Samer-aux-Bois, à quatre lieues de Boulogne
2. a Ruissault » {Suppl. fr, 93). Peut-être Ruisseauvilie (Pasde-Calais).
rent dedens Paris les ducs d'Acquilaine, de Bourgongne et de Bourbon et le conte de Vertus. Et la Royne avec les ducs de Berry et d'Orléans, demourèrent ou Bois de Vinciennes. Kt de là, le dimenche ensuivant, ladicte Royne vint à Paris et se loga à Saint-Pol avec le Roy. Avec laquelle estoit parti le duc d'Orléans, lequel, quant il vint près de Paris, se sépara d'elle et s'en ala son chemin par dehors pour aler à Beaumont sa conté *. Et le duc de Berry demoura ou Bois de Vinciennes. Et combien que la ville de Chauny eust esté rendue au Roy en entencion qu'elle lui demourast perpétuelment, néantmoins ledit Roy la rendi au duc d'Orléans, auquel avecques ce il octroya cueillir une taille de soixante mille florins d'or, à prendre et lever sur ses subgetz pour ses afaires. Toutesfoiz de ses deux chasteaulx, Coucy et Pierrefons , ne pot onques finer de les ravoir. Et après qu'il eust esté audit lieu de Beaumont par aucuns jours, il se parti de là et s'en ala pardevers les Anglois, c'estassavoir le duc de Clarence, qui estoit venu, comme dit est, à sa demande, lequel il contenta de finances d'autant comme il en pot finer. Et pour ce qu'il ne^peut recouvrer de toute la somme qu'on leur povoit devoir, ledit duc d'Orléans leur délivra le conte d'Angoulesme son mainsné frère, en plege pour le résidu, et avec([ues lui plusieurs gentilz hommes, c'estassavoir messire Marcel le Borgne , Jehan de Saveurs , Archembault de Villers , Guillaume Boutiller, Jehan David et aucuns autres serviteurs , lesquelz tous ensemble vindrent et furent emmenez par ledit duc de Garence , qui , à tous ses
i. Beaumont-sur-Oise.
Anglois, s'en ala ou pays de Guienne. Et fut là baillé icellui conte d'Angoulesme pour la somme de trois cens et dix mille frans, monnoie de France. Et quant ledit duc d'Orléans eut ainsi chevy \ il retourna à Blois. Si demourèrent iceulx hostages ou pays d'Angleterre par très long temps, comme cy-après sera déclairé. Et depuis, ledit duc d'Orléans envoya devers le Roy aucuns de ses chevaliers notables , pourchacer pour ravoir ses fortresses de Couci et de Pierrefons que tenoit le connestable. Mais non obstant que le Roy baillast ses lectres et man démens royaulx pour les faire rendre, néantmoins icellui connestable n'y volt obéir, mais fist response que jusques à tant qu'il seroit restitué de certaine somme d'argent qu'il avoit preste à ses gens d'armes pour les conquerre, ne les rendroit. Disant oultre que le Roy lui avoit promis * audit lieu de Coucy capitaine, messire Gérard de Herbaumes, et à Pierrefons messire Colart de Fiennes. Lequel chastel de Pierrefons, qui estoit moult bel et puissant , fut ars en une nuit. Dont moult despleut audit duc d'Orléans, mais il ne le peut avoir autre et lui convint souffrir.
En oultre en ces propres jours le duc de Bourgongne qui se tenoit à Paris d'emprès le Roy, fist prendre prisonnier messire Bourdin de Saligni et le mener prisonnier ou pays de Flandres, Lequel messire Bourdin estoit moult privé et familier dudit duc. Et eut aucune renommée qu^il se vouloit tourner du parti d'Or-
1. £ut ainsi chevy ^ donné de son bien. On entendait par la chevance , son bien , ce qu'on possédait.
2. a Luy avoit promis, et avoit commis audit Couchy, etc. » {Suppl. fr. 93.)
lëans et avoit descouvert aucuns des secrès d'icellui duc \
Et durant ce temps y eut aucunes paroles entre le bastard de Bourbon et un boucher de Paris nommé Denisot de Chaumont, assez rigoreuses. Et dist audit boucher : « Paix, paix ! on te trouvera une autre foiz. » Et tantost après ledit Denisot qui avoit grant audience avecques les autres bouchers les esmeut et fist tant que avec grant peuple de Paris ilz se mirent en armes et tendirent leurs chaynes. Mais en fin ilz furent rapaisez par le duc de Bourgongne.
Et adonc Jehan duc de Bourbon fut envoyé par le Roy et son grant conseil on pays de Languedoc avec le conte d'Armignac et le seigneur d'Albreth, pour résister aux entreprinses du duc de Clarence et de ses Anglois qui adonc séjournoient ou pays d'Acquitaine et traveilloient fort les frontières d'environ tenans la partie des François.