CHAPITRE GCXVII
Comment le duc Phelippe de Bourgongue feist un service à Saint-Vaast d'Arras pour son père défunct.
Item, le xm* jour dudit moys d'octobre, le duc Phelippe de Bourgongne feist faire un g service en l'é glise Saint-Vaast d'Arras pour le salut de l'âme dudit Jehan de Bourgongne, son père. Auquel service furent les évesques d'Amiens et de Cambray, de Thérouenne, de Tournay et d'Arras, avec plusieurs abbez de Flandres , d'Artois et des pays à l'environ , et estoient en tout vingt quatre croces, et faisoient le deuil ledit messire Jehan de Luxembourg et messire Jaques de Harecourt, etdistla messe l'évesque d'Amiens. Durant laquelle messe prescha frère Pierre Flour, docteur en théologie, de l'ordre des frères prescheurs, inquisiteur de la foy en la province de Reims. Lequel prescheur, en sondit preschement, désonortoit ledit duc, tant comme il povoit, que point ne print vengence de
la mort de son père, en lui remonstrant qu'il requeist à justice réparation à lui estre faicte , disant que se justice n'estoit assez forte, qu'il lui devoit aider, et non par sa puissance prendre vengence, laquelle appartient à Dieu tant seulement. Pour lequel propos et déso*nortement, aucuns là estans avecques ledit duc ne furent pas bien contens dudit prescheur.
Après lequel service fait, vindrent audit lieu d'Arras devers icellui duc, messire Jehan de La Saux , chevalier, docteur en lois et chancelier de feu le duc Jehan, messire Andrieu de Valines , maistre Jehan Doré , ad- . vocat en parlement, Jehan de Caumesnil , et aucuns autres bourgois, tous ensemble envoiez de par le conte de Saint Pol et les Parisiens devers le duc Phelippe , pour sçavoir ce qu'il avoit en voulenté de faire. Lesquelz, après ce que joieusement de lui et de ceulx de son conseil eurent esté reçeuz , il leur fut dit que dedens briefz jours ledit duc feroit traicté et liance au roy de France, et avecques ce , de toute sa puissance poursuivroit vengence et réparacion de la cruelle mort de son père. Après lesquelles responses et autres conclusions prinses avecques eux , s'en retournèrent à Paris pour porter les nouvelles et entretenir les Parisiens et autres villes sur les marches de France, en bonne obéissance. Et ce fait, ledit duc de Bourgongne rassembla plusieurs notables seigneurs des plus féables de ses pays , tant d'église comme séculiers , avec lesquelz il tint plusieurs destrois consaulx pour savoir comment il auroit à conduire et gouverner selon les grands afaires qui lui estoient survenus, et par espécial de la mort de son père. Si furent de diverses opinions. Mais finablement, par le conseil delà plus grant partie,
fut conclud et délibéré pour le mieulx , par la licence et congié du roy de France, qu'il se aliast au roy d'Angleterre, comme dit est dessus. Et sur ce, tantost après, furent convoiez ses ambassadeurs de rechef à Rouen, devers ledit roy d'Angleterre, c'est assavoir l'évesque d'Arras, messire Athis de Brimeu, Raolant d'Utequerque et aucuns autres. Lesquelz, là venus, à tout la charge qu'ilz avoient , furent bénignement reçeuz par ledit roy d'Angleterre et aussi par ses princes. Car moult désiroit avoir aliance au duc de Bourgongne , pour ce qu'il sçavoit que par ses mains pourroit avoir dame Katherine , fille du roy de France , mieulx que par nul autre ; laquelle lui estoit moult agréable. Et pour tant, quant les dessusdiz ambassadeurs eurent monstre les causes et articles pour quoy ilz estoient là envolez, icellui roy d'Angleterre en fut moult bien content et leur fist response que dedens briefs jours il envoieroit ses gens devers leur seigneur et maistre, qui seroient chargez de ce qu'il auroit en son entencion de faire. Après laquelle response les dessusdiz retournèrent à Arras , et environ la saint Andrieu ensuivant, vindrent les ambassadeurs dudit roy d'Angleterre devers ledit duc, audit lieu d'Arras, c'estassavoir l'évesque de Rocestre, les contes de Varvich et de Kent , avec plusieurs autres chevaliers et escuiers. Lequel duc leur fist très honnorable récepcion. Et après ce, monstrèrent divers articles de par leur roy, contenans les traictiez telz qu'il les vouloit avecques Charles, roy de France, et ledit duc de Bourgongne, esquelz estoit contenu et déclairé grant partie de sa voulenté. Finablement , tant envolèrent lesdiz roy d'Angleterre et duc de Bourgongne, l'un devers l'autre,
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qu'ilz vindrent à conclusion d'avoir bon appoincteraent ensemble , ou cas que le roy de France et son conseil en seroient contens. Lequel roy de France, la Royne, sa femme, et dame Katherine, leur fille, pour lors estansà Troiesen Cliampaigne, estoient gouvernez et conduis de plusieurs seigneurs qui estoient à la poste et tenans le parti dudit duc de Bourgongne. Sur lesquelz traictiez et appoinctement ainsi commencez, fut ordonné que les gens des deux parties ne feroient point de guerre l'un contre l'autre , c'est assavoir les gens du roy de France et du duc de Bourgongne, aux Anglois, et les Anglois à eulx, et furent les trêves de rechef reconfermées. Et si fut appoincté que ledit roy d'Angleterre envoieroit ses ambaxadeurs en la compaignie d'icellui duc de Bourgongne, en la ville de Troies, devers le roy de France, pour au surplus parconclurre des dessusdiz appoinctements. Lequel duc avoit entencion de y aler bientost après. Après lesquelles besongnes, et que iceulx ambaxadeurs d'Angleterre eurent esté grandement festiez et honnorez dedens Arras par le duc de Bourgongne et ceulx de son conseil , s'en retournèrent à Rouen devers leur roy.
Durans lesquelz traictiez et besongnes dessusdictes, messire Jacques de Harecourt se monstroit en toutes manières bien vueillant et de la partie du duc de Bourgongne, et estoit des premiers appelé à tous ses privez consaulx, et aussi lui faisoit le duc grant honneur et grant révérence autant qu'à nul autre de sa cort , et l'amoit moult cordialment. Car depuis la mort du duc Jehan son père, lui avoit fait serement de le servir en tous ses affaires. Lequel messire Jaques,
pour ce temps, faisoit grandement réparer, fortifier et pourveoir de vivres, habillemens de guerre et autres choses nécessaires, la ville et fortresse du Crotoy, dont il avoit le gouvernement de par le roy de France.