Cf. le Religieux de Saint-Denis, t. VI, p
En après, aucuns peu de jours ensuivans, par l'ordonnance du Roy , du Daulphin et des gouverneurs du royaume , la Royne dessusdicte , acompagnée de sa belle-seur duchesse en Bavière fui envolée à Blois et depuis à Tours en Touraine , pour là demourer en simple estât. Et lui furent baillez pour la conduire et gouverner, maistre Guillaume Torel, maistre Jehan Picart et maistre Laurens du Puis , sans le consentement desquelz elle n'osoit nulle chose besongner ne entreprendre, non pas escripre unes lectres à quelque personne que ce feust. Et là vesqui grant espace de temps en grant desplaisance , de jour en jour actendantde encorespis avoir. Et avec ce, très-grant finance qu'elle avoit à Paris en plusieurs lieux lui furent ostez par son filz le Daulphin et ceulx qui le gouvernoient. Lesquelz trois gouverneurs dessusdiz on y avoit mis tout à propos afin qu'elle ne peust riens conduire ne traicter ou préjudice de ceulx qui gouvernoient le Roy et sondit filz le Daulphin.
GHiPITRE GLXIX.
Comment m^ssire Raoul de Gaucourt fut mis à mort lui estant bailli de Rouen , par £(ucuns de la communaulté dudit lieu ; et ce qui en advint'.
En ces propres jours, par l'exortacion d'aucuns qui estoient favorables et amoient le parti du duc de Bourgogne, se mirent sus par manière de rébellion aucuns meschans gens de petit estât en la ville de Rouen, des-
1 . Cf. le chap. du Rel. de Saint-Denis : De morte baillivi Rothomagensis (t. VI, p. 93).
quelz estoit le principal ung nommé Alain Blanchart, qui depuis ftit capitaine d'icelle ville et communaulté. Et de fait , alèrent en la maison du bailli royal de ladicte ville de Rouen , nommé messire Raoul de Gaucourt, chevalier, et tous armez et embastonnez hurlèrent lourdement à son huis, disans à ceulx de dedens : nous voulons céans entrer et parler à monseigneur le bailli pour lui présenter ung traistre que nous avons maintenant prins en la ville. Et povoit estre adonc Feure de dix heures de nuit. Ausquelz fut respondu par les serviteurs dudit bailli, qu'ilz meissent leur prisonnier seurement jusques au lendemain. INéantmoins par leur importunité, tant par force comme autrement, ouverture leur fut faicte. Et tantost ledit bailli se leva, et affublé d'un grant mantel, vint parler à eulx. Et lors, aucuns de leur compaignie qui avoienl les faces mucées * le occirent cruellement. Et après, eulx partans de là s'en alèrent à la maison de son lieutenant , nommé Jehan Léger, et le mirent aussi à mort, et puis de là alèrent en autres lieux, tant qu'ilz en tuèrent jusques à dix. Mais aucuns des autres officiers, comme le viconte et le receveur, de ce advertis s'en fuirent au chastel, où ilz furent receuz par messire Jaques de Bourbon qui en estoit capitaine. Et lendemain au matin s'assemblèrent ceulx du commun en très grant nombre et alèrent en armes devant ledit chastel, en entencion d'entrer dedens, lequel leur fut bien défendu par ledit capitaine, qui avoit avecques lui cent souldoiers de par le Roy pour garder icellui chastel. Et en la fin après plusieurs paroles fut traicté à eulx que