Le Veau de Bar. Voy. plus haut, p
sire Emond de Bomber, le seigneur d'Auxi et plusieurs autres jusques au nombre de mil combatans ou au dessus, tous armez sur leurs chevaulx, pour défendre lesdiz occiseurs se besoing estoit. Toutesfoiz moult estoient esmerveillez de veoir faire celle desrision , mais rien n'en osoient dire fors : « Mes enfans vous faictes bien, m Et les corps du connestable, du chancelier, et de Remonnet de La Guerre furent tous desnuez et mis et liez ensemble d'une corde par trois jours, et là les traynoient de place à autres les mauvais enfans de Paris. Et avoit ledit connestal)le de travers son corps en manière de bende ostée de sa pel environ deux dois de large par grande desrision. Et furent en cest estât miz sur une cloye à un g cheval dehors Paris, et enterrez en une fosse nommée la Louvière avecques les autres.
En après, combien que les seigneurs dessusdiz se meissent en peine de rapaiser le commun de Paris, en leur remonstrant qu'ilz laissassent punir les malfaicteurs par la justice du Roy, néantmoins ne vouldrent cesser, ains aloient par grandes tourbes es maisons de ceulx qui avoient tenu le parti du conte d'Armaignac ou de ceulx que eulx-mesmes héoient, lesquelz ilz occioient sans mercy, et emportoient le leur. Et qui alors héoit ung homme, de quelque estât qu'il feust, bourguignon ou autre, il ne faloit que dire : « Vêla ung armignach ! » tantost il estoit mis à mort sans en faire aucune informacion \
1 . Walsingham dit qu'on massacra cinq mille femmes. Nec satiari potuit effrenata furia tanta cœde virorum, quin et in fœminas grassaretur. Nempe feruntm jugulata quinque millia fœminariim. (Wals. Brev. hist., p. kkS.)
^ n- ' CHAPITRE GXGII.
Comment le duc Jehan de Bourgongne ramena la Royne à Paris. Et autres matières.
Item, durant le temps et les besongnes dessusdictes, les nouvelles de la prinse de Paris et aussi de la reddicion des autres villes et fortresses furent portées au duc de Bourgongne, qui estoit en sa ville de Dijon. Lequel, de ce très joieux, hastivement, à tout ce qu'il pot fmer de gens, ala à Troies devers la Royne, ouquel lieu de Troies il fut moult joieusement reçeu, et tantost fist préparer Testât de ladicte Royne pour l'amener à Paris, et manda de toutes pars gens pour l'acompaigner. Et aussi, messire Jehan de Luxembourg, le seigneur de Fosseux et plusieurs autres capitaines de Picardie, atout mil combatans ou environ, alèrent audevant de lui jusques à Troyes. Auquel lieu de Troies vindrent nouvelles audit duc de la mort du conte d'Armaignac et des autres prisonniers, mors à Paris. Dont grandement fut courroucié. Car par le moien d'iceulx et par leur délivrance avoit empensé de ravoir le Daulphin, et toutes les places que tenoient le conte d'Armaignac et ses gens. Toutesfoiz, le second jour du moys de juillet, se partirent la Royne et le duc de "Bourgongne de Troies pour aler à Paris, en moult grande ordonnance, et faisoient messire Jehan de Luxembourg et les Piquars, l'avangarde. Et ledit duc, à tout sa bataille, condui^oit la Royne, et alèrent le chemin de Nogent-sur-Seinè et de Prouvins. Finablement, le xim* jour dudit moys de juillet, ilz entrèrent
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dedens Paris en grande multitude, tous armez, à estandart desployé et par belle ordonnance. Et estoient alez au devant de la Royne et dudit duc, bien six cens bourgois, tous vestus de robes perses , aians la croix Saint-Andry dessus, au lieu de la bende qu'ilz avoient porté par long temps. Et baillèrent audit duc de Bourgongne et au jeune conte de Saint-Pol, son nepveu, deux robes de bleu veloux, lesquelles ilz vestirent, et entrèrent par la porte Saint-Ânllioine. A l'entrée desquelz fut menée en Paris moult grant joye pour la venue d'iceulx, et crioit-on Noël î à haulte voix par tous les carrefours, et des haultes fenestres en plusieurs lieux on gectoit sur le chariot de la Royne et . sur les seigneurs fleurs en grant habondance. Et ainsi que ledit duc de Bourgongne mena la Royne jusques à l'ostel de Saint-Pol où estoit le Roy, qui à elle et au duc de Bourgongne fist joieuse récepcion. Et plusieurs jours ensuivans furent tenus plusieurs consaulx , tant par icellui duc comme par autres seigneurs, sur le régime du royaume. Après la fin desquelz consaulx furent constituez en la faveur du duc de Bourgongne, par le Roy, plusieurs nouveaulx ofBciers, c'estassavoir les seigneurs del'Isle-Adam et de Cliastellus, fais tous deux mareschaux de France ; messire Robinet de Mailly fu fait grant panetier, et messire Charles de Lens fut commis admirai de France, jà soit ce que par avant en eust eu le don du Roy, messire Jennet de Poix, et se nomma admirai certain espace de temps. Maistre Eustace de Laitre fut fait chancelier de France, et maistre Phelippe de Morviller, premier président en parlement. Et le duc de Bourgongne fut capitaine de Paris, et y commist son lieutenant ledit messire Charm 18
les de Lens. Et ainsi, comme dit est, eut oudit lieu de Paris plusieurs besongnes remuées, tant des officiers de France comme d'autres choses. Desquelles le Roy estoit content, et accordoit toutes requestes à lui faictes par ceulx dont il estoit administré.
Esquelz jours, par le commandement de messire Jehan de Luxembourg, comme il fut commune renommée, fut mis à mort à La Chapelle, entre Paris et Saint- Denis, ung nommé Jehan Bernard, capitaine dudit Saint-Denis, lequel avoit esté ung des meneurs des compaignes avec Gastelinas, Jehan Gingin, Jehan du Clau, et estoit boucher. Pour la mort duquel les Parisiens furent très mal contens, et pour trouver et punir ceulx qui l'avoient mis à mort se partirent hors de leur ville en grant nombre. Mais ilz ne furent point trouvez, car liastivement s'estoient mis à saulveté. Si en firent grant plainte au duc de Bourgongne , lequel demanda audit de Luxembourg s'il avoit fait faire ceste œuvre, et il respondi que non. Toutesfoiz cellui demoura mort. Gomme je fus informé, les principaulx facteurs de ceste besongne furent Lyonnet de Vendosme, le bastard de Roubaix et autres leurs complices, jusques au nombre de douze compaignons.
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