CHAPITRE GXGVIII
Comment les Parisiens occirent de rechef les prisonniers. Le siège de Montlehery, et la prinse de Soissons.
Item , durans les tribulacions dessusdictes , se rassemblèrent les communes gens de Paris en très grant nombre comme ilz avoient fait autre foiz, et soudainement alèrent à toutes les prisons de Paris, lesquelles ilz rompirent de force et occirent bien trois cens prisonniers, dont les aucuns y avoient esté mis depuis la grande tuerie *. Entre lesquelz y furent mors messire Jaques de Monmor et messire Loys de Corail, chambellans du Roy, avec moult de notables gentilz hommes et gens d'église. En laquelle fureur très exécrable, les dessusdiz alèrent en la basse-court de la bastille Saint- Ânthoine et demandèrent qu'on leur délivrast huit prisonniers qui estoient léans, ou se non, ilz assauldroient la place. Et de fait commencèrent à desmaçonner la porte. Pour quoy le duc de Bourgongne , qui estoit logié assez près de ladicte bastille, très courroucié ou cuer de veoir faire telle desrision, pour pis eschever, commanda que les huit prisonniers dessusdiz leur feussent livrez, par ainsi que aucuns de leurs capitaines promirent de les mener es prisons de Chastel-
1 , Cette seconde émeute contre les Armagnacs est du dimanche 21 août. (Voy. le Journal d'un bourgeois de Paris, p. 45.)
let et les lairroient punir selon leurs démérites par la justice du Koy. A tout lesquelz , quant ilz leur furent livrez, pour entretenir une partie de leur promesse s'en alèrent jusques assez près du dessusdit Chastellet, et là très cruelement les occirent. Après, par grandes compaignies s'en alèrent de rue en rue parmy Paris, en plusieurs maisons de ceulx qui avoient tenu le parti du conte d'Armaignac , lesquelz ilz [aillèrent et occirent très inhumainement. Et comme autrefoiz ilz avoient fait, se ilz encontroient aucun homme ou femme qu'ilz héoient, quelque parti qu'ilz tenissent , tantost estoient mis à mort. Desquelles communes estoit ung des principaulx capitaines Capeluche, bourreau de Paris. Pour lesquelles desrisions, le duc de Bourgongne manda plusieurs notables bourgois de Paris ausquelz il remonstra le grant desroy que faisoient icelles communes. Dont lesdiz bourgois se excusèrent très humblement, disans que de ce estoient très dolens, et que ceulx qui faisoient lesdictes esmeutes estoient gens de petit estât contendans à piller les riches et notables bourgois de la ville , requérans audit duc qu'il y voulsist pourveoir, et ilz seroient en son aide. Et lors à icelles communes fu dit et défendu de par le Roy, par la propre bouche du duc de Bourgongne, que sur peine de perdre la vie, doresenavant se déportassent de plus piller et occire, et qu'ilz se préparassent pour aller mectre siège devant Montlehery et Marcoussiz, où estoient les ennemis du Roy. Lesquelles communes respondirent que ce ilz feroient très voulentiers, et que on leur baillast capitaine pour les conduire.
Et dedens peu de jours après, pour eschever les-
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dictes esmeutes, furent envoiez bien sept mille combatans desdictes communes de Paris, à Montlehery, avec lesquelz ala pour les conduire le seigneur de Cohem avec autres chevaliers, c'estassavoir messire Gaultier de Rupes et messire Gaultier Raillart, à tout certain nombre de gens d'armes et foison de canons et autres habillemens de guerre compétens à mectre siège. Lesquelz chevaliers les conduisirent et menèrent audit lieu de Montlehery, et là commencèrent moult fort à assaillir et combatre lesdiz Daulphinois qui estoient dedens la fortresse. Mais après le département d'iceulx Parisiens le duc de Bourgongne fist prendre dedens Paris plusieurs de leurs complices et des principaulx esmouveurs des communes, auxquelz il fist trencher les testes, et leurs corps pendre au gibet de Paris, et les autres gecter en la rivière de Seine. Et mesmement ledit Capeluche, bourrel de Paris, eust la teste trenchée d'une dolouere es halles de Paris. Pour quoy, ceulx dudit siège de Montlehery à qui ces nouvelles furent rapportées , retournèrent tantost à Paris en entencion de resmouvoir le peuple. Mais on leur ferma les portes au visaige. Mais dedens briefz jours après furent remandez, pour ce que entre les parties y avoit ambaxadeurs qui estoient ensemble afin que les besongnes se conduisissent en plus grant doulceur.
Et ce pendant le seigneur de Chasteauvilain vint audit lieu de Paris devers le duc de Bourgongne , et avoit ung filz avecques lui qui chevaulchoit ung petit devant, et en entrant en la porte Saint-Anthoine commença à crier haultement : Vive Armaignac ! Mais incontinent fut par les portiers mis à mort. Dont le sire
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de Cliasteauvilain fu moult courroucé, mais autre chose n'en peut avoir.
En après le seigneur de Bosqueaulx, à tout trois cens combatans des Daulphinois , print d'emblée au point du jour la cité de Soissons sur le seigneur de Longueval, qui en estoit capitaine de par le Roy et le duc de Bourgongne. Lequel de Longueval se saulva à grant peine, à pie, pardessus la muraille , et avecques lui Robert de Saveuses et plusieurs autres. Laquelle cité en la plus grant partie fut desnuée de tous biens.