CHAPITRE GLVI
Comment une grande taille fut mise sus par les gouverneurs du roy, dont les Parisiens furent malcontents ; et autres besongnes qui sourdirent à ceste cause.
En ce temps, après le département dudit empereur, fut mise sus une grande taille par tout le royaume de France, de ceuix qui gouvernoient le Roy, c'estassavoir la Royne, le roy de Cécile , le duc de Berry et aucuns autres. Pour laquelle le peuple , et par espécial ceulx de Paris qui estoient favorables au duc de Bourgongne, furent fort troublez contre les seigneiu^s. Car avecques ce, ledit duc de Bourgongne avoit en icelle ville plusieurs de son alliance qui chascun jour machinoient et traictoient secrètement qu'il peust revenir devers le Roy et avoir le gouvernement du royaume. Et afin d'acoroplir leur intencion, lui a voient fait savoir qu'il envoiast couvertement aucuns de ses gentilz hommes dedens Paris, bien instruis et de grant prudence, ausquelz ilz se peussent ralier et avoir conseil se besoing leur estoit. Laquelle requeste le duc de Bourgongne acompli, et y envoia messire Jennet de Poix, Jaques de Fosseux , le seigneur de Saint-Léger, Buret
à lui appartenoit bien de faire chevaliers; et print d'un de ses gens son espée et, ledit Seignet miz à genoulx près du gréphier , frappa m grans couz ledit roy sur ledit Seignet , puiz fit deschaucer l'un de ses espérons dorez et l'y fit chaucer par l'un de ses gens, et s'y ceindre une ceinture où estoit pendu un cousteau long, pour espée. Car aussi avoit-il paravant requis de l'avancement de la cause dudit Seignet. »
d'Aufery* et aucuns autres. Lesquelz portèrent plusieur lectres de crëdence signées de la main dudit duc, adréçant à ceulx qu'il savoit qui tenoient son parti. Et en conclusion , ou contempt et soubz la couleur et hayne de la taille dessusdicte, iceulx Parisiens conclurent et jurèrent conspiracion entre eulx. Et avoient entencion que le jour du grand vendredi^, après disner, tous ensemble prendroient ceulx qui estoient à eulx contraires, et premièrement le Prévost de Paris, et s'il n'estoit à eulx consentant comme juge, ilz l'occiroient. Et sans mercy prendroient le Roy et le mectroient en chartre. Après ilz mectroient à mort la Roy ne , le chancelier de France et autres sans nombre, avecques la royne de Cécile. En oultre ilz vestiroient de vielz et honteux habitz le roy de Cécile et le duc de Berry, et leur feroient rère leurs testes et mener par la ville de Paris sur deulx ors tumbereaulx , et après ce les feroient mourir. Toutefoiz ce fut atargé à faire à ce jour, par aucuns d'iceulx, disans que plusieurs adonc pourroient eschaper estans en leurs dévocions par dehors et dedens Paris^ et plusieurs seroient es coléges ce jour pour cause de confession , et autres seroient en pèlerinages, et aussi à ce jour on ne les pourroit pas trouver en leurs maisons , mais mieulx vauldroit ce faire le jour de Pasques, après disner. Lesquelz tous ensemble promirent à ce faire le jour de Pasques, sans faulte^ Mais ce fut révélé par une femme à Michault Lalier, lequel le fist savoir à Bureau de Dampmartin, son très-cher ami, par lectres, lui conseillant qu'il s'en