‹ La chronique (volume 2)Chapitre 125 sur 205 · III · texte numérisé non relu

III

oudit chastel entreroient seize hommes des plus notables de ladicte ville pour parler audit capitaine sur aucuns affaires qui moult leur touchoient. Lesquelz, après ce qu'ilz y furent entrez, se excusèrent moult fort de la mort dudit bailli et des autres, et aussi toute la commun aulté de la ville, disans que moult seroient joieux se les malfaicteurs estoîent congneuz et punis. Car pour ledit homicide craignoient moult le Roy et le Daulphin son filz, et pour ce lui requ croient qu'il leur baillast ledit chastel à garder. Laquelle requeste leur fu refusée. Secondement, requirent que la porte du chastel vers les champs feust condempnée, et ce pareillement leur fut refusé. Tiercement , dirent que se le Roy et le Daulphin, avecques leur puissance, vouloient entrer en leur ville, ilz lui refuseroient l'entrée. Et après lui prièrent humblement qu'il voulsist escuser eulx et le commun devers le Roy et le Daulphin, son filz. Ausquelz le capitaine respondi qu'il les excuseroit en temps et en lieu, et puis leur conseilla qu'ilz feissent ouverture au Roy et au Dauphin s'ilz y venoient. Après lesquelles parolles les dessusdiz bourgois de Rouen entrèrent en leur ville, et dedens dix jours ensuivans, ce qu'ilz doubtoient leur advint. Car le filz du Roy, partant de Paris, à tout deux mille combatans, ala au Pont-de-l' Arche, duquel lieu il envoya Tarcevesque de Rouen pour les exhorter à obéir audit Daulphin. Et quant il fut venu à la porte, il trouva là aucuns des chanoines de l'église, en armes avec les bourgois, auxquelz il exposa le mandement dudit Daulphin. Et ilz respondirent qu'ilz avoient tous ensemble conclud qu'en la ville de Rouen point n'entreroit à tout sa puissance, mais s'il y vouloit entrer à

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petite compaignie et payer ses despens, ilz estoient contens, et non autrement. Et lors ledit arcevesque retourna pardevers le Daulphin quant il vit qu'il ne povoit riens besongner. Si lui exposa ce qu'il avoit veu et oy. Et après, le Daulphin manda Pierre de Bourbon, et puis s'en ala loger à Saincte-Katherine du Mont de Rouen. En la fin dist audit de Bourbon : « Beau cousin, alez en nostre chastel, et par la porte des champs recevez deux cens hommes d'armes et autant d'archers que nous vous envolerons. » Laquelle chose fut ainsi faicte. Pour quoy ceulx de la ville furent remplis de grant fureur. Toutefoiz dedens trois jours ensuivaus icellui Daulphin par traictié entra à Rouen, à tout sa puissance, et ala à cheval jusques à la grande église faire son oraison , et fut logié oudit chastel. Et huit jours après ce qu'il eut traictié avecques ceulx de Rouen, en les confermant en obéissance et en leur pardonnant tous leurs forfais, excepté les occisions dessusdictes, il se parti, à toutes ses gens palans leurs despens, et retourna à Paris , où il ordonna nouveau bailli de Rouen le seigneur de Gamaches , en lui commandant qu'il prenist vengence de tous les homicides trouvez coulpables par bonne informacion de la mort de son prédécesseur. Et ainsi fut fait d'aucuns. Mais ledit Alain Blanchart se absenta certaine espace de temps et depuis retourna en ladicte ville de Rouen, où il eut grant auctorité et grant gouvernement, comme cy-après sera déclairé.

*^ié CHRONIQUE [1417]

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