‹ La chroniqueChapitre 190 sur 196 · CHAPITRE GXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE GXVII

Comment les chaynes de Paris furent ostées. Et des mandemens royaulx qui de rechef furent publiez.

Item, après que le duc de Bourgongne se fut retrait de France en ses pays , comme dit est dessus , Tanegui du Chastel , chevalier, qui naguères avoit été fait prévost de Paris, avecques lui Remonnet de La Guerre, furent commis de par les ducs de Berry et d'Orléans à faire oster et destacher toutes les chaynes estant es carrefours de la ville de Paris et les faire aporter en la bastille Saint-Anthoine et ou chastel du Louvre. Et aussi prindrent et ostèrent toutes les armeures des bourgois et manans, et les firent porter es forteresses dessusdictes , chevauchans parmy Paris en armes ,

tous les jours, à grant compaignie. Et avoient charioz et charrètes qui menoient lesdictes chaynes et armures es lieux dessusdiz. Et n'y avoit pour ce temps si hardi bourgois qui osast porter baston défensable. Et avecques ce lesdictes gens d'armes faisoient le guet de nuit et de jour aux portes et aux murs aux despens desdiz bourgois et manans, et ne se fioit on de riens en eulx. Pourquoy lesdiz bourgois furent moult troublez et ennuyeux ou cuer, quant ilz virent qu'on tenoit telles manières contre eulx. Et y en avoit plusieurs qui moult se repentoient de ce qu'ilz s'estoient mis en la subjeccion des adversaires du duc de Bourgongne, mais semblant n'en osoient faire*.

i. Voici le récit des mêmes faits tiré de la chronique manuscrite que nous avons déjà plusieurs fois citée : « Après le retour du duc de Bourgoingne du voiage de Saint-Denis , Taneghy du Chastel, chevalier et prévost de Paris, et Remonnet de La Guerre furent commis de par les ducqs de Berry et d'Orléans , à faire hoster et destacquier toutes les cainnes des rues et quarefours de Paris, et de les faire mener en la Bastille St. Anthonne et au chastel du Louvre , et de faire prendre et oster toutes les armeures des bourgois et manans de Paris, et de faire porter esdictes forteresches icelles armures. Et ainsi le firent. Et chevaulçoient parmy Paris en armes tous les jours à grant compaignie, et avoient cars et carectes qui menoient lesdictes caines et armeures es lieux dessusdiz. Et firent tant que il n'y avoit nul bourgois ne manant qui osast porter quelque baston ne armeure , fors un g petit coutel à taillier son pain. Et ne furent creus à garder porte ne tour de ladicte ville par nuit ne par jour, mais on les faisoit garder par les gens d'armes de la garnison de ladicte ville de Paris , aux despens desdiz bourgois et manans. » (Bibl. imp, ,Cord. 4 6, fol. 348.) Comme on le voit, les deux récits sont tellement semblables, qu'il faut que l'un ait été pris sur l'autre. Nous penchons à croire que c'est Monstrelet qui est ici l'emprunteur. Il est bon de remarquer que cette chronique manuscrite s'arrête à l'an i 431 , et que l'écriture est certainement de ce temps-là.

A rencontre duquel duc furent de rechef envoyez par tout le royaume divers mandemens, contenant en substance comment le duc de Bourgongne avoit esté devant Paris comme vous avez oy dessus , et comment par ses lectres et autrement il vouloit décevoir et séduire le peuple, en faisant afficher ses lectres aux portaulx des églises de ladicte ville et ailleurs, et en plusieurs autres manières; et aussi comment il donnoit à entendre que les ducs de Berry et d'Orléans le tenoient en servage ^ et son filz le duc d'Acquitaine , laquelle chose le Roy dénie en ses lectres entièrement ; disant oultre qu'ilz ne furent onques en plus grant franchise qu'ilz estoient pour lors, depuis la mort du duc d'Orléans son frère. Et puis mectoit oultre comment le duc de Bourgongne voulut entrer en la ville de Paris pour prendre et usurper le régime de lui, du duc d'Acquitaine et de tout le royaume; en disant que depuis l'omicide du duc d'Orléans son frère , ledit duc et les siens ont reçeu plus de soixante cens mille frans. Pour lesquelles choses et autres plus à plain déclairées en autres lectres de ce faictes, le Roy déclaire icellui duc estre rebelle , inobédient , briseur et violeur de paix , et ennemi de lui et de tout son royaume, et a entencion de toute sa puissance obvier et résister audit duc , et lui et tous les siens adhérens aidant et confortans, mectre en telle subjeccion et obédience que par raison doivent estre mis subjectz inobédiens à leur souverain seigneur*.

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