Le Bourc Jacob » {ibid
terme qu'ilz perdissent leurs premières barrières, et de recbef furent poursuys 1res rudement, et perdirent la seconde barrière. Et adonc en combatant et défendant , se retrabirent en la tour du pont et dedens l'église, qui estoil aucunement fortifiée. Et alors, toute la puissance de ceulx qui estoient commis à faire ledit assault \indrent devant icelle église , réservé aucuns qui gardoient l'entrée du pont , et là , plus que devant, s'efforça ledit assault. Et combien que ceulx de dedens se défendissent par grant vigueur, toutesfoiz si furent ilz prins par force et en y eut plusieurs mors, tant ausdictes barrières et défenses, que dedens l'église. Et aussi , à rentrer dedens ladicte tour, pour la presse et grant baste qu'ilz avoient, rompy le pont dessoubz eulx, pour quoy il en y eut grant planté de noiez. Et fut trouvé et par nombre raporté par gens à ce congnoissans, que desdiz Orléanois furent mors pour ce jour neuf cens ou plus , et de trois à quatre cens prisonniers, entre lesquelz furent les principaulx ledit seigneur de Tambour, Guillaume Batillier et messire Mansart du Bois, et avec ce furent trouvez, prins et raviz dedens icelle ville de Saint-Cloud, de douze cens à seize cens cbevaulx, avec autres bagues à grant foison. Et pendant que ces besongnes se faisoient ledit duc de Bourgongne estoit en bataille en une plaine au dessus de la ville, avec la plus grant partie de ses princes , et avoit ses espies et coureurs en divers lieux pour avoir regard que ses adversaires ne venissent par aucun lieu pour combalre ou envayr lui et ses gens. Et tousjours se continuoit l'assault pour prendre la tour du pont. Mais pour vray c'estoit peine perdue , car ceulx de dedens le défendoient très diligemment.
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Et ce pendant aucuns yssirent de Tautre costé et alèrent à Saint-Denis au duc d'Orléans, noncer la maie aventure de ses gens. Lequel, de ce très desplaisant, incontinant monta à cheval , en sa compaignie le duc de Bourbon , les contes d'Alençon et d'Armaignac, le connestable de France , le maistre des arbalestriers et le petit Bouciquault, et à tout environ deux mille combatans, vindrenl de l'autre costé de la rivière de Seine eulx mectre en bataille droit à Fopposite où estoit le duc de Bourgongne, et là descendirent à pié et se mirent en ordonnance, comme se prestement ilz eussent deu ou peu aborder à leurs ennemis. Et semblablement, descendi ledit duc de Bourgongne et toutes ses gens, et fist desploier sa bannière qui estoit moult riche et resplendissant. Toutesfoiz quelque manière que iceulx princes monstrassent l'un contre l'autre , estoit la rivière de Seine entre deux, par quoy ne povoitpas faire grant dommage chascun à son adverse partie , si non tant seulement de tirer d'arbalestres et de arcs à main. Et après que lesdiz Orléanois orent là esté une espace, voians que bonnement ne po voient faire chose qui leur feust de grant value, remontèrent à cheval et s'en retournèrent audit lieu de Saint-Denis, délaissans dedens ladicte tour certain nombre de gens pour la garder. Après laquelle départie , ledit duc de Bourgongne eut conseil de retourner, à tout son armée , dedens Paris. Et pour ce jour, de toutes ses gens n'y et mors sur la place que environ seize à vingt hommes, mais il y en ot plusieurs blécez et navrez. Entre lesquelz, le furent Enguerran de Bournon ville et Âmé de Viri , et soustindrent merveilleusement de terribles cops et importables. Et quant au seigneur de Heilli, il
se y porta très vaillamment , et pareillement le firent le conte de Arondel et autres de ses gens , desquelz l'un eut la foy de messire Mansart du Bois, et depuis , pour certaine somme de pécune qu'il en eut, le délivra es mains des officiers du Roy. Lequel duc de Bourgongne , quant il retourna dedens Paris, fut receu de toute la commune généralement à très grant honneur, pour ce principalement qu'ilz estoient du tout advertis de ce qu'il avoit subjugué , et leur sembloit que par son moien ilz seroient en brief délivrés de leurs ennemis , lesquelz leur faisoient moult d'oppressions. Et quant au Roy, au ducd'Acquitaine et à plusieurs autres du grant conseil, tant prélats comme séculiers, il n'est point à estimer la réception qu'ilz firent audit duc, aux princes et capitaines estans avecques lui *.
En après icellui duc de Bourgongne et son armée retournez à Paris comme dit est , le duc d'Orléans et les autres estans avecques lui en furent advertis, et pour ce prindrent ung brief conseil l'un avec l'autre sur ce qu'ilz avoient à faire. Duquel en la fin fut délibér:^, que veu la perte qu'ilz avoient faicte de la plus grant partie des plus expers de leurs gens , et aussi considéré la puissance du Roy et dudit duc de Bourgongne, qui estoit moult grande et contre laquelle ilz ne povoient résister, sans délay se départissent de là et retournassent en leur pays, pour de rechef assembler
1. On lit, à ce sujet , dans le registre du conseil du parlement, coté XIII, au fol. 174 v", ad calcem, ce qui suit : « Lundi ix" jour (de novembre) , fu la besoigne à Saint-Cloud lez Paiis , où moururent plus de VI à VIII c. des gens d'armes qui estoient venu contre la bonne ville de Paris, et po ou nulx y moururent de par deçà. »
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plus grant puissance à résister contre tous ceulx qui nuire leur vouldroient. Et ainsi qu'ilz le conclurent , le firent. Car prestement firent trousser leurs bagues et montèrent à cheval , et par le pont dont est faicte mencion, qu'ilz avoient fait faire sur Seine, lequel pont ilz rédifièrent, et aussi par le pont de Saint-Cloud, passèrent assez hastivement et s'en alèrent toute nuit en tirant vers Estampes et de là à Orléans et autres villes et fortresses de leur obéissance.
Ainsi donques ledit duc d'Orléans , quérant venger la mort de son père , acquist en ce temps grant dommage et perte de ses gens , lesquelz avoient esté mors en la ville de Saint-Cloud. Et pour ce qu'on les tenoit pour excommeniez, furent pour la plus grant partie laissez aux champs sans sépulture , et là les mengoient les chiens et autres bestes très inhumainement. Et aucuns autres seigneurs de ce parti, c'estassavoir messire Clugnet de Brabant , messire Amé de Salebruce , le seigneur de Hutfalise et plusieurs autres, s'en râlèrent par la conté de Valois en leurs propres lieux. Après lequel département, lendemain très matin furent apportées les nouvelles à Paris devers le duc de Bourgongne et autres seigneurs et cappitaines, desquelz les aucuns montèrent à cheval et alèrent audit lieu de Saint-Denis, et ce que les Orléanois avoient laissé fut par eulx prins , robe et pillé , et mesmement prindrent et emmenèrent l'abbé audit lieu prisonnier de par le Roy , comme récepteur de ses ennemis, et aussi furent prins plusieurs des bourgois d'icelle ville qui là furent trouvez, et là furent mis à finance non obstans leurs excusacions. Et pareillement alèrent aucuns autres à la tour de Saint-Cloud, laquelle ilz trouvèrent haban- II 44
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donnée. Si entrèrent dedens. Si couroienl, pour ce jour, ceulx de ce party par divers lieux en plusieurs compaignies, pour sçavoir se ilz trouveroient aucuns desdiz Orléanois. Mais c'estoit peine perdue. Car ilz avoient chevauché et estoient desjàbien loing. Et pour ce retournèrent audit Heu de Paris.
En oultre, aucun peu de temps après , par le pourchas et solicitude dudit duc de Bourgongne, le Roy paia les raençons de grant partie des prisonniers qui furent prins à Saint-Cloud au duc d'Orléans et à ses gens. Et fut décapité et escartelé es haies de Paris , le xn*" jour de novembre , messire Mansart du Bois *, et si y eut avecques lui cinq de ses complices, lesquelz eurent les testes copées et après furent leurs corps pendus par les aisselles au gibet de Montfaulcon'.
Et le xiif jour de novembre furent preschez ou parvis INostre-Dame de Paris pour ung frère mineur, où estoit présent le duc de Bourgongne et plusieurs autres grans seigneurs et grant multitude de peuple , disant comment les bulles données par Urbain , pape quint, estoient de grant valeur contre les rebelles, inobédiens, dissipeurs du Roy et de son royaume. Et là publiquement déclaira et dénonça la partie adverse, c'estassavoir le duc d'Orléans et ses complices, pour excommeniez. Et aussi en plusieurs autres sermons et
4. a Ung des beaux chevaliers que on peust voir, lequel ot la teste couppée es balles de Paris , et de sa force de ses espaules, depuis qu'il ot la teste couppée, bouta le tranchet si fort, qu'à peu tint qu'il ne s'abbaty, dont le bourreau ot tel fréour ; car il en uaourut à tantost après six jours. » {Journal cP un bourgeois de Pa^ ris, p. 7.)