CHAPITRE GVII
Comment le duc d'Acquitaine fist délivrer les prisonniers. Du département du duc de Bourgongne, et de la venue de plusieurs princes dedens Pans, et ce qu'ilz firent depuis.
Item. Le quatriesme jour du mois de septembre, le duc d'Acquitaine , par le commandement du roy son père , fist délivrer tous les prisonniers du Palais. Et tantost après , tous les biens de maistre Jehan de Troyes, adonc garde du Palais , lequel estoit aie dehors pour aucunes besongnes , furent par le commandement du duc d'Acquitaine tous vuidiez dudit Palais par ceulx de Paris , lesquelz avoient acoustumé de le acompaignier, et l'office de concierge qu'il tenoit lui fut aussi osté , ou quel fut mis et restitué cellui qui paravant l'exerçoit. Et pareillement en autres lieux parmy Paris furent restituez plusieurs officiers en leurs offices, comme Anthoine des Essars. Et les deux ducs, c'estassavoir de Bar et de Bavière, furent ordonnez capitaines de la Bastille Saint-Anthoine % comme para-
1. Ces lettres sont datées de Paris, 5 août 1413. Elles se trouvent dans le Suppl. fr. 93, et sont imprimées au t. X, p. 159 du Recueil des Ordonnances,
2. « Ils firent les deux ducs devant dis, de Bavière et de Bar, cappitaines, l'ung de S. Antoine et l'autre du Louvre. » {Journal dun Bourgeois de Paris, p. 18.) Le ms. Suppl. fr, 93 dit la même
vant ilz ay oient esté. Et après ce que lesdiz prisonniers furent délivrez des prisons par le duc d'Aquitaine , furent sonnées toutes les cloches de Paris tout à une heure , et si furent deux jours et deux nuis fait grant joye et grant léesse par toute la ville pour amour de la paix, tellement que c'estoit grant plaisir à veoir. En oultre , furent prins, de Tostel du duc de Bourgongne, le seigneur de La Viefville et messire Charles de Lens, frère au chastellain de Lens. Mais messire Robinet de Mailli , pour doubte qu'il ne feust prins , s'enfuy. Le seigneur de La Viefville, à la requeste du duc de Bourgongne et de sa fille la duchesse d'Acquitaine , fut délivré de la prison, et ledit messire Charles fut mis en Chastellet , et l'autre qui s'en estoit fouy, fut banny du royaume ^ Le seigneur de Jaqueville, lui absent , fu desmis de la capitainerie de Paris , lequel avec plusieurs autres bouchers de Paris ses principaulx facteurs, qui estoient avecques lui ou Monstereau où Fault Yonne , les nouvelles dessusdictes par eulx oyes, s'en alèrent en Bourgongne. Et Jehan Caboche, maistre Jehan de Troies et ses enfans^ et moult d'autres de Paris, s'enfouirent en Flandres. Maistre Eustace de Laistre, nouvel chancellier de France, s'en fouy de Paris comme les autres, et en son lieu fut remis maistre Regnault de Corbie ^, autrefoiz chancelier, lequel à
chose, a Les deux diicz, c'est assavoir de Bar et de Bavière, furent ordonnez cappitaines, celuy de Bar, du Louvre , et celui de Bavière, de la Bastille, comme paravant avoient esté. 2) (Fol. 181, col. 1.)
1. Cf. le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 145), qui nomme encore d'autres proscrits, et entre autres Charles de Savoisy.
i. Lis. Arnaud de Corbie.
rinstance de lui-mesme et k son pourchas , pour tant qu'il estoit ancien , fu déporté dudit office de chancelier, ou lieu duquel fut mis le premier président de parlement ^ et Fadvocat du Roy fut fait chancelier du duc d'Acquitaine ^ Et de Paris aussi s'enfouirent tous les chevaliers comme les commissaires qui avoient esté ordonnez à congnoistre des causes des prisonniers, tant criminelles comme autres.
Et adonc le duc de Bourgongne Yoiant ce que faisoit le duc d'Acquitaine son gendre, doubtant qu'il ne feust pas bien content de lui et qu'il n'eust souvenance des oultrages qui lui avoient esté faiz et à ses gens , tant en son hostel comme ailleurs , si comme dit est en autre lieu , fut en grant souspeçon qu'il ne feust arresté en personne. Car avec ce il veoit chascun jour que les plus féables de ses gens se partoient couvertement sans prendre congié à lui , et que aucuns d'iceulx estoient jà prisonniers; et si estoit adverti qu'on avoit fait aucuns aguetz de nuit entour son hostel d'Artois, et chascun jour venoient devers le duc d'Acquitaine en grant nombre ceulx qui paravant avoient esté ses adversaires , et pour ce , afin de obvier et résister aux périlz qui s'en povoient ensuir, trouva manière que le Roy ala chasser en la forêt de Villeneufve Saint-George, si ala avecques lui, et quant il vit son point , il print congié du Roy en disant qu'il avoit oy nouvelles de son pays de Flandres où il faloit qu'il retournast pour aucuns grans afaires qu'il avoit.