‹ La chronique (volume 2)Chapitre 117 sur 205 · CHAPITRE CLXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXIII

Comment le duc Guillaume de Haynnau mena son beau-filz le Daulphin jusques à Compiengne, en entencion de le mener à Paris et le rendre au roy son père. Lequel Daulphin trespassa audit lieu de Compiengne,

Le xnf jour d^ novembre le duc Guillaume remena son beau-filz monseigneur le Daulphin en son chastel au Quesnoy. Auquel lieu furent envoiez plusieurs ambaxadeurs de divers Estatz de par le Roy et la Royne,

afin que icelltd Daulphin alast à Paris devers le Roy son père. Toutes voies il demoura audit lieu du Quesnoy jusques après la Nativité Jhésucrist. Et après, icellui duc Guillaume mena icellui Daulphin à Saint-Quentin en Vermandois, où ilz actendirent la Roy ne jusques après les Roys. Et pour tant qu'elle ne voult point alér en ladicte ville de Saint-Quentin, le Daulphin fut mené par ledit duc Guillaume en la ville de Compiengne, et là se loga en l'ostel du roy son père. Ouquel lieu, tantost après, la dame de Haynnau amena sa fille la Daulphine, à grant compaignie. Et après ce, la Royne, à grant estât, vint de Paris à Senlis, acompaignée du duc de Touraine son filz , et du duc de Bretaigne son beau-filz, avecques le grant conseil du Roy. Esquelz jours vint le jeune duc d'Alençon et aucuns autres seigneurs avec lui , acompaignez , et vindrent à Compiengne devers le Daulphin, auquel ilz firent très grant honneur. Et adonc les seigneurs commencèrent à traicter, en envolant ambaxadeurs de Compiengne à Senlis. Et lors la dame de Holande mena la Daulphine sa fille, à Senlis, vers la Royne, et après qu'elles eurent esté l'une avecques l'autre en grant léesse, elles retournèrent en ladicte ville de Compiengne. Et la Royne et sa compaignie retournèrent à Paris, et là actendirent le duc Guillaume et le conseil du Daulphin, avec lesquelz alèrent les ambaxadeurs du duc de Bourgongne. Et est vérité que en ces jours ledit Daulphin envoia ses lectres aux bailliz d'Amiens et de Vermendois et autres lieux, scellées de son grant seel, contenans qu'ilz feissent publier que tous gens de guerre cessassent de leurs rapines et se retrayssent, sur peine de confiscacion de corps et de biens. Lesquelles lectres

proufitèrent peu au peuple, car pour tant ne laissèrent point iceulx gens d'armes à tenir les champs.

Et le mardi pénultime jour de mars , le duc Guillaume, conte de Haynnau, estant à Paris, dist en pleine audience du conseil du Roy, qu'il mectroit ensemble le Daulpbin et le duc de Bourgongne dedens Paris, ou il remenoit icellui Daulpliin en son pays de Haynnau, se autrement n'y estoit pourveu par le Roy et son conseil, à la réparacion et paix du royaume. Par quoy fu conclud par le conseil du Roy, que le dessusdit duc Guillaume seroit arresté, jusques à ce qu'il auroit mis le Daulphin en Paris et rendu au Roy son père. Laquelle chose fut secrètement noncée au duc Guillaume par ung sien amy. Kt pour ce, lendemain très matin, il feigny soy aler à Saint-Mor des Fossez en pèlerinage et retourner à Paris, mais il s'en ala hastivement, lui troisième, à Compiengne où estoit le Daulphin, son beau-filz, lequel il trouva fort malade. De laquelle maladie il trespassa le jour de Pasques fleuryes *. Et avoit une apostume près de l'oreille, laquelle se creva dedens son corps et l'estrangla. Et après sa mort fut mis en ung sarcus de plomb et fut enterré à Saint-Cornille, présent le duc Guillaume, sa femme, et sa fille la Daulphine. Pour l'âme duquel ilz donnèrent pour Dieu très grant somme de pécune. Et après retournèrent en Haynnau à très grant tristesse.

Et alors fut très grande renommée que ledit Daulphin avoit esté empoisonné par aucuns de ceulx qui adonc gouvernoient le Roy, pour tant'que icellui estoit fort alyé au duc de Bourgongne; comme son frère précédent.

i. Le 4 avril 1417.

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