‹ La chroniqueChapitre 120 sur 196 · CHAPITRE XCII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCII

Comment le Roy de France oy certaines nouvelles que «es adversaires estoient aliez avecques le roy d'Angleterre. Et comment le connestable fut envoie contre eulz ou pays de Boulenois.

En ces mesmes jours, Charles, roy de France, estant encores avecques ses princes à Sens en Bourgongne, oy certaines nouvelles que ses adversaires estoient aliez avecques le roy d'Angleterre , c'estassavoir Berry, Orléans et Bourbon et les autres seigneurs de leur partie, et que le roy d'Angleterre si vouloit envoier aucuns de ses princes en France , à tout une grosse armée d'Anglois, à leur aide, pour dégaster son royaume, et que desjà estoient yssus de Calais et d'autres fortresses des frontières du Boulenois, et commençoient à courir à Tenviron, en amenant proies et prisonniers, et par espécial sur la mer. Et en la ville de Berch * boutèrent les feux, en enfraignant les trêves qui estoient entre lui et le roy d'Angleterre. Et pour y obvier manda hastivement au conte Walerant de Saint-Pol, son connestable, que, à tous ses gens et les nobles de Picardie, alast sur les frontières et meist par tout bonne garnison de gens d'armes et de vivres pour contrester aux courses et entreprinses d'iceulx Anglois, et que de ce il feist bonne diligence. Car le duc de Bourgongne avoit amené avecques lui tous les plus jeunes et chevalereux qu'il avoit peu trouver, par

i. « Beicq. » {Suppl. fr. 93.,) Berck-sur-Mer, à 14 kilomètres ds Montreuil.

[1412] D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. vjg7

espécial du pays de Boulenois, de Ternois *, de Ponthieu et d'Artois, et y avoit laissé seulement les anciens hommes fèbles qui plus ne se po voient armer. Et est vérité que ledit connestable, quant il oy les nouvelles des maulx que faisoient les Anglois dessusdiz, plus par son gré que par constrainte ne mandement du Roy , toutes choses laissées et mises derrière, se party et vint à Paris tantost et bien hastivement , avec lui le Borgne de la Heuse et autres chevaliers , lesquelz il laissa, par la voulenté de ceulx de Paris, afin de mener guerre contre ceulx de Dreues ', et puis s'en ala en Picardie et à Saint-Pol veoir sa femme, et de là print son chemin à Saint-Omer et puis à Boulongne, en fournissant et visitant toutes les frontières. Et tantost après fut la terre et frontière desdiz Anglois esmeue et pleine de rumeur, et tant qu'ilz se retrahirent à tous leurs cornes rabaissées. Mais dedens brief temps recommencèrent. Et quant le connestable vid qu'ilz ne se absentoient de faire guerre, il eut conseil avec aucuns chevaliers de ses gens et autres , c'estassavoir le seigneur d'Offemont, le seigneur de Chaulny, le seigneur de Haulcourt et plusieurs, autres \ Après lequel conseil il assembla devers lui moult de gens d'armes, jusques au nombre de mil et six cens hommes. Lesquelz, soubz la conduite du seigneur de Louroy et d'un nommé Aliquatin '% un certain jour sur le soir

1 . Petit pays répondant au comté de Saint-Pol. On disait Saint- Pol en Ternois.

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