‹ La chronique (volume 2)Chapitre 55 sur 205 · CHAPITRE CXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIX

Comment le conte Waleran de Sainl-Pol trespassa. Des seigneurs du sang royal. Et du duc d'Acquitaine qui se parti de Meleun.

Lex" jour d'avril* l'an dessusdit mil quatre cens et quinze, Walerant, conte de Saint Pol et de Ligny, soy disant encores connestable de France, acoucha malade dedens le chastel de Yvvis en la conté de Ligny, et la cause de sa maladie , comme il fut commune renommée, fut pour ce que son médecin lui bailla un clistère trop fort, et environ douze jours après fina sa vie. Et fut enterré en la grant église d'Yvvis devant le grant autel, en grant pleurs et gémissemens de ses gens, combien que par son ordonnance et son testament, fait moult notablement en son vivant, il ordonna estre apporté en l'abbaye de Clercamp*, de laquelle ses prédécesseurs contes de Saint Pol estoient fundateurs, et dame Bonne , sa femme, seur au duc de Bar. Laquelle, durant sa maladie, pour venir devers lui, aiant grant désir et regret de parler à elle et le veoir à son dernier jour, mais icelle faisant grant diligence et avec elle la nièpce dudit Waleran, seur de messire Jehan de Luxembourg, vindrent et arrivèrent audit lieu d'Yvvis , environ deux heures après son trespas , non obstant que pour elles plus haster de venir chevauchèrent grant espace enjambées sur chevaulx trotans.

i . Le ms. Suppl. fr. 93 met : le ix", et VJrt de vérifier les dates, le 19.

2. Le ms. Suppl. fr. 93 écrit la vraie orthographe du mot : Cercamp.

68 CHRONIQUE [i415]

Lesquelles dames là venues, oyans le trespas d'icellui seigneur, furent moult tristes et ennuieuses en cuer*. Et après que ladicte duchesse eut là séjourné environ dix jours, s'en retourna à Ligney en Barrois^, ouquellieu elle fist célébrer en l'église collégiale ung service pour son feu seigneur et mary, et là, en l'absence d'elle, par son procureur suffisamment fondé , renonça à toutes les debtes et biens quelconques de sondit feu mary, excepté son douaire, en mectantsurla représentacion de sondit seigneur et mary, sa ceinture et sa bourse, et demandant de ce aux tabellions publiques là estans présens pour ladicte dame , ung ou plusieurs instrumens. Duquel conte furent héritiers les deux filz du duc de Brabant et de la fille dudit défunct, première femme d'icellui duc de Brabant.

Item, en ce mois les seigneurs du sang royal qui estoient à Paris alèrent à Meleun au commandement de la Royne et de son filz le duc d'Acquitaine ®, pour lors là estans. Et ainsi que lesdiz seigneurs estoient embesongnez avecques ladicte Royne de plusieurs choses, ledit duc d'Acquitaine, acompaignié de peu de gens, se parti de là et ala à Paris. Duquel lieu il fist savoir aux seigneurs dessusdiz que point ne retournassent à Paris jusques à ce que le Roy ou lui leur manderoit, et s'en alassent chascun d'eulx en leur pays visiter leurs besongnes. En après ledit duc d'Acquitaine, sachant que la Royne sa mère avoit grant finance es hostelz de trois hommes dedens Paris, c'estassavoir Michault Lailler, Guillaume Senguin et

Page 1