‹ La chronique (volume 2)Chapitre 182 sur 205 · CHAPITRE CGVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CGVIII

Commeut la paix faicte du Daulphin et du duc de Bourgongne fut publiée en divers lieux du royaume de France. Et autres matières.

Item, lendemain de la paix dessusdicte, le duc de Touraine Daulphin se partit de Meleun, à tout sa puis-

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sauce, et s'en ala par Tours en Touraine vers Partenay, laquelle ville il avoit fait asséger paravant par le conte de Vertus et autres ses capitaines, pour ce que le seigneur de Partenay avoit tout son temps tenu, et encores tenoit le parti du duc de Bourgongne. Lequel conte et tous les autres, ledit Daulphin fist partir, et fist préparer ses gens en toute diligence pour mener guerre aux Anglois. Et pareillement ledit duc de Bourgongne s'en retourna à Pontoise devers le Roy et la royne, ouquel lieu fut faicte grant joye pour la réconsiliacion des deux parties dessusdictes. De laquelle ville de Pontoise le duc de Bourgongne mena le Boy, la royne et tout leur estât, demourer à Saint-Denis, et laissa en icelle ville de Pontoise, pour la garder, le seigneur de risle-Adam, mareschal de France, auquel fut délivré grant finance pour paier gens d'armes à mectre en icelle ville de Pontoise.

Si fut ladicte paix publiée par tout le royaume, dont la plus grant partie des nobles et du clergié eurent grant léesse, et aussi en eut le peuple grant joye, espérans par le moien de ce avoir grant consolacion et ledit royaume estre réparé des griesves persécucions que long temps avoit souffert par la guerre qui si longuement avoit duré. Et commencèrent les gens des deux parties à marchander et repairer les ungs avec les autres, et en plusieurs bonnes villes fut faicte grant joye, en criant Noël I les bourgois faisans grans assemblées et feux par les carrefours, et par espécial dedens Paris. Et le xx^ jour dudit mois de juillet, par l'arcevesque de Sens furent portées audit lieu de Paris les lectres de la paix, lesquelles furent présentées aux seigneurs du Parlement, des requestes du palais, et de

la Chambre des comptes, qui furent leues eu leur présence par maistre Nicolas Raoulin; et si y estoient maistre Robert Malière et maistre Jehan Champion, tous deux secrétaires dudit Daulphin. Et après qu'elle furent leues, ledit arcevesque présenta ung mandement du Roy ouquel estoit contenu que le roy faisoit abolicion générale de tous crimes et cas perpétrez en son royaume à l'occasion des divisions par avant passées, et veult que chascun retourne en ses héritages, bénéfices et autres biens, réservé meubles , et avecques ce que le duc de Bourgongne mecte capitaine à Partenay, pour garder le pays de Poictou qu'il ne soit favorable au Daulphin, et que toutes garnisons, tant d'un costé que d'autre, soient mises hors, si non sur la frontière des Anglois,

Après furent présentées d'autres lectres du Daulphin, lesquelles estoient incorporées avecques les lectres du Roy, et par icelles ledit Daulphin consentoit, accordoit et promectoit tenir le contenu des dessusdictes lectres royaulx. Et pareillement ledit Raoulin monstra lectres semblables de par le duc de Bourgongne. Et après que par les dessusdiz tout eut esté visité, la paix fut publiée en plusieurs lieux dedens Paris, et jurèrent lesdiz seigneurs de Parlement et tous les dessusdiz et autres gouverneurs d'icelle cité à le tenir. Et lendemain fut faicte une solemnelle procession à Saint-Martin des Champs pour ladicte paix.

. - CHAPITRE CGIX.

Comment le roy d'Angleterre fut malcontent de la paix dessusdicte. Et la prinse de Pontoise par les Anglois,

Or convient retourner à parler du roy Henry d'Angleterre, lequel, quant il oy nouvelles de la paix et aliance qu'avoient faicte ensemble le duc de Touraine Daulphin et le duc de Bourgongne contre lui, ne fut pas de ce bien joieux, et non sans cause. Car il sembla au roy d'Angleterre que plus fors seroient à estre deux ensemble que quant ilz estoient divisez. Néantmoins il se conclud et délibéra de pourveoir et mener à fin sa querelle à l'encontre de tous ceulx qui nuire lui vouldroient, et gecta son ymaginacion et advis, que très bonne et proufïitable cliose seroit à lui la ville de Pontoise, s'il la povoit avoir. Et sur ce manda de ses plus féables capitaines, et aussi de ceulx qui avoient esté dedens icelle ville durans les ambaxades dont dessus est faicte mencion ; si leur déclaira sa voulenté , et ilz lui firent response qu'en ce et toutes autres choses qu'il lui plairoit à commander ilz estoient prestz de eulx y emploier sans espargner leur corps , quelque péril, peine ou traveil qu'ilz deussent avoir. Et sur ce, furent ordonnez de par le roy ceulx qui de ceste besongne eurent la charge. Et finablement, le derrenier jour de juillet vindrent, entre le point du jour et soleil levant, à l'une des portes de ladicte ville de Pontoise. Et po voient estre environ trois mille combatans. Et n'estoit point encores icelle porte ouverte ; et tantost, les aucuns, par eschèles qu'ilz avoient, commencèrent

à monter amont sans estre apperceuz de quelque guet, et de fait ouvrirent celle porte, par laquelle ilz entrèrent dedens à grant puissance, en criant Saint George ! haultement, viUe gaignée ! Auquel cry ladicte ville fut tantost tous esmeue, et le sire de l'Isle-Adam qui en estoit capitaine, esveillé. Lequel sans délay, tout armé, avec aucuns de ses gens monta à cheval et ala veoir où estoit ledit eflfroy. Mais quant il apperçeut lesdiz Anglois dedens la ville en si grand nombre, il s'en retourna hastivement, et fist prendre sa finance et ses bagues , en esveillant plusieurs bourgois ' , ala vers la porte de Paris qui estoit encores fermée et la fist rompre et puis, en sa compaignie bien dix mille personnes de la ville, tant hommes comme femmes, tous désolez et déconfortez, se partirent alans vers Paris. Desquelz en y eut plusieurs qui emportèrent de leurs meilleurs biens, et par espécial or, argent , vaisselle et joyaulx , dont l'une des parties alans vers Beauvais furent tous destroussez et leurs bagues ostées, par Jehan de Gingin et Jehan du Clau. Et oultre lesdiz Anglois, sans trouver quelque résistance, prindrent et gaignèrent ladicte ville, dedens laquelle ilz firent maulx innumérables comme en ville conquise, et gaignèrent grant finance, car elle estoit remplie de tous biens. Et fut le principal conducteur des Anglois faisans ceste entreprinse , messire le captai de Beuf, frère au conte de Foix '. Pour laquelle ville ainsi prinse le pays de France et

i . « A tous lesquelz esveillant, etc. » (Suppl. fr. 93.) 2. Le comte de Foix est Jean de Grailli, fils d'Archambaud de Grailli, captai de Buch, et d'Isabelle de Foix. Son frère, le caj)tal de Buch, ici nommé, s'appelait Gaston de Foix. Il était via^mte de Benauges, et a fait la tige des comtes de Candale.

par espécial vers Paris, furent moult desconfortez, et se despeuplèrent très fort les villages d'entour ledit lieu de Paris et en l'Isle de France. Et quant les nouvelles en ce mesme jour vindrent à Saint-Denis où estoit le roy de France, le duc de Bourgongne, et tout leur estât, ilz se départirent assez tost, et par Prouvins s'en alèrent à Troies, ensemble la Royne, madame Katherine, et moult d'autres seigneurs, laissans à Paris pour icelle entretenir, le conte de Saint-Pol et maistre Eustace de Laitre, chancellier de France. Et ledit seigneur de risle-Adam, mareschal de France, le plus brief qu'il peut, assembla certain nombre de gens d'armes, avec lesquelz il se mist en garnison dedens la ville de Beauvais pour tenir les frontières et résister aux entreprinses que faisoient chascun jour les dessusdiz Anglois. Toutesfoiz icellui seigneur de l'Isle- Adam fut moult blasmé pour ce que ainsi négligentement, par faulte de guet, il avoit laissé perdre ladicte ville de Pontoise, et par espécial, les gouverneurs du duc de Touraine Daulphin de Viennois en furent trèsmal contens.

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