CHAPITRE GLXXVIII
Comment le dessusdit duc de Bourgongne envoya son hérault à Paris devers le Roy et la response qu'il eut. Et du siège de Montlehery. Et des lectres que icellui duc envoya es bonnes villes du royaume.
Item, durant le temps que le duc de Bourgongne esloit logié à l'Arbre sec sur le mont de Chastillon devant la ville de Paris, il envoia ung sien hérault nommé Palis, qui depuis fut roy-d' armes de Flandres, à tous ses lectres closes, devers le Roy et le Daulphin dedens Paris. Mais quant il vint devant la porte il fut mené devant le conte d'Armaignac, connestable, et le conseil du Roy, lesquelz le firent parler audit Daul-
phiu, qui par iceulx esloit instruit de la response qu'il devoit faire à icellui hérault. Lequel lui bailla ses lectres pour ce qu'il ne povoit parler au Roy, et lui dist en brief la charge qu'il avoit de [)ar son seigneur le duc. Auquel respondi le dessusdit Daulphin : « Hérault ! contre la voulenté de monseigneur le Roy et de nous, ton seigneur de Bourgongne jà pieçà a dégasté son royaume en plusieurs lieux ; en continuant jusques à maintenant de mal en pis, il monstre mal qu'il soit mon bien vueillant, comme il nous escript. Et si veult que monseigneur et nous le tenions pour nostre parent, loial vassal et subject, il voise combatre et débouter le roy d'Angleterre, ancien ennemy de ce royaume, et après retourne devers monseigneur le Roy, et il sera receu. Et ne die plus que monseigneur le Roy et nous, soions à Paris en servage de nulle personne. Car nous sommes tous deux en nostre pleine liberté et franchise. Et gardes que tu lui dies ce que nous lui disons publiquement devant ses gens. » Âpres lesquelles paroles ledit hérault s'en retourna devers son seigneur le duc de Bourgongne, et lui racompta les paroles que lui avoit dit le Daulphin. Lequel duc ne fist pas grant semblant de courroux, considérant que c'estoit par la séduction de ceulx qui gouvernoient le Roy.
En après, ledit duc de Bourgongne, voiant qu'il n'entreroit point dedens Paris et que ceulx à lui favorables ne povoient achever ce qu'ilz avoient mandé , se desloga et se parti de l'Arbre sec et s'en ala, à tout son ost , mectre le siège devant le chastel de Montlehéry, ouquel lieu il fist drécer ses gros engins pour icellui confondre et abatre, mais les asségez sachans la puis-
sance du duc de Bourgongne, pensans qu'ilz ne avoient nul secours, firent traictié avecqiies ledit duc, par ainsi qu'ilz se partiroient et rendroient ladicte place dedens huit jours ensuivans ou cas que le Roy ou son connestable ne les secourroit. Lequel traitié ilz firent savoir audit connestable. Mais ce riens n'y valu, car ilz n'eurent point de secours. Pour quoy ilz livrèrent la place au duc de Bourgongne, comme promis l'avoient. Et pareillement se rendi en l'obéissance dudit duc le chastel de Marcoussis , Dourdan, Paloiseau et aucunes autres places et fortresses du pays à l'environ. Et aussi, durant le siège de Montlebéry, fut envoyé par ledit duc de Bourgongne aucuns de ses gens devant le chastel d'Oursay *, lesquelz se logèrent en la ville et devant ledit chastel, auquel lieu ilz afustèrent aucuns canons pour icellui abatre et subjuguer. Et tandis que ces choses se faisoient, les gens du connestable, en grant nombre, vindrent vers le point du jour au logis d'iceulx, desquelz ilz prindrent et occirent une grant partie , et les autres s'en afuirent au logis du duc de Bourgongne, très fort crians A l'arme ! et disans que les ennemis venoient sur eulx à grant puissance. Pour quoy icellui duc hastivement se tira aux pleins champs et fist mectre ses gens en bataille , prestz comme se ilz eussent veuz leurs ennemis. Où estoient les chefz, ceulx qui estoient devant ladicte fortresse, le seigneur de Saluste et le seigneur de Toulonjon, et aucuns autres du pays de Bourgongne. A laquelle escarmouche fut prins messire Geoffroy de V'illiers, chevalier de Rethelois, et autres jusques à