CHAPITRE GCXIV
Comment le seigneur de Montagu escripvi à plusieurs bonnes villes de France ; Et des Parisiens qui refirent serement nouvel après la mort dudit duc de Bourgongne.
Item, le seigneur de Montagu, après ce qu'il fut retourné de Monstereau à Bray sur Seine, le plus tost qu'il peust fist escripre plusieurs lectres contenans l'occision faicte par le duc de Touraine Daulphin et son conseil, en la personne de son seigneur le duc de Bourgongne , lesquelles lectres il envoia à Troies, à Reims
et à Chaalons et autres bonnes villes tenans le parti du Roy et dudit duc de Bourgongne. Esquelles lectres aussi leur prévient moult humblement qu'ils fussent bien sur leurs gardes et que point n'obtempérassent aux paroles et mençonges de ceulx tenans le parti du Daulphin, disant par ses lectres, que bien estoit leur desloiaulté descouverte , mais se entretenissent bien tousjours en leur bon propos de la partie du Roy et du conte de Charrolois, successeur du duc de Bourgongne, par lequel ilz auroient bon et brief aide, au plaisir de Dieu. Lesquelles lectres es bonnes villes dessusdictes furent bénignement receues , en remerciant moult de foiz ledit seigneur de Montagu par son message, disans que moult estoient dolens de l'aventure dessusdicte. Et quant, le xiii* jour de septembre, vint à la congnoissance des Parisiens que le duc de Bourgongne estoit ainsi mort, ilz furent moult dolens et confus, tant que plus ne povoient. Et pour tant, lendemain, au plus matin qu'ilz porent, s'assemblèrent le conte de Saint-Pol, lieutenant du Roy à Paris, le chancelier de France, les prévostz de Paris et des marchans, et généralement tous les conseillers et officiers du Roy, et avecques eulx grant quantité des nobles et bourgois de la ville et grant multitude de peuple. Lesquelz, après ce qu'on eut fait remonstrer la mort du duc de Bourgongne et Testât comment icelle avoit esté faicte, firent serement audit conte de Saint-Pol de le servir et obéir et d'estre avecques lui, et entendre de top te leur puissance à la garde et défense de ladicte ville de Paris et des habitans, et généralement à la conserva cion de tout le royaume ; de résister de corps et de biens à la damnapble entencion et efforcement des
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criminelz sédicieux et rompeurs de paix et union de ce royaume, et de poursuire de tout leur povoir la vengence et réparacion des conspirateurs coulpables et consentans de la mort et homicide du duc de Bourgongne, de noncer et accuser devers justice tous ceulx portans faveur ausdiz conspirateurs. Promirent aussi de non rendre la ville de Paris, ne faire quelque traictié à part, sans le sçeu l'un de l'autre. Et semblablement leur fist serement ledit conte de Saint- Pol. Desquelz seremens dessusdiz leur furent faictes lectres scellées de leurs seaulx , lesquelles furent envolées à Senlis et es autres villes tenans ce parti , afin de les induire à faire pareil serement à leurs gouverneurs.
Après lesquelles besongnes acomplies , furent prins dedens la ville de Paris et mis prisonniers plusieurs hommes et aussi aucunes femmes tenans, ou qui avoient tenu la partie du duc de Touraine Daulphin, tant de ceulx qui estoient retournez depuis la paix, comme autres, sur lesquelz on avoit suspicion, et tan- • tost après en y eut aucuns exécutez par justice.