CHAPITRE GLXXXVIL
Comment les cardinaulx d'Ursie et de Saint -Marc vindrent en France pour apaiser les seigneurs.
En ces propres jours, le duc Jehan de Bourgongne estant en son pays de Bourgongne, vindrent devers lui les cardinaulx d'Ursie et de Saint-Marc, envolez de par nostre saint-père le pape, en France, pour apaiser la dissencion qui estoit entre le Roy et son filz d'une part, et la Royne et le duc de Bourgongne d'autre part. Auxquelz cardinaulx ledit duc fist grande rêvé-
rence et les festia grandement. Et après que ledit duc leur eut dit et remonstré qu'il estoit prest de faire paix à tous ceulx qui la vouloient , et pour ceste cause il avoit envoie ses ambaxadeurs à Bray-sur-Seine devers les gens du Roy pour traicter de paix , ilz se départirent du pays de Bourgongne, et par Troies alérent audit lieu de Bray-sur-Seine et de Monstereau, où ilz furent des ambaxadeurs, tant d'un costé comme d'autre, très joieusement receux et honnorez. Et de là le cardinal de Saint-Marc ala à Paris. Ouquel lieu, en la présence du Roy, de son conseil et du connestable, il proposa Testât de son ambaxade et le bien qui povoit venir par le moien de paix. Et après qu'il eut esté dedens Paris grandement honnoré par les seigneurs dessusdiz , il s'en retourna à Monstereau devers les ambaxadeurs. Ouquel lieu il demoura, lui et le cardinal d'Ursie, durant ladicte ambaxade. Et aloient chascun jour avec les ambaxadeurs au moustier de La Tombe, là où les parties convenoient ensemble. Et tant y continuèrent, qu'ilz furent d'accord, et fut la paix trouvée et traictée par lesdiz cardinaulx et ambaxadeurs dessusdiz, par condicion que chascune des parties rapporteroit par escript devers ses souverains le traictié tel comme ilz l'avoient fait, et s'il ne leur estoit agréable, chascune des parties demourroit en tel estât comme devant, sans avoir paix ne trêves. Et ainsi s'en retournèrent, les ungs à Paris devers le Roy et le connestable, et les autres à Troies devers la Roy ne et le conseil du duc de Bourgongne. Lequel traictié monstre à son conseil, le eut pour très agréable, et tantost fut envoyé en Bourgongne devers le duc pour le visiter et savoir s'il en estoit content. Sur lequel, en la présence de
[1418] D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. i857
soD conseil fist response qu'il le tenoit pour bon sans y riens excepter, et que voulentiers il jureroit et feroit jurer ceulx de sa partie de l'entretenir. Et pareillement les ambaxadeurs du Roy et du connestable retournez à Paris monstrèrent la copie du traictié qu'ilz avoient fait, au Roy, au Daulphin et à aucuns notables de leur conseil et de ceulx de la ville. Lequel, après ce qu'ilz le eurent veu et oy, furent assez contens que le Roy le seellast. Mais quant il fut monstre au conte d'Armaignac et au chancelier , au prévost de Paris et autres capitaines, ilz eurent du tout ledit traictié pour désagréable, et dirent pleinement que jà ne seroient en lieu où le Roy l'acordast tel qu'il estoit. Et mesmes le chancelier dist que le Roy le seellast se il lui plaisoit, et que jà il ne le seelleroit. Pour lesquelles responses, l'évesque de Paris, plusieurs notables bourgois de la villç et aucuns autres du conseil du Roy et du Daulphin, aians grant désir d'avoir paix , lurent pour lesdictes responses bien esmerveillez, et pour tant conseillèrent au Daulphin qu'il tenist au Louvre un conseil pour ladicte paix. Laquelle il fist (sic) \ Mais oncques ledit connestable n'y voult aler, et dist que ceulx qui conseilloient telle paix estoient traistres. Finablement, par le moien des contradiccions dessusdictes tout fut rompu, et demourèrent les parties dessusdictes en tel estât comme devant, sans avoir trêves ne paix ensenible. Pour quoy plusieurs Parisiens et autres du conseil du Roy conceurent grande hayne contre icellui connestable. Néantmoins ledit connestable envoia ses gens devant les fortresses de Montlehery et de Mar-