‹ La chronique (volume 2)Chapitre 197 sur 205 · CHAPITRE CGXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CGXXIII

Comment la fortresse de Alibaudières fut asségée des Bourguignons, . • laquelle en fin leur fut rendue.

Au commencement de cest an , envoia le duc de Bourgongne, Pierre de Luxembourg, conte de Conversen et de Braine, messire Jelian de Luxembourg, son frère , et plusieurs de ses capitaines , comme L'Isle- Adam, mareschal de France, le vidame d'Amiens, Anthoine, seigneur de Croy, et autres en grant nombre, raectre le siège devant le chastel d' Alibaudières , dont avant est faicte mencion. Lesquelz dudit chastel avoient très bien refortifié leurdit boleverd, qui autrefois par ledit messire Jehan de Luxembourg et ses gens avoit esté prins et mis en feu, et tant avoient continué en ladicte fortificacion qu'il estoit plus défensable que autre fois n'avoit esté. Mais ce non obstant ledit deLucembourg, venu devant ladicte fortresse , sans faire long séjour, fist armer et habiller grant partie de ses gens, lesquels.

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à tout eschèles et autres habillemens de guerre il mena pour assaillir ledit boleverd, et le cuida prendre comme autre foiz avoit fait, et là, très asprement et par long espace, fu ledit assault continué, tant que les deux parties se combatoient l'un contre l'autre très vaillamment, Et là contre ledit boleverd estoient dressées aucunes escbèles, sur lesquelles combatirent par grant vigueur Hector de Saveuses , Henri de Caufour , bomme très renommé en armes, lequel estant sur l'une des escbèles armé de plein barnois, fut féru d'un fer de lance ou vuid de son barnois de jambes, parmy le jarret, duquel cop il mouru tantost après. Et là les défendans se combatoient par merveilleuse vertu en défendant leur garde. Durant lequel assault messire Jeban de Luxembourg, qui estoit au plus près dudit bouleverd, avoit levée la visière de son bacinet et regardoit la contenance desdiz défendans par entre deux cbesnes. Mais l'un de ceulx, ce parcevant, le féry assez près de l'ueil, d'une lance ferrée ou non ferrée, ne sçeut pas bien lequel, duquel cop il fut très durement navré, et finablement perdy la veue d'icellui oeil. Et lors aucuns de ses gens le ramenèrent dedens sa tente pour reposer. Et assez tost son estendart , qui avoit esté porté oudit assault , fut prins par le bout et coppé au plus près de la lance où il tenoit , dont ledit de Luxembourg, en poursuivant de courroux en autre, fut très yre. Pour lesquelz inconvéniens et aussi pour la grande résistence des défendans, cessa pour cette foiz ledit assault. Mais ce ne fut point qu'il n'y eust plusieurs des assaillans mors et navrez.

En oultre le conte de Conversen et les autres capitaines, se logèrent tout à l'environ de ladicte fortresse,

et furent assises contre la porte , tours et murailles d'icelle plusieurs grosses bombardes pour icellui chastel confondre et abatre. Et ledit messire Jehan de Luxembourg , pour la grant douleur de sa blesseure assouager , fut remeué à Jroies en Champaigne , où il fut soigneusement visité par notables médecins. Et son frère, le conte de Conversen ' dessusdit, demoura principal conducteur d'icellui siège, et là, par les engins dessusdiz , fist tant continuer, que icelle forteresse fut fort dommagée et la porte et aucunes tours abatues jusques à moitié ou environ, pour quoy les asségez commencèrent à eulx esbahir et requirent d'avoir parlement avecques ledit conte. Ce qui leur fut accordé. Mais pour ceste première foiz ne porent estre d'accord. Pour quoy, incontinent que ceulx qui estoient yssus dehors pour traiter furent rentrez dedens,, les asségans, sans le moindre commandement de leur capitaine, s'armèrent et vigoureusement, de grapt courage, à tout eschèles, alèrent assaillir ladicte fortresse. Et de pleine venue entrèrent dedens deux tours , bien soixante hommes d'armes, mais bonnement ne pavoient passer plus avant, pour la fortification que iceulx asségez avoient fait. Toutesfoiz ledit assault dura moult terrible et périlleux par l'espace de cinq heures ou environ, et y eut, tant des assaillans comme des défendans, plusieurs mors et navrez. Et enfin ceulx qui estoient entrez dedens lesdictes tours furent chacez dehors par la force et vaillance desdiz défendans, et mesmes occirent dedens une trompeté qui estoit armé en estât d'homme d'armes. Et lendemain iceulx asségez doubtans nouvel

i . Pierre de Luxembourg. ' -

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assaut, requirent avoir Iraictié, et en conclusion furent d'accord, par condicion qu'ilz s'en iroient saulves leurs vies tant seulement, excepté aucuns qui emmenèrent ung petit cheval, et en tel estât s'en alèrent à Moyniers. Et la forteresse dessus dicte fut toute démolie, arse et abatue, et les biens d'icelle furent tous pillez par l'effbrcement des gens d'armes asségans, et en print chascun qui plus tost y peut venir en rompant les ordonnances des capitaines. Lesquelz brief s'en retournèrent à Troyes et es villages d'environ.

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