‹ La chroniqueChapitre 55 sur 196 · De l'évêque de Paris · texte numérisé non relu

De l'évêque de Paris

autres princes avoient grant merveille. Et incontinent les Parisiens, à leurs propres despens, mirent sus mille bacinetz ceste nuit pour faire le guet , et firent par toute la ville de Paris très grans feux. Et afin qu'ilz ne passassent la rivière par ung lieu assez près de Charenton , y envoyèrent deux cens hommes d'armes pour garder le passage.

Et le deuxiesme jour ensuivant, Artur, conte de Richemont et frère au duc de Bretaigne , vint en la compaignie des ducs de Berry et d'Orléans , à tout bien six mille chevaulx. Ce qui moult despleut au Roy et par espécial au duc de Bourgongne, pour ce que le duc de Bretaigne qui naguères avoit esté mandé de par le Roy avec ses Bretons pour le servir, avoit receu dudit roy Qnances , et pour ceste cause , ledit duc , pour ce qu'il estoit ocupé en aucunes autres besongnes , avoit envoie son frère en son lieu pour servir le Roy, et non autre. Ouquel exercite, le seigneur d'Albreth , connestable de France , lesdictes finances qu'on disoit qu'il avoit receues du Roy comme on disoit , il les avoit jà exposées et despendues en son service, c'estassavoir du duc de Berry.

Après, alèrent plusieurs de ladicte assemblée à Saint-Cloud et autres villes à F environ , lesquelles ilz pillèrent et prindrent ce que bon leur sembloit. Et avecques ce , aucuns mauvais garnemens violèrent et ravirent plusieurs femmes et les amenèrent en leur ost , dont aucuns desdictes villes, hommes et femmes, vindrent à Paris eulx complaindre , faisans grans clameurs desdiz ravissemens et requérans au Roy vengence d'iceulx et aussi estre restituez de leurs biens se faire se povoit. Lors le Roy, pour leur infortune , et

aussi meu de pitié, lesdiz princes et tous ceulx qui estoient en leur compaignie et aide , les adjuga par son décret et sentence estre exemptez de leurs biens et tous confisquez ^ Et pendant que les lectres s'escripvoient, le duc de Berry, oncle du Roy, envoia bien en haste ses ambaxadeurs dedens Paris devers le Roy afin que la sentence ne sortesist son effect pour ceste fois. Lesquelz ambaxadeurs requirent instamment de par leur seigneur que la besongne feust atargée, et que au plaisir de Dieu, aucun bon moien se trouveroit. A la requeste desquelz ceste besongne fut prolongée , et commença l'en à traicter entre les parties. Et non obstant toutes les advenues dessusdictes, esloil le Roy moult desplaisant de ce qu'il veoit que ceulx de son sang estoient ainsi en discension l'un contre l'autre, et qu'il convenoit qu'il procédast contre eulx par si grant rigueur. Et afin que sans T effusion du sang humain la chose se passast, requist à son chancelier et à aucuns de son privé conseil qu'ilz se Yousissent employer diligemment à ce que ledit traictié se feist. Et pareillement on parla bien acertes au duc de Bourgongne , au conte de Saint-Pol et aucuns autres princes, lesquelz promirent, chascun endroit soy, de eulx y emploier.

Durant lequel temps , le seigneur de Dampierre , l'évesque de Noyon, le seigneur de Tignonville, maistre Gontier Cari ^ et aucuns autres ambaxadeurs du Rov

1 . Sic dans le n° 8345. Cette phrase qui n*a pas de sens ici, en a un, qui est clair, dans le ms. Suppl. fr. 93 : a Estre exécutez et leurs biens confixquiés. »

2. Le ms. Suppl. fr. 93 donne le vrai nom « Gontier Col ». C'était un secrétaire du roi, qu'on trouve très-employé.

[UiO] D'ENGUEURAN DE MONSTRELE'J . 97

furent envolez de Paris à Boulongne à T encontre de raml)axade du roy d'Angleterre , c'estassavoir le seigneur de Beaumont , l'évesque de Saint-David et aucuns autres qui estoient venus à Calais pour traicter les trêves, lesquelles furent ralonguées du jour de la Toussaint qu'elles dévoient faillir, jusques au jour de Pasques ensuivans.

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