CHAPITRE G
Comment le duc d'Acquitaine se courrouça à son chancelier, et des envies qui s'esmurent entre les princes et seigneurs ; et aucunes autres besongnes.
En ce jour, en plain conseil où présidoit le duc d'Acquitaine, s'esmurent aucunes paroles entre le chancelier de France ^ et maistre Jehan de Neelle , chancellier d'Acquitaine , et tant qu'en leurs paroles fut dit par le chancellier de France à cellui d'Acquitaine , qu'il ne disoit point évangile. Et icellui respondit fellement qu'il mentoit par ses dens. Et plusieurs foiz lui répéta telles injurieuses paroles. Et adonc le chancelier de France lui dist : « Vous me injuriez et avez autrefoiz fait , qui suis chancelier du Roy, néantmoins je l'ai tousjours porté et souffert pour l'onneur de monseigneur le duc d'Acquitaine qui est cy présent, et ay encores empensé de faire. » Et lors ledit duc d'Acquitaine oyant les paroles dessusdictes, tout esmeu de ire print son chancelier par les espaules et le bouta hors de la chambre en disant : « Vous estes ung mauvais ribaud et orguilleux , ne n'avons plus cure de vostre service , qui ainsi en nostre présence avez injurié le chancelier de monseigneur le Roy. >> Laquelle chose ainsi dicte , ledit sire de Dolhaing chancellier d'Acquiquitaine rendi ses seaulx^ et en son lieu fut fait chancellier messire Jehan de Vailli, advocat en parlement, nonobstant que la Royne mist grant peine à appaiser sondit filz , et mesmement le duc de Bourgongne , qui