CHAPITRE GGXV
Comment ceulx qui avoient esté prins en la compaignie du duc Jehan deBourgongne furent délivrés. Et autres matières.
En ces propres jours, après que ledit Daulphin eut constitué messire Pierre de Guitry capitaine de Monstereau-où-fault- Yonne , lequel de Guitry avoit esté présent quant le duc de Bourgongne fut mis à mort , se fut departy de là à tout ses gens, il envoia tous lesdiz prisonniers avec la dame de Giach et Phelippe
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Jossequin à Bourges en Berry. Desquelz prisonniers firent serement audit Daulphin de le servir, Charles de Bourbon dessusnommé, et messire Pierre de Giach. Et quant aux autres, jà soit que par plusieurs foiz feussent requis d'icellui Daulphin et de ceulx de son conseil qu'ilz voulsissent demourer avecques lui et faire ledit serement, et que grans biens et honneurs leur feussent offers à estre fais, néantmoins onques ne se y vouldrent consentir, ains firent response à toutes leursdictes requestes, que mieux amoient mourir en prison ou autrement si comme il plairoit au Daulphin, que de faire chose qui à eulx et à leurs successeurs peust estre reprouche en mal. Et pour tant, •voiant leur voulenté et que autre chose on n'en porroit avoir , furent tous mis à délivrance , moiennant certaine grant somme de pécune qu ilz paièrent pour leur raençon, excepté ledit messire Charles de Lens qu'ilz firent mourir, et ne retourna pas.
En oultre, le dessusdit Daulphin venu à Bourges, comme dit est, manda gens d'armes de toutes parts à venir devers lui. A tout lesquelz ala en Anjou, et eut parlement avec son serourge le duc de Bretaigne. Lequel consenti que une partie des nobles hommes de son pays serveissent le Daulphin. Et avecques ce lui vint grant aide des Escossois, qu'il envoya et fist conduire par ses gens sur la rivière de Loire. Et de là ala à Poictiers, puis en Auvergne et en Languedoc , par tout assembler gens de guerre et faire à iceulx aliance, en entencion de résister contre tous ceulx qui nuire ou grever le vouldroient. Et par toutes les bonnes villes tenans son party, faisoit prononcer que ce qu'il avoit fait contre le duc de Bourgongne, avoit esté sur
bonne et juste entencion et querelle , en remonstrant plusieurs tiltres qui à ce faire l'avoient meu , pour sa justificacion. Lesquelz seroient trop longs à déclairer. Et cependant le roy de France , la Roy ne et ceulx de leur conseil, qui avoient sceu les nouvelles de toutes les matières dessusdictes, en estoient très desplaisans. Et afin de y pourveoir, furent envoiez des mandemens royaulx en diverses parties du royaume de France où le Roy dessusdit estoit obéy, contenans la mort du dessusdit duc de Bourgongne et la desloyaulté des facteurs, mandant et commandant, et aussi défendant aux gouverneurs et officiers d'icelles , siu* quanque ilz pourroient meffaire, que au Daulpbin ne à ceulx tenans son parti, ilz ne baillassent conseil , confort, ne aide ne faveur, mais se préparassent en toute diligence de y résister, et à faire et poursuivir le restablisseraent et réparacion du royaume, et ilz auroient brief leur aide.
^; CHAPITRE CGXVI.
Comment le conte Phelippe de Charrolois gçeut la mort de son p^e, et les trêves qu'il print aux Anglois.
Dr est vérité que Phelippe, conte de Charrolois , seul filz et héritier du duc Jehan de Bourgongne, estant à Gand, lui furent dictes les nouvelles de la piteuse mort de son père. Pour lesquelles il eut au cuer si grant tristesse et desplaisir qu'à grant peine par aucuns jours le po voient ses gouverneurs reconforter. Et quant à dame Michèle de France, sa femme, seur au duc de Touraine Daulphin , elle en fut moult troublée et en ot au cuer grant ennoy, doubtant entre les autres
choses que son seigneur et mary ne l'eust pour ce moins chère et agréable *. Pour laquelle mort du duc Jehan, sondit filz conte de Charrolois tint conseil avecques ceulx de Gand , de Bruges et d'Ipre. Après lequel conseil, sans riens relever, print la possession de la conté de Flandres, et puis s'en ala à Matines où il eut parlement avec le duc de Brabant, son cousin, Jehan de Bavière , son oncle , et la contesse de Haynau , sa tante, sur plusieurs ses affaires. Duquel lieu de Malines s'en retourna à Lisle. Et de ce jour en avant, se nomma duc de Bourgongne en ses lectres , prenant tous les tiltres qu'avoit le duc Jehan, son père. Et là vindrent devers lui plusieurs seigneurs pour lui offrir leur service, lesquelz paravant avoient esté serviteurs à sondit père. Si en retint une partie de son hostel, et aux autres promist grans biens à faire. Vindrent aussi de Paris vers lui, maistre Phelippe de Morviller, premier président en parlement , et plusieurs gens notables , avec lesquelz et ceulx de son conseil, ledit duc conclud de rescripre aux bonnes villes qui tenoient sa partie certaines lectres , contenans que comme ilz avoient tenu le parti dudit duc son père , ilz voulsissent tenir
1 . Le ms. Suppl. fr. 93 nous donne ici une variante importante : « Et quant à dame Michielle de France, sa femme, et suer du duc de Touraine, Daulphin, elle en fu moult troublée et en grant ennuy, doubtans entre les autres choses que son seigneur et mary ne l'eust pour ce mains agréable, et qu'elle né fust eslongié de son amour plus que paravant n'avoit esté. Ce que pas n'avint. Car en dedens brief terme ensievant , par les exortacions et amiables remonstrances que luy firent ses dessusdiz gouverneurs, il fut trèscontent d'elle et lui monstra aussi grant signe d'amour que paravant avoit fait. Et tost après tint conseil avecques ceubc de Gand, etc. » (Bibl. imp., ms. Suppl. fr, 93. fol. 299^°.)
ie sien, mandant à iceulx aussi qu'ilz leur feroient impétrer trêve aux Anglois bien brief. Et si leur fist savoir qu'ilz envolassent de leurs gens devers lui à Arras, le XVII* jour d'octobre, et que ceulx qui y seroient envolez eussent puissance d'accorder ce que par lui leur seroit requis. Et après, ledit duc de Bourgongne envoia ses ambassadeurs à Rouen , devers le roy d'Anglegleterre, à fin de impétrer les trêves dessusdictes certain espace de temps, pour tous les pays estans en l'obéissance du Roy et de lui. Laquelle ambassade firent l'évêque d'Arras, le seigneur de Toulonjon, messire Guillaume de Champdivers , messire Gillebert de Lannoy et aucuns autres, lesquelz impétrèrent et obtinrent lesdictes trêves , sur espérance de plus avant procéder avecques lesdiz Anglois.
Durant lequel temps, les Daulphinois estans à Compiengne et sur les marches , et ceulx tenans la partie de Bourgongne, recommencèrent comme devant et menèrent très forte guerre les ungs aux autres. Et d'autre costé, La Hire, Potron de Saincte Treille et autres, en très grant nombre, prindrent la ville de Crespi en Laohnois, et le chastel de Clarchi*. Par le moien de laquelle prinse, la ville de Laon, les pays de Laonnois et de Vermandois, furent tenus en grant subjection.
Et ce pendant , le xviif jour du mois d'octobre venu, viendrent à Arras devers le duc de Bourgongne, messire Jehan de Luxembourg et plusieurs autres seigneurs et capitaines , avec les communes des bonnes villes, qui avoient esté mandez comme dit est. Lesquelz, tous ensemble furent requis par le doyen de Liège, au
i. « Clarcy. » {Si(ppl. fr. 93.)
commandement dudit duc , très afleclueusement , et par spécial à ces dis seigneurs et capitaines, que comme ilzavoient servi son feu père, ilz voulsissent servir à lui en une expédicion, laquelle il entendoit à faire prouchainement pour le bien du Roy et de tout son royaume. Et pareillement fut requis à toutes les bonnes villes, c'est assavoir aux seigneurs d'icelles, qu'ilz promeissent de tenir son parti, et lui baillassent confort et aide se besoing estoit. Lesquelles requestes, tant desdiz seigneurs comme desdictes bonnes villes , furent accordées.