‹ La chronique (volume 2)Chapitre 108 sur 205 · Tout ce qui suit se rapporte à l'année · texte numérisé non relu

Tout ce qui suit se rapporte à l'année

alast bien tost hors de Paris, ce qu'il fist. Et celui Bureau le fist savoir au chancelier, ainsi qu'il devoit aler disner. Lequel prestement s'en fouy au Louvre et fist dire aux seigneurs du sang royal et aux autres qu'ilz se saulvassent et affuissent audit Louvre. Laquelle chose ilz firent prestement, excepté le Prévost de Paris qui se arma et les siens, jusques au nombre de cinquante hommes d'armes , et saisi soudainement les haies, et print en son chemin aucuns des consentans qui encore n'estoient point armez, en leurs maisons, et les bouta en Chastellet. Lors furent moult esbahis lesdiz conspirateurs, et toute leur entencion fut corrompue et frustrée. Toutesfoiz ledit Prévost, garny de grant nombre de gens d'armes, assailli tantost plusieurs maisons, èsquelles il trouva plusieurs hommes d'armes , tous embastonnez et mucez pour acomplir ladicte occision. Entre lesquelz fut prins sire Amaulry d'Orgemont , l'archidiacre d'Amiens , doien de Tours et chanoine de Paris , l'un des présidens en la chambre des comptes et maistre des requestes, Robert de Bellay, très riche drapier, le sire de l'ostel de l'Ours à la porte Baudet, et plusieurs autres notables hommes.

Laquelle chose fut par ledit chancelier manifestée parlectres au connestable et au mareschal de France, estans en la frontière de Harfleu. Lequel connestable, sans délay envoya Raymonnet de la Guerre acompaigné de huit cens hommes d'armes, aux seigneurs à Paris, et traicta trêves ung moys avecques les Anglois de Harfleur, depuis le cinquiesme jour de may jusques au second jour de juing. Et le samedi second jour de may, furent amenez des neuves haies les dessusdiz

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prisonniers, où ilz eurent les testes tranchées comme traistres. Mais ledit Amaulry d'Orgemont, comme homme d'église, par l'ordonnance du grant conseil du Roy fut rendu par le Prévost de Paris au doien et chapitre de Nostre-Dame de Paris, à faire son procès et sacondempnacion. Lesquelz prestement firent sondit procès, en condempnant icellui au pain et àl'eaue

en chartre.

, Après les trêves faictes, ledit connestable vint a Paris acompaigné de trois cens hommes d'armes, et adonc, lui acompaigné de hommes d'armes sans nombre et le Prévost de Paris avecques lui , prindrent toutes les chaynes de fer aval Paris et les firent toutes porter en la bastille Saint-Anlhoine , et pareillement ostèrent à ceulx de ladicte ville leurs armeures*.

Adonc vint à Paris messire Loys Bourdon, acompaigné de deux cens hommes d'armes, et après vindrent Clugnet de Brabant et le seigneur de Bosqueaulx, gouverneur de Valois, en grant arroy. Si furent lors ceux qui furent favorables au duc de Bourgongne, en grant perplexité en icelle ville de Paris, et parespécial ceulx qu'on trouva coupables de la dessusdicte conspiracion furent punis sans miséricorde, et en y eut plusieurs décolez publiquement et les autres noiez en la rivière de Seine. Toutesfoiz les nobles que le duc de Bourgongne y avoit envoiez couvertement , s'en retournèrent secrètement au mieulx qu'ilz porent, et ne furent ne prins ne arrestez. Et après les besongnes dessusdictes, gens d'armes se commencèrent à mectre

>^^>' Ceci se passait le 8 mai 4 4i 6 , comme on le verra dans nos pièces justificatives. -

SUS en France de toutes pars , c'estassavoir de par le roy de France et ceulx qui de par lui avoient le gouvernement du royaume. Et pareillement en fist et souffrit faire aux siens le duc de Bourgongne. Et par ainsi le povre peuple, pour le temps d'adonc, en diverses parties du royaume fut moult mengié et oppressé , et en y avoit moult peu qui le défendeissent, et ne sçavoient que faire , et n'avoient autre secours , fors de prier à Dieu mercy, requérans que de sa grâce y voulsist pourveoir de remède ^

1 . Ici le ms. Suppl. fr. 93 offre une variante importante. Il finit le chapitre par ces mots : a Et n'avoient aultre recours , sinon de crier misérablement à Dieu leur créateur vengance pour les maulx et grieftez que on leur faisoit souffrir » (fol. 246, col. A).

tu CHRONIQUE [1416]

DE L'AN MCCCCXVI.

[Du 19 avril 1416 au 11 avril 1417.]

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