d'église, demandans audience de parler. Laquelle obtenue , le premier président commença le theume qui s'ensuit Domine , salira nos, perimus, c'est-à-dire : Sire, saulve noiis, car nous périssons; et est escriple ou chapitre de Saint Mathieu. Lequel, clèrement exposa, en touchant sagement et éloquemment plusieurs conclusions et déclaracions, les principaulx malfaicteurs du royaume troublans et empeschans et de fait opprimans le povre peuple. Après la fin de laquelle proposicion , ledit duc d'Acquitaine jura promptement en parole de filz de roy, que doresenavant oudit royaume les malfaicteurs , de quelque estât qu'ilz feussent, seroient punis selon leurs démérites, et que justice seroit réparée et gardée et le clergié et le peuple seroient tenus en paix. Après laquelle response se partirent tous les dessusdiz du duc d'Acquitaine. Mais à brief dire, sa parole ne son entencion ne porent point venir à effect. Car tantost

après il acoucha malade de fièvres, dont il mourut le xviii^ jour de décembre*, en l'ostel de Bourbon. Pour la mort duquel furent fais grans pleurs et lamentacions de plusieurs seigneurs et autres ses serviteurs. Et fut commune renommée qu'il avoit esté empoisonné. Si fut gardé en ung sarcus de plomb oudit hostel , par quatre jours , et là vindrent tous les collèges de^Paris prier pour lui, et puis fut porté à Saint Denis et^enlerré assez près des Royaulx.

En après, huit jours ensuivans, le conte d'Ârmignac, qui avoit esté mandé de par le Roy, entra en Paris pour recevoir l'office de la connestablie et l'espée de la main du Roy, en faisant le serement solemnel comme il est de coustume, et là remercia le Roy humblement du grant honneur qu'il lui faisoit. Et estoit acompaigné , ledit conte d'Ârmaignac , à compter ceulx de Paris, bien de six mille combatans. Et tantost envoia Remonnet de La Guerre, à tout quatre cens bacinetz , en garnison en la ville de Saint-Denis, pour résister contre les gens dudit duc de Bourgongne. Et pareillement, es autres lieux sur Seine, fîst rompre les pons et et passages. Et adonc, Jehan de Corsay, natif de Berry, fut de par le Roy ordonné maistre des arbalestriers de France , et messire Thomas de Liersis , bailli de Vermandois ; et le seigneur de Humbercourt , bailli d'Amiens*, messire Pierre d'Aunay, natif de La Rochelle , bailli deSenlis; messire Mansart d'Esne, bailli de Vilry; messire Brunet de Bonnes, bailli de Tournesis, et ainsi

1. Sfc dans le Suppl. frrd3. C'est la vraie date, comme on le -verra dans nos pièces justificatives. Le religieux de Saint-Denis se trompe de deux jours en la mettant au 16.

iZt CHRONIQUE [1415]

en plusieurs autres lieux furent fais de par le Roy plusieurs nouveaulx officiers-

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