‹ La chronique (volume 2)Chapitre 109 sur 205 · CHAPITRE CLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVII

Gomment l'empereur d'Alemaigne, dont dessus est faicte mencion, ala à Londres, et le frère du roy de Cipre vint à Paris, La mort du duc de Berry. Et plusieurs ambaxades qui se firent d'entre France et Angleterre. . , .

A.U commencement de cest an 'l'empereur et roy d'Alemaigne arriva à Londres \ Au devant duquel ala le roy d'Angleterre, ses frères et autres princes, acompaignez de grant nombre de nobles hommes et aussi grant multitude de gens d'église , bourgois et populaires. Et lui fut par ledit roy et ses princes faicte grande révérence et grant honneur. Et tost après y ala le duc Guillaume, conte de Haynau, à tout six cens chevaulcheurs , pour traicter de la paix de France et d'Angleterre. Et lors alèrent devers icellui roy ambaxadeurs de divers pays, entre lesquelz en y ala cent de par le duc de Bourgongne '.

1. Walsingham dit que l'empereur Sigismond arriva à Londres le 7 mai. {Elst. hrevis^ p. 441.)

2. Cette ambassade si nombreuse du duc de Bourgogne à l'empereur Sigismond est à remarquer. Elle précise le moment où l'empereur changea brusquement de politique envers la France. La chronique manuscrite que nous avons déjà souvent citée, nous donne à ce sujet quelques détails que nous reproduisons : « Et est vray que quant le roy des Rommains parti d'Alemaingne pour aller en France et en Engleterre, il estoit et avoit tousjours esté

En ces jours vint à Paris devers le roy de France le conte de Trois Citez, frère au roy de Cipre. A rencontre duquel alèrent le connestable, Charles, filz du duc de Bourbon, le prévost de Paris et plusieurs autres, par lesquelz fut amené devers le Roy et la royne, qui le receurent joyeusement et honnorablement.

Et le vi^ jour du mois de may ensuivant, à Amiens, par la vertu d'un mandement royal furent bannis du royaume de France messire Jennet de Poix, Jaques de Fosseux, le seigneur de Saint-Liger, Binet d'Aufleu, Hue de Sailli, messire Phelippe de Morviller, Guillaume Sanguin et aucuns autres des gens du duc de Bourgongne; et fut pour le souspeçon d'estre coulpables de la conspiracion faicle à Paris contre les royaulx, dont dessus est faicte mencion.

Esquelz jours aussi, Jehan, duc de Berry, moult ancien et plein de ses jours, s'acoucha malade à Paris en son hoslel de Neelle, et fut grandement visité de par le roy, son nepveu, qui lors estoit assez en santé, et par les autres seigneurs du sang royal. Mais toutesfoiz il trespassa de ce siècle, le xiii* jour du mois de juing *, sans délaisser hoir masle de sa char, par quoy

tenant le party contraire du duc de Bourgongne par le moien du duc Loys de Bavière , frère de la roynne de France , des cardinaulx de Cambray et de Saint-March, maistre Jehan Gerson et autres commis ambaxadeurs du roy de France par le moien des gouverneurs du royaume, mais quant ledit roy des Rommains retourna en sondit pais il estoit tous tournez de la partie du duc de Bourgongne par ce qu'il avoit veu et oy en sondit voiage. » (Bibl. imp., ms. coté Cord. 16, fol. 356^°.) Conf. ce que dit Monstrelet lui-même, plus bas, p. 147.

1 . Juvénal des Ursins et le religieux de Saint - Denis disent le 15. La chronique Cord. 16 a ici un mot instructif. « En cel an m 10

la duchié de Berry et la conté de Poictou retournèrent au domaine du Roy, lequel les donna à Jehan duc de Touraine son ainsné filz, et filleul dudit défunct. Et fut son cuer enterré à Saint-Denis, et ses entrailles dedens l'église Saint-Pierre des Degrez, et son corps fut porté à Bourges en Berry et enterré en l'église cathédrale. Ce duc de Berry avoit eu deux filles de sa femme ^, dont l'ainsnée estoit la contesse d'Armignac, mère de Amé, conte de Savoie^, et la seconde estoit duchesse de Bourbon ^ Et est vérité que ledit duc de Berry donna à Jehan duc de Bourgongne, son nepveu et filleul, le conté d'Estampes par certaines condicions. Et après la mort du roy de France, donna à Charles son mainsné filz, la capitainerie de Paris soubz le gouvernement du roy Loys son beau-père, et avec ce lui donna, le Roy, la duchié de Touraine.

En oultre, les ambaxadeurs du roy de France qui estoient alez avec le roy d'Alemaigne en Angleterre , c'estassavoir l'arcevesque de Reims et le seigneur de

moru le duc de Berry en la ville de Paris et fu menez et enterrez en la ville de Bourges. Et par ainsi demoura le conte d'Armignac, gouverneur du royaume de France. » (Bibl. imp., ms. Cord. 16, fol. 337^°.)

1. Sans compter ses deux fils, Charles et Jean de Berri, qui furent tous deux comtes de Montpensier et moururent sans enfants,

2. Bonne de Berri avait épousé, en 1376, Amédée VII, comte de Savoie, dont elle eut Amédée VIII, qui le premier porta le titre de duc de Savoie. Elle se remaria à Bernard, comte d'Armagnac, connétable de France.

3. Marie de Berri, mariée 1° à Louis de Chatillon, dit de Blois, comte de Dunois ; 2° à Philippe d'Artois, comte d'Eu ; 3° à Jean I", duc de Bourbon.

Gaucourt et aucuns autres, retournèrent en France devers le Roy. Et à l'instance dudit roy d'Alemaigne, vindrent à Calais les ambaxadeurs du roy d'Â.ngleterre, c'estassavoir l'évesque de Norwège * et Thomas Erpinguen, chevalier de grant renom, et le grant-maistre d'ostel du Roy, acompaignez de soixante-dix chevaulcheurs, lesquelz par sauf-conduit du roy de France alèrent de Calais, par Monstereuil et par Abbeville, à Beauvais. Duquel lieu ilz furent honnorablement receuz par les gens du Roy qui, de Paris estoient là envolez devers eulx pour traicter trêves ung certain temps entre les deux roys de France et d'Angleterre, et aussi des raençons des prisonniers que tenoient lesdiz Anglois. Mais riens ne porent accorder, pour tant que le connestable de France avoit fait mectre le siège devant Harfleur, par mer, lequel il ne vouloit point faire départir; et pour ce s'en retournèrent lesdiz Anglois en Angleterre sans riens besongner. Mais tost après furent envolez de par ledit roy d'Angleterre autres ambaxadeurs devers lesdiz Jehan et Phelippe de Bourgogne, à Lisle, c'estassavoir le conte de Varvich et aucuns autres, lesquelz traictèrent tant devers icellui duc qu'ilz eurent trêves l'un avecques l'autre depuis la nuit Saint Jehan-Baptiste de l'an mil quatre cens et seize jusques à la Saint-Michel mil quatre cens et dixsept, tant seulement pour les contez de Flandres et d'Artois et les enclavements. Si furent tantost publiées de par ledit duc de Bourgongne es lieux acoustumez. Dont moult de gens furent moult esmerveillez pour icelles trêves faictes ainsi particulières.

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