‹ La chronique (volume 2)Chapitre 15 sur 205 · Ranimer, rallier · texte numérisé non relu

Ranimer, rallier

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biens des bourgois et habitans d'icelle , avec ce prindrent et robèrent tous les biens des églises et monastères , et mesraes prindrent la plus grant partie des sainctes reliques de plusieurs corps sains estans esdictes églises, lesquelles églises et corps sains ilz devestirent, et destachèrent de toutes les pierres, or, argent et perles qui estoient autour d'icelles avec plusieurs autres joyaulx et choses secrètes appartenans ausdictes églises. En oultre il n'est point chrestien qui n'eust pitié de veoir l'orrible et très misérable désola cion qui fu faicte en icelle ville , en violacion de femmes mariées, présens leurs maris, jeunes pucelles, présens pères et mères, nonnes sacrées, gentilz femmes et autres de tous estas dont il y avoit grant quantité en ladicte ville , lesquelles ou la plus grant partie furent violentement opprimées contre leur voulenté, prinses, ravies et violées de plusieurs et divers, nobles et autres, lesquelz sans en avoir pitié, après qu'ilz en avoient fait leur voulenté , les livroient à leurs serviteurs. Et n'est point de mémoire quonques de chrestiens fust fait si grant desroy en telles besongnes, attendu la haulte seigneurie qui là estoient assemblez, lesquelz n'y mirent nul remède. Et si y avoit plusieurs seigneurs et gentilz hommes qui avoient léans de leurs parentes tant séculières comme ecclésiastiques. Mais pour tant riens n'en cessa. En oultre, durant ledit assault y eut plusieurs de ladicte ville, voians la désolacion et prinse d'icelle, qui se cuidèrent saulver. Si saillirent par dessus les murailles, versl'eaue, contendans de nager et passer oultre pour saulver leurs vies, mais grant partie en furent noyez, comme depuis furent trouvez en divers lieux en la rivière.

Et en icelle tribulacion y eut aucunes femmes de honneur qui, à l'aide de leurs amis, furent conduictes jusques au logis du Roy et du duc d'Acquitaine, lesquelles furent gardées desdictes oppressions et ravissemens.

En après, pour ce principalement que au mectre le siège, messire Hector, bastard de Bourbon, qui estoit prudent chevalier et vaillant et moult renommé en armes autant que nul autre de la partie du Roy, avoit esté navré en parlementant à Enguerran de Bournonville , d'une flesche ou visaige , si angoisseusement qu'il en estoit mort, le duc de Bourbon son frère, qui moult l'amoit, avoit conceu si grant hayne contre ledit Enguerran et aucuns autres des asségez, qu'il procura et fist tant envers le Roy et ceulx de son grant conseil , que cellui Enguerran fut décapité, et fut sa teste fichée au bout d'une lance et son corps pendu par les aisselles. Pour la mort duquel, non obstant que alors il fust leur adversaire , plusieurs princes, grands seigneurs et capitaines ne furent point bien joieux , mais leur en despleut grandement et non point sans cause , car, par renommée c'estoit la fleur de tous les capitaines de France. Avecques lequel furent décapitez messire Pierre de Menau*, capitaine du commun d'icelle ville , maistre Ancel Bassiel , advocat, et quatre autres gentilz hommes , dont les testes furent fichées aux boutz de lances et les corps pendus au gibet en la manière acoustumée. Et maistre Jehan Titet, advocat, sage homme et moult renommé,

1 . Le Religieux de Saint-Denis et Juvénal des Ursins l'appellent Jean de Menon.

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à la voulonté duquel paravant ce jour toutes les besongnes de la ville de Soissons estoient conduictes et ordonnées, fut mené avecques aucuns autres en la cité de Laon, et là fut-il examiné, et après eut le colcoppé et son corps fut pendu au gibet comme les autres. En oultre en y eut cinquante et un menez ou Chastellet de Paris, desquelz les plusieurs furent décapitez, comme Giles du Plessis chevalier et aucuns autres. En après plusieurs, tant de la ville, archers anglois, comme de la garnison , furent tous pendus au gibet, dehors Soissons. Les autres qui avoient argent, se rachetèrent par finances, comme l'ancien seigneur de Menau, messire Colart de Fiennes, Lanion de Lannoy, Guiot le Boutiller et plusieurs autres gentilz hommes. Et en y eut grant quantité à qui ceulz qui les avoient prins donnèrent congié sur leur foy, promectant de renvoier leur finance à certain jour, afin que de la justice du Roy ne fussent prins et exécutez. En après aucuns jours ensuivans, le Roy fist rendre et restituer par la main d'aucuns pillars les os de plusieurs corps sains et reliques qui desjà estoient desvestues des pierres, or et argent où elles avoient esté enchâssées, et encores en tel estât convint plusieurs racheter grant quantité de monnoye, et furent remises es églises dont on les avoit ostées.

Ainsi et par ceste manière fut la noble cité de Soissons, grande de circuite, forte de lieu et de murs, murée de grosses tours et espesses, très plantureuse de tous biens , moult honorée et solemnellement de plusieurs églises et corps sains , désolée et mise à ruineuse destruccion, dont ce fut pitié et dommage. Toutesfoiz le Roy avant son département ordonna à réédifier

icelle, et y commist tous nouveaiilx officiers pour la garde et entretenement d'icelle. Lesquelz, après le département des gens de guerre, retrairent, selon ce que possible leur fu , les citoyens d'icelle*. A.usquelz fut baillé de par le Roy rémission générale , réservé à ceulx qui a voient esté principaulx consentans de mectre les Bourguignons dedens.

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