‹ La chronique (volume 2)Chapitre 169 sur 205 · CHAPITRE CXGVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXGVII

Comment la sentence autre foîz donnée contre maistre Jehan Petit fut révoquée. — La prinse de Laigny sur Marne, et autres matières.

En ces jours fut à Paris fait une procession générale

de toutes les églises de ladicte ville et fut la messe

chantée en la grande église de Nostre-Dame. Et ce

Hi pendant qu'on chantoit ladicte messe en ladicte église,

fut fait ung sermon solennel par ung frère mineur,

docteur en théologie'. Et là estoient les conseillers du roy de France, comme le chancelier et autres, le recteur et notables clercs de l'Université, et plusieurs grans seigneurs, prévosts et notables bourgois de Paris. Et si estoient, les vicaires et autres officiers de l'évesque de Paris, lesquelz ayans sur ce puissance et commission générale et espéciale dudit évesque, rappellèrent, ou nom dudit évesque lors malade à Saint- Mor des Fossez, la sentence que icellui évesque et ses complices avoient donnée en temps passé contre l'onneur dudit duc de Bourgongne et la proposicion faicte par ycellui duc par feu maistre Jehan Petit, ainsi que cy-devant est escript, advoée, en réparant quant à ce l'onneur et loyaulté dudit duc comme vray champion de la couronne de France. Et oudit sermon, le compara à l'estache soutenant la vigne, et monstrant quant à ce les lectres dudit évesque et le povoir à eulx sur ce donné, en excusant icellui obstant sadicte maladie. Et tant firent et dirent, présent le peuple ilec assemblé et les seigneurs dessusdiz , que le duc de Bourgongne en fut content. Si fut ladicte révocacion faicte ou milieu dudit sermon.

-• Esquelz jours vindrent nouvelles audit duc de Bourgongne que les Daulphinois, qui se tenoient à Meaulx en Brie, avoient prins la ville de Laigny sur Marne, par faulte de guet. Ce qui estoit vérité. Et y firent moult de maulx. Mais aucuns de la garnison se saulvèrent en une forte tour,, et tantost envoièrent deman-

i . On voit dans Félibien que la procession eut lieu le 3 novembre, et que le prédicateur fut un cordelier, nommé Fr. Pierre aux Bœufs. {Hist. de PariSj t. II, p. 794.)

der secours au duc de Bourgongne. Lequel hastivement y envoya le seigneur de TIsie-Adam , lequel par le moien de ceulx de ladicte tour rentra assez lost dedens ladicte ville, et mist à l'espée la plus grant partie des Daulphinois, et après qu'il y eut mise forte garnison s'en retourna à Paris.

Et lendemain, ledit duc de Bourgongne se parti de Paris à grant puissance de gens d'armes, pour aler au pont deCharenton au devant du duc deBretaigne, qui venoit devers lui pour traicter de la paix du Daulphin et dudit duc. Sur quoy ilz ne peurent riens concorder, et pour tant ledit duc de Bourgongne s'en retourna à Paris et le duc de Bretaigne en son pays. Et la cause pour quoy ilz se assemblèrent au pont de Charenton, fut pour ce qu'on se mouroit d'épidémie très merveilleusement dedens la ville de Paris. Car, comme il fut trouvé par les curés des parroisses, il y mourut celle année oultre le nombre de quatre vingts mille personnes. Entre lesquelz furent mors de ceste pestilence, des gens du duc de Bourgongne, le prince d'Orenge, le seigneur de Fosseux, Jennet de Poix, le seigneur d'Auxy et moult d'autres gentilz hommes. Et tantost après revindrent les cardinaulx d'Ursie • et de Saint- Marc, à Saint-Mor des Fossez, pour traicter la paix ^ entre les seigneurs de France. Ausquelz furent envolez plusieurs notables ambaxadeurs de par le Roy , la Roy ne, et le duc de Bourgongne. Lesquelz enfin firent un traictié avec les gens du Daulphin qui y estoient, par le moien desdiz cardinaulx , lequel sembloit estre bon et prouffîtable pour toutes les parties. Mais quant

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