‹ La chronique (volume 2)Chapitre 106 sur 205 · Le 18 février · texte numérisé non relu

Le 18 février

d' Alemaigne , Loys roy de Cécile , et son beau filz le conte de Ponthieii. Et pendant ce que ledit empereur fut oudit lieu de Paris, lui fut par le Roy et ses princes faicte la plus grant honneur qu'on eust peu faire au roy de tout le monde. Et après que plusieurs parlemens eurent par eulx esté faiz sur Testât de l'Église universelle et autres besongnes, il se parti de ladicte ville de Paris, le mercredi devant Pasques fleuries*, et le convoya le Roy jusques à La Chapelle entre Paris et Saint- Denis. Ouquel lieu, à leur département, se offrirent moult l'un à l'autre. Et de là fut convoie jusques à Saint-Denis par le roy Loys, le duc de Berry et le cardinal de Bar. Lequel roy d' Alemaigne fut receu moult honorablement oudit lieu par l'abbé d'icelle ville , et de là chevaucha à Beauvais. A l'encontre duquel vindrent l'évesque de ladicte ville de Beauvais et grant foison de bourgois, qui lui firent grant révérence. Et le mena ledit évesque loger en son hostel, et là fist ses pasques, acompaigné du duc de Milan oncle du duc d'Orléans , de l'arcevesque de Reins , et d'aucuns autres ambaxadeurs du roy de France, par lui envolez au roy d'Angleterre son adversaire. Et après ce , de Beauvais, par le pont de Remy, s'en ala à Saint-Riquier pour ce que ceulx d'Abbeville ne vouldrent mectre ses gens dedens, pour tant que avecques lui avoit des ambaxadeurs Anglois pourtans la croix rouge. Et de Saint-Riquier, s'en ala à Saint-Josse en pèlerinage, et vindrent à l'encontre de lui l'abbé et le couvent dudit lieu, à procession, comme s'ilz eussent fait pour la venue du roy de France,. Et quant il ot fait son orai-

L Le 20 mars. , • -;> "

SOD, il ne donna ne offry riens au glorieux amy de Dieu saint Josse. Et est vérité que icellui Empereur estoit armé, et portoit à l'arçon de sa selle ung chapeau de Montaulban, ayant sur ses armeures une noire heucque, en laquelle estoit une droite croix devant et derrière, de couleur de cendre, sur laquelle estoit escript en latin O que tout puissant est miséricorde'^ . Et ainsi estoient habillez et armez la plus grant partie de ses gens, montez sur bons et légers chevaulx. Et de là s'en ala à Estaples par Boulongne, mais ceulx de la ville ne le laissèrent point entrer dedens, dont il eut grande indignacion, et pour ce ne voult-il point recevoir les préseus à lui envolez de ladicte ville. Et quant il eust disné dedens la basse Boulongne', il s'en ala au giste à Calais. Et vint à l'encontre de lui le conte de Warwich, capitaine d'icelle ville, acompaigné de gens d'armes et d'archers , recevant icellui et ses gens moult honnorablement, tout aux despens du roy d'Angleterre, jusques au mardi ensuivant, qu'il se party et s'en ala en Angleterre.

Lequel Empereur, durant le temps qu'il estoit en la ville de Paris comme dit est dessus, ala à ung certain jour seoir en la chambre de parlement avec les présidens et autres conseillers , qui très grant révérence et honneur lui firent, et le firent seoir ou siège royal. Et après commencèrent les advocats à plaider les causes en la présence des parties, ainsi qu'il est de coustume. Entre lesquelles en y avoit une d'un chevalier de Languedoch contre ung escuier, nommé Guillaume Sor-

1 . « O que Dieu tout puissant est niisericors » [Suppl. fr. 93).

2. Boulogne-sur-Mer est divisée en ville haute et ville basse.

guet*, et estoit pour avoir l'office de la séneschaulcie de Beaucaire, ouquel ung chascun se disoit avoir droit par le don du Roy, mais ledit chevalier mectoit en ses défenses que nul ne pouvoit tenir ledit office ne ne devoit, se premier n'estoit chevalier. Et adonques l'Empereur, oiant le différent des parties, demanda à icellui escuier, en latin , s'il vouloit estre chevalier. Lequel respondi que oyl. Et lors ledit Empereur demanda une espée, laquelle lui fut baillée, et en fist là prestement ledit escuier chevalier, ouquel ledit office fut adjugé par lesdiz seigneurs de parlement. Néantmoins , quand le Roy et son conseil furent advertis de ceste besongne , ne furent point bien contens desdiz seigneurs de parlement pour ce qu'ilz lui avoient ainsi souffert. Car il sembloit que ceste besongne se feist comme par auctorité et haulteur, de le pouvoir faire ou royaume de France, ce que pour nulle raison on ne lui eust souffert. Toutesfoiz la chose se passa soubz dissimulation , et n'en fut aucunement monstre nul semblant au dessusdit Empereur \

1 . Le chevalier se nommait Gui Peslel et l'écuyer Guillaume Seignet. Voy. la note ci-contre.

2. Pour donner ici, en passant, une nouvelle preuve de l'exactitude habituelle de Monslrelet , nous tirons du recueil de pièces que nous avons formé pour notre édition , le passage suivant de l'un des registres du parlement de cette époque. « Et ce jour (le lundi 16 mars 1415) pour ce que monseigneur Sigismond, empereur ou roy des Romains , et roy de Honguerie , qui estoit venu oir les plaidoieries et veoir la court à oir proposer contre ledit Seignet par le conseil de Pestel que icellui Seignet n'estoit pas chevalier et ledit Pestel l'esloit, a, présens tous, lui assiz dessus les présidens et au plus hault, appelle ledit Seignet, en disant que

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