‹ La chronique (volume 2)Chapitre 171 sur 205 · CHAPITRE GXGIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE GXGIX

Comment la Daulphine fut renvoiée au Daulphin son mari. Et le siège de Tours; et autres matières.

En ce mesme temps, par le consentement du roy de France, de la Royne et du duc de Bourgongne, fut renvoiée honnorablement jusques en Anjou la femme du Daulphin qui avoit esté trouvée à la prinse de Paris, et à son département lui furent délivrées toutes ses bagues, afin que ledit Daulphin feust plus enclin de venir à Paris devers le Roy, son père. Mais ce riens n'y valu. Car ceulx qui le gouvernoient ne l'eussent jamais souffert. Car ilz sçavoient bien que se il y retournoit, ilz seroient destituez de leurs estatz.

Et aussi vint adonc devers lui le jeune conte d'Armaignac *, grandement accompaigné de plusieurs nobles hommes, lequel lui fîst grant plainte de la cruelle

1 . Jean IV, comte d'Armagnac , fils aîné de Bernard VII, le connétable.

mort son père, le connestable de France, et des autres seigneurs qui naguères avoient esté mis à mort en la cité de Paris. Auquel conte d'Armaignac fut respondu par ledit Daulphin et son conseil, que de ceulx qui avoient esté mis à mort on en feroit bonne et briefve justice, en temps et en lieu.

Et adonc icellui Daulphin, à tout grant puissance de gens d'armes, ala mectre le siège devant la \ille de Tours en Touraine. De laquelle estoient capitaines messire Guillaume de Rommenel, chevalier, et Charles Labbé. Lesquelz dedens briefz jours rendirent la ville au Daulphin, et mesmes se tourna ledit Charles Labbé de son parti en lui faisant serement, et les gens d'armes qui estoient avecques lui non voulans faire ledit serement, eurent sauf-conduit pour aller où bon leur sembla. En laquelle ville de Tours demoura ledit Daulphin et tout son estât par certain espace de temps.

Et d'autre part le duc de Bourgongne qui avoit le Roy et la Royne du tout en son gouvernement, se faisoient toutes besongnes es pays à eulx obéissans, à son plaisir. Et pour tant que par lui les aides du Roy que le peuple souloit paier, avoient esté mises sus, il causa avecques le conseil du Roy certains mandemens, contenans qu'il faloit lesdictes aides paier pour secourir à ladicte cité de Rouen , laquelle estoit moult traveillée par le siège du roy d'Angleterre. Et de fait furent remises sus. Et avecques ce fut requis aux Parisiens de prester certaine somme de pecune pour le secours dessusdit. Lesquelz se y accordèrent et prestèrent cent mille francs, par condicion que de chascune queue de vin vendue en leur ville ilz auroient vu deniers, et le recevroient par leurs mains, tant qu'ilz seroient resti-

tuez de ladicte somme. Et pareillement furent levées grosses aides par tous les pays de l'obéissance du Roy, c'estassavoir en l'éveschié de Beauvais et ou bailliage d'Amiens et de Vermendois, et ailleurs. Desquelles finances lever et cueillir oudit bailliage d'Amiens, furent commis maistre Robert le Jeune, advocat en parlement, et aucuns autres officiers, pour contraindre les refusans. ■>

Page 1