Lis. Guichart Dauphin
Toutesfois, ung certain jour que ledit seigneur de Heilli esloit logé en ung gros \illage nommé Linières', fut au point du jour assailli des gens du duc de Berry, et la plus grant partie de ses gens furent destroussez de leurs clievaulx, et les aucuns, en assez petit nombre, mors etprins. Et lui, de sa personne, avec la plus grant partie de ses gens, se saul\a, en défendant, dedens la forteresse d'icelle ville , laquelle tenoit la partie du Roy; et par ainsi furent saulvez.
Et quant au conte de La Marche et le seigneur de Rambures , qui estoient entrez en la ducbié d'Orléans comme dit est dessus, nous fault-il ung petit parier pour savoir comment ilz se y gouvernèrent. Il est vérité qu'ilz povoient bien avoir de cinq a six mille combatans, lesquelz furent conduis par iceulx seigneurs, en dégastant pays jusques à Yenville le Cbastel ^, et se loga ledit conte de La Marcbe en ung village nommé le Puiset, à tous ses gens seulement, et ledit seigneur de Rambures en ung autre village à une lieu près. Or advint que ceulx de la garnison de Yenville firent savoir les nouvelles de leur venue en la cité d'Orléans, où il y avoit très grant nombre de gens de guerre pour la garde du pays. Si se mirent adonques sus soubz la conduite de Barbazan de Gaucourt et messire Galiot de Gaules et ung chevalier lombard , environ six cens hommes d'armes et trois cens archers , et s'en vindrent le plus secrètement qu'ilz porent en ung certain lieu où ilz trouvèrent ceulx de la garnison dudit Yenville , lesquelz, quant ilz furent tous ensemble, povoient
A. Lignières, en Berri, à 10 lieues de Bourges. 2. Janville, h une lieue de Toury, dans l'Orléanais.
estre mil combatans ou environ. Si se mirent à chemin et chevauchèrent toute nuit pour aler où ledit conte estoit logié , et avoient pkisieurs guides qui les conduisoienl. ïoirtesfoiz icellui conte en fut aucunement adverti. Si fist armer ses gens et traire vers son hostel la plus grant partie , et en autres lieux les fist tenir ensemble. Et avec ce, envoya devers le seigneur de Ramburés lui noncer les nouvelles et lui signifier qu'il feust prest pour le venir secourre se besoing en avoit. Et ainsi, ledit conte et ses gens furent la plus grant partie de la nuit en armes , actendans leurs adversaires. Mais quant ce vint vers le jour, par le conseil d'aucuns , chascun se retrahi vers son hostel , ce que point faire ne dévoient. Et quant ce vint ung petit devant soleil levant, ung chevaucheur de la partie d'Orléans vint audit logis, qui ala tout au long du village. Et après, voyant qu'il n'y avoit point de guet et qu'ilz n'estoient point ensemble, retourna tantost vers ses gens qu'il trouva assez près de ladicte ville ; si leur compta ce qu'il avoit trouvé. Si s'en vindrent incontinent vers icelle, et en entrant dedens ledit logis commencèrent à crier vive le Roy! et en après, en assaillant, iceulx commencèrent à crier vive Orléans! Et s'en alèrent grant partie ou logis dudit conte , qui vouloit oyr la messe. Ouquel lieu y eut très grant butin, car icellui conte, avecques aucuns de ses gens, se y combali moult vaillamment. Néantmoins il fut vaincu et prins prisonnier , et tout le logis généralement fut mis à desconfiture , et iceulx prins et mors. Après laquelle destrousse le dessusdit conte et lesdiz prisonniers furent hastivement emmenez devers Orléans. Et ce pendant, ledit seigneur de Ramburés fut
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forvoyé par ung homme qu'il avoit prins pour le guider pour venir au secours, et quant il y vint tout esloit ja départi et emmené. Dont il fut moult dolent, et pour tant sans délay poursuivi lesdiz Orléanois par si grande vertu qu'il les rataindi et se bouta en eulx vigoreusement, tant qu'il en rua jus plusieurs, et avecques ce rescouyt aucuns prisonniers. Mais ledit conte et environ quatre-vingts de ses gens furent emmenez devant, quanque chevaulx porent porter, et furent mis prisonniers en la cité d'Orléans. Si fut ledit seigneur de Rambures moult troublé de ce qu'il ne pot rescourre le conte dessusdit. Et furent mors , à ces deux besongnes , de trois à quatre cens hommes tant d'un costé comme d'autre, dont la plus grant partie fut des Orléanois. Et entre les autres y fut navré à mort, de la partie du conte de La Marche, Guiot le Gois, filz ainsné de Thomas le Gois, grant bourgeois de Paris; dont les Parisiens furent moult dolens. Et après ceste besongne, ledit seigneur de Rambures rassembla grant nombre de gens d'armes de par le Roy, et fist plus que paravant forte guerre en la duché d'Orléans, et eulx à lui. Par quoy le pays de tous costez fut fort oppressé.
Ouquel temps vint en la ville de Paris, du pays de Prouvence, le roy Loys*, à tout trois cens hommes d'armes moult bien habillez , et se loga en son hostel d Anjou. Si fut grandement receu et honnouré du Roy, du duc d'Acquitaine et des autres princes et grans seigneurs. Et se alia du tout avecques le roy de France et les ducs d'Acquitaine et de Bourgongne, et promist