Montclimart en Dauphinc (Drômc
son endroit, qu'ilz assemblassent le plus de gens d'armes et de traict qu'ilz pourroient finer, à estre prestz au jour dessusdit. Auquel lieu ledit conte de Cbarrolois, avec son conseil, fut à Amiens au jour par lui ordonné , et vindrent devers lui tous les seigneurs et * grant quantité de ceulx des bonnes villes. Entre lesquelz y vindrent aussi aucuns bourgois de Rouen , envoiez de par la ville devers ledit conte pour lui requerre aide et conseil ou lieu de son père, le duc de Bourgongne, disans que de jour en jour actendoient d'estre asségez par le roy d'Angleterre, remônstrans plusieurs foiz comment iîz avoient fait obéissance audit duc de Bourgongne, en délaissant le Roy, son filz le Daulpbin, le connestable et tous autres, et mis principalement en lui toute leur espérance, sacbans que s'ilz failloient à son secours, ilz avoient failli à tous autres. Auquel fut respondu par le conseil dudit de Cbarrolois et en sa présence, aux dessusdiz, que bien ilz se entretenissent en leur bon propos, et que au plaisir de Dieu ilz auroient bonne et briefve aide. Et avecques ce leur furent baillées lectres adrécans aux capitaines et gouverneurs de ladicte ville de Rouen, à tout lesquelles ilz s'en retournèrent. El après, le conte de Cbarrolois, pour tous ses affaires devantdiz, fist remonstrer en la grant sale de i'évesque, par ledit maistre Pbelippe de Morviller , présens tous ceulx qui estoient là venus, qu'il estoit neccessaire et expédient que les bonnes villes cbascune de leur francbe voulenté feissent une aide de pécune, et pareillement le clergié
1 . Le texte porte en grant quantité^ faute qui n'existe pas dans \eSuppl. fr. 93. , ' ^ v\
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aidast d'un dixiesme. Mais pour tant que la besongne ne peut pas estre si en haste expédiée , vint entandis audit lieu d'Amiens ung messager de la ville de Senlis, lequel apporta lectres au conte de Charrolois, contenans que s'ilz n'estoient secourus dedens le xix* jour d'avril, si puissamment que pour lever le siège du Roy et du connestable, il convenoit qu'ilz rendissent ladicte place, et de ce avoient-ilz baillé leurs hostages. Pour quoy le conte de Charrolois et son conseil, oians ces nouvelles , conclurent de y pourveoir. Et finableraent, jà soit ce que ledit conte eust grant désir de y aler en sa personne, son conseil n'en fut point content, ains furent ordonnez les principaulx conducteurs de ceste besongne, messire Jehan de Luxembourg et le seigneur de Fosseux, et au dessoubz d'eulx tous les capitaines de Picardie et autres des frontières. Lesquelz chevauchèrent jusques à Pontoise bien hastivement, et y vindrent le xvn^ jour du mois d'avril. Auquel lieu, tous ensemble prindrent conclusion de partir lendemain par nuit, pour aler et chevaucher vers la ville de Senlis. Et po voient en tout estre environ huit mille combatans, lesquelz comme dit est, tous ensemble se mirent sur les champs, et là ordonnèrent certain nombre de chevaucheurs pour aler en aucuns lieux vers ladicte ville de Senlis sçavoir des nouvelles de leurs ennemis. Avecq lesquelz de Luxembourg et de Fosseux, estoient venus Le Veau de Bar, bailli d'Auxi, le sire de l'Isle-Adam , messire Emond de Longbois , le seigneur d'Auxi, Hector et Phelippe de Saveuses, frères, Ferry de Mailli, Loys de Vargines, messire Phelippe de Fosseux , le sire de Cohein , Jennet de Poix , le sire de Longue val, le sire de Miraumont, et généra-
lement la plus grant partie de tous les nobles hommes de Picardie. Lesquelz tous ensemble, en moult belle ordonnance, aians avant-garde, bataille, et arrièregarde, chevauchèrent tant, qu'ilz vindrent à une lieue près de Senlis. Et adonc le conte d'Armaignac tenant son siège devant ladicte ville de Senlis, oy certaines nouvelles par ses gens qu'il avoit envolez sur les champs, que les seigneurs de Picardie dessusnommez approchoient à grant puissance pour le combatre , et pour ce, sans dèlay, fist armer toutes ses gens et mectre en bataille à pleins champs, afin qu'il ne feust envay en ses logis. Et adonc ceulx de la ville voians les asségans estre en efTroy, environ le point du jour dont lendemain dévoient livrer la ville s'ilz n'avoient secours, en grant hardiesse^ par ordonnance saillirent hors de la ville et boutèrent les feux en plusieurs lieux es tentes et logis dudit connestable, et avecques ce prindrent et occirent plusieurs malades, marchans et autres qu'ilz trouvèrent èsdiz logis , à tout lesquelz et grant foison de biens ilz s'en retournèrent et retrahirent dedens leur ville, sans perte, en la veue de leurs adversaires. Pour laquelle envaye ledit connestable, après ce que très matin les eut sommé de rendre la ville, comme promis l'avoient, et qu'ilz eurent fait response que encores n'estoit point heure passée de le rendre, fist coper les testes à quatre des hostagers et puis les fist esquarteler et pendre au gibet. Desquelz quatre en y avoit deux gentils hommes, l'un nommé Guillaume Manchecler et l'autre Baudart de Vangles , et si y avoit deux bourgois, l'un nommé Guillaume Estable et l'autre maistre Jehan de Beaufort , advocat du Roy en ladicte cité. Et les deux autres hostagers,
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dont il en y avoit six, furent menez à Paris prisonniers, dont l'un fut nommé sire Jehan Durant *, prestre, et l'autre estoit religieux de Saint- Vincent. Pour la mort desquelz, ceulx de la cité de Senlis firent coper les testes à seize des gens du connestable, et si en y eut deux pendus et deux femmes noyées. Et lors ledit connestable chevaucha tout en bataille vers Le Pas de Larron, entre Creil et Gouvieulx, actendant ses ennemis, et envoia aucun de ses capitaines quérir le Roy, qui estoit à Creil, afin de le faire chevaucher le chemin de Paris. Et adonc les dessusdiz messire Jehan de Luxembourg et le seigneur de Fosseux, à tous leurs gens, avoient si fort chevauché qu'ilz estoient aussi avant que le Roy. Et là s'assemblèrent en ung lieu nommé Lescoing, auquel lieu devoit passer le Roy et sa puissance. Et assez tost après s'apparut l'a van-garde du connestable, et prestement les coureurs, tant d'un costé comme d'autre, commencèrent très fort à escarmoucher l'un contre l'autre , et y eut plusieurs lances rompues et hommes d'armes portez par terre, occis et navrez piteusement. Et incontinent le Roy et le connestable envoièrent deux héraulx devers les seigneurs dessusdiz sçavoir quelz gens ilz estoient et qu'ilz demandoient. Auxquelz fut faicle response par ledit de Luxembourg disant : « Je suis Jehan de Luxembourg, et avecques moy le sire de Fosseux et plusieurs autres seigneurs, qui sommes cy envoiez de par le duc de Bourgongne pour servir le Roy et faire secours à la
1. Le Relig. de Saint-Denys dit que ce fut Jean de Beaufort qui fut réservé avec l'abbé de Sainf- Vincent (voir tome VI, p. 195 et 197). Il y a quelques autres différences au sujet de ce siège.
ville de Senlis à l'encontre du conte d'Armaignac, lequel nous sommes tous prestz de combatre avecques tous ses aidans s'il nous veut livrer place, et non contre le Roy. Car nous sommes tous prestz de le servir comme ses loyaulx vassaulx et subjectz. » Après lesquelles responses ainsi faictes , lesdiz héraulx s'en retournèrent vers le Roy et le connestable, portans les responses dessusdictes. Et adonc le connestable dist hault et clerc : « Puis que cy n'est pas le duc de Bourgongne ou son filz , nous n'y povons pas grandement gaigner. Je conseille que nous nous retraions. Car ce ne sont que compaignons aventureux, qui ne tendent qu'à gaigner et ne sont point grandement riches. » Et aussi ledit connestable avoit oy nouvelles que Carlot de Duilly , devant nommé , et les autres capitaines , estoient en grant nombre vers Dampmartin en Goele, pour quoy, sans atarger grandement, fist chevaucher le Roy et toutes ses autres gens en ordonnance vers Paris, et mist certain nombre de ses meilleurs combatans derrière pour soustenir le fès et garder que ses ennemis ne lui baillassent quelque empeschement. Et ainsi, sans arrester en nulle place ne autre chose faire, s'en retourna le roy Charles et le conte d'Armaignac, son connestable, dedens Paris. Dont plusieurs Parisiens furent très malcontens, et murmurèrent très fort à l'encontre dudit connestable. Pareillement messire Jehan de Luxembourg, le seigneur de Fosseux et leurs gens, très joieux de ce qu'ilz avoient achevé ce pour quoy ilz estoient venus, sans perte ne inconvénient, s'en retournèrent à Pontoise, à grant léesse. Tant qu'est à parler des escarmouches qui furent faictes ledit jour, qui les fist ne entretint, il seroit trop long a racompter
ne escrire. Mais pour vray, tant d'un costé comme d'autre, y en eut plusieurs qui se y portèrent vaillamment. Et menoit le seigneur de Miraumont les archers Piquars, lequel, comme il lui avoit esté enjoint, les tint en bonne ordonnance. Et après que les dessusdiz de Luxembourg et de Fosseux furent rafreschiz à Pontoise, se départirent, à tout leurs gens, et s'en alèrent chascun en son propre lieu. Pour lequel voiage, tant du duc de Bourgongne comme du conte de Cliarrolois, comme aussi de tous autres tenans ce parti, furent fortement recommandez etleurfut imputé à très excellente vaillance. Et en après le bastard de Tyen, général capitaine de Senlis, Trouliart de Maucreux, messire Maulroy de Saint-Léger et aucuns autres gouverneurs de ladicte ville , qui y avoient esté le siège durant , le firent très fort réparer, c'estassavoir les tours, portes et murailles que ledit connestable avoit par ses engins fait abatre, et depuis commencèrent à mener plus forte guerre aux gens du Roy qu'ilz n'avoient fait paravant.