‹ La chronique (volume 2)Chapitre 141 sur 205 · Auneau, en Beauce (Eure-et-Loir · texte numérisé non relu

Auneau, en Beauce (Eure-et-Loir

[1417] D'ENGUERKAN DE MONSTRELET. 221

rience vous avez bien sceu le très mauvais gouvernement qui de long temps a esté en ce royaume, tant envers la personne de monseigneur le Roy et sa domination, comme en la chose publique, par ce que ceulx qui ont prins le gouvernement de mondit seigneur et de son royaume n'ont eu égard à l'onneur appartenant a la majesté royale, mais icelle du tout en tout ont mis en oubli, tellement que mondit seigneur est mis à néant de tout son estât et de toutes ses richesses, pour lesquelles choses il doit estre renommé devant tous les roys chrétiens , et sondit royaume qui souloit estre renommé au regard de toutes dominacions et a esté jusques à cy maintenu et gardé soigneusement en justice vers le petit comme le grant, vers le potre comme le riche , les dessusdiz gouverneurs l'ont gouverné à leur plaisir, tellement qu'il ne leur a chalu, ne encores fait, que d'estre riches et demourer en leurs estas et offices, tellement que leur ambicion et convoitise de la perdicion de la dominacion que mondit seigneur a perdu et perd chascun jour, de la perdicion des nobles et de la destruction des vaillans hommes destruis par les anciens ennemis de ce royaume, et avecques ce les grans finances levées sans nombre par iceulx gouverneurs en ce royaume , dont tous les bons subgetz de mondit seigneur, le clergié , les nobles, bourgois et le commun peuple de ce royaume sont à peu près tous désers et destruis. Et pour obvier aux choses dessusdictes , pour le bien de mondit seigneur et de tout son royaume, nous avons mis en armes avec toute nostre puissance , comme il est assez notoire à vous. Et jà soit ce que par plusieurs foiz nous aions fait savoir , sommer et requerre lesdiz

gouverneurs que à ce ilz advisassent, afin que lesdiz inconvéniens cessassent ou autrement nous y pourvoierions au bien de mondil seigneur et à ce que Testât de sa personne feust convenablement maintenu, son royaume bien gouverné et sa dominacion recouvrée. Et encores de rechef, nous estans près de Paris, avons envoie par ung de noz héraulx à mondit seigneur noz lectres closes, par lesquelles nous lui déclarions les causes autre fois déclairées, en lui suppliant que nous peussions approucher à sa personne, et en lui offrant service de corps et de biens comme à nostre souverain seigneur. Lesquelz gouverneurs ne volrent point souffrir lesdictes lectres estre baillées à mondit seigneur, et les nous renvoièrent et dirent à nostre hérault que plus ne retournast. Et s'esforcèrent, les dessusdiz gouverneurs, de continuer en leur mauvais gouvernement pour tousjours plus destruire les povres subjectz de mondit seigneur, contre lesquelz pieçà ilz ont conceu bayne mortelle , pour ce qu'ilz scèvent bien qu'il leur desplait des mauvais gouvernemens et destructions par eulx advenues et qui adviennent chascun jour en ce royaume. Et pour ce, nostre entencion est de persévérer, quelque chose qui nous puist advenir, afin que puissions faire cesser lesdiz inconvéniens, et que marchandise puist avoir son cours, et le royaume soit gouverné en justice, en tant que pourrons. Et ce avons ferme en nostre propos et entencion, pour acquitter nostre loyaulté. Mesmement qu'il est déclairé par le saint collège rommain, que à nous appartient avoir recours aux besongnes de ce royaume et avoir le gouvernement d'icellui, veu l'empescheraent de mondit seigneur t\t le jeune aage de mon très

redoublé seigneur monseigneur le Daulphin, et non au conte d'Armaignac ne à ceulx qui se dient estre du conseil de mondit seigneur, pour les causes contenues en une cédule à nous apportée et baillée par ung notable docteur, ambaxadeur du saint colege, de laquelle vous envoie la copie enclose en ces présentes. Si vous sommons par mondit seigneur, et par nous vous prions et requérons, que sur les choses dessusdictes et autres, aiez advis, dont avons à parler à vous et à prendre conclusion telle qu'elle soit honnorable et prouffîtable pour mondit seigneur et conservacion de sa dominacion, et à ce que tous lesdiz subgetz de mondit seigneur puissent vivre en paix et en justice, et que nostre propos et le vostre puisse venir à la fin que désirons, que le vingtième jour du mois d'octobre prouchain venant, en quelque lieu que nous soions, vous envolez deux notables personnes, du moins , à nous , auxquelz puissions avoir conseil, et qu'ilz aient puissance de traicter et concorder par les prélatz et chapitres, des choses dessusdictes , les circonstances et dépendances d^icelles, tant que pour vous et vostre nom sera traicté, passé et accordé par les bonnes villes que nous avons mandées, et gardez qu'en ce n'ait défaulte, tant comme vous aymez le bien de mondit seigneur, de nous et de tout le royaume. Et se voulez chose que nous puissions, mandez le nous et voulentiers le ferons. Escript en nostre ost, à Montlehéry, le viu* jour d'octobre. »

S'ensuit la teneur de la cédule enclose. « Je Henry Nevelin, docteur en décret, ambaxadeur du sainct collège des cardinaulx de Romme, envoyé

par iceulx à très hault et puissant prince monseigneur le duc de Bourgongne , ay présenté de par ledit saint concile lectres scellées de trois seaulx, c'estassavoir du doien des évesques, du doien des prestres et du doien des dyaques ' (^sic) cardinaulx, lesquelles lectres contenoient créance sur moy, laquelle créance j'ay exposée à mondit seigneur de Bourgongne, en lui offrant de par ledit saint collège la parole du saint prophète David : Domine refugium factus es nobis. C'est-à-dire : « Sire, en ce temps du déluge nous venons à toy à refuge. » Et après la déduction dudit theume, en comparant ledit saint colege audit roy David pour plusieurs causes, je exposay à mondit seigneur de Bourgongne Testât du saint concile de Constance et les travaulx que les cardinaulx ont eu à poursuivir l'union de saincte Eglise. Après, lui dis que toute clirestienté estoit unie, excepté un g grain de blé en un g boissel , c'estassavoir le conte et ceulx de la conté d'Armignach, qui encores sont en l'obéissance de Pierre de La Lune, lequel est déclairé scismatique et hérétique, et ses adhérens et favorisans suspectz de scisme et de hérésie. Après lui deiz comment j'estoie envoie en France par ledit saint colege , non pas à lui comme au duc de Bourgongne seulement, mais comme à icellui qui représente le royaume de France et à qui en appartient le gouvernement, pour lui faire certaines prières et requestes ou nom du saint collège , et la cause pour quoy j'estoie envoie devers lui. Et ce que je n'estoie point envoie devers le Roy, monseigneur le Daulphin et le conte d'Armaignac ou le conseil du Roy, si estoit

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